jeudi 5 novembre 2009

Chronique de la relève : Conservatoire d’art dramatique de Montréal — Trio Feydeau

Par Yves Rousseau

Avec le Trio Feydeau, Carl Béchard et la promotion 2010 du CADM nous proposent une solide et impeccable soirée de franche rigolade.


C'est dans sa superbe et nouvelle salle du Théâtre Rouge que le Conservatoire d’art dramatique de Montréal, enfin libéré de l'itinérance, présente jusqu'au 7 novembre trois œuvres de George Feydeau : Hortense a dit « je m’en fous », Dormez je le veux et On purge bébé. Nouvelle salle, nouvelle promotion : la pièce est commise avec le plus grand bonheur par la cuvée 2010 des finissants en jeu, sous l'impeccable mise en scène de Carl Béchard.

En plein spleen automnal, sous l'habituelle avalanche de dramatiques théâtrales propres à la saison, on ne pouvait souhaiter mieux que ce lumineux intermède coloré, parfaitement rythmé selon les cruelles et incontournables règles du genre, dans une généreuse rigolade festive où on ne voit absolument pas le temps passer.

Boulevard, comédie de mœurs, music-hall, implacable mécanique ne tolérant aucun écart, relative distanciation dans le jeu , théâtralité de diction et de ton vaudevilliste  très IIIème République,  voilà grosso modo les éléments qu'auront à survoler ces étudiants dans le cadre de leur formation pour cette première des trois productions prévues : en janvier suivra Divine Parole de Ramón del Valle-Inclán dans une mise en scène de Philippe Soldevila, puis finalement, Serge Mandeville dirigera en avril Dix, un assemblage de courtes formes.

Encadrés par des chants en chœur (prologue, intermèdes et épilogue ajoutés) avec d'entraînants pots-pourris mêlants airs de guinguette, anachronique musique populaire adaptée au style de l'époque et java-esque danse finement chorégraphiée, voilà trois opus complètement déchaînés où s'ébattent pour notre plus grand plaisir domestiques rétifs, soubrettes niaises, rombières impossibles, épouses revêches et maris cocus dans un hallucinant bal de quiproquos, de crescendos d'embarras et de pétrins  pour la bonne poire de service, et, bien sûr, tout cela sous les claquements de portes en entrées et sorties effrénées.

La scénographie procède d'ailleurs d'un clin d'œil pour le moins ironique, puisque l'ensemble de la périphérie scénique murale est composé d'innombrables portes blanches sur plusieurs rangs de hauteur, dont un grand nombre sont fonctionnelles. Les costumes cocorico sont riches, détaillés et procèdent étroitement de la description des personnages dans une superbe reconstitution d'époque néanmoins parfois légèrement satirique. Des maquillages, un éclairage  et  un travail technique tous aussi impeccables complètent le tout.

La jeune équipe de comédien impressionne par son aplomb, sa concentration, et par la qualité de  ses interprétations, un groupe soudé dans un généreux travail collectif.

Voilà certes qui est très prometteur.

NDLR – Les spectacles d'école de théâtre sont couverts sous forme d'une chronique, car les comédiens sont toujours en formation.

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Textes : George Feydeau
Mise en scène : Carl Béchard
Scénographie par Geneviève Lizotte
Éclairages de Claude Accolas
Musique d’Yves Morin
Chorégraphies de Bernard Bourgault
Assistante : Sonia Montagne

Avec Mikhaïl Ahhoja, Philippe Audrey, Hugo B. Lefort, Sonia Cordeau, Édith Côté-Demers, Alexandra Cyr, Michèle Dorion, Charles-Alexandre Dubé et Catherine Rivière.

30, 31 octobre et 3, 4 ,5, 6 novembre à 20 h et le 7 novembre à 15 h et à 20 h
Théâtre Rouge
Conservatoire d’art dramatique de Montréal
4750, avenue Henri-Julien
Montréal H2T 2C8
Billetterie : 514 790-1245.