samedi 24 octobre 2009

Rabbit in a Hat Productions - Haunted - Église St-James

Par Yves Rousseau

Avec Haunted, la compagnie Rabbit in a Hat se lance, à la faveur de l'Halloween prochaine, dans le genre fantastique, le drame d'horreur. Tentative...



Crédit : Jeremy Bobrow


En Nouvelle-Écosse, en 1879, Esther Cox, 19 ans mène une existence paisible avec sa soeur et son beau-frère lorsqu'un esprit démoniaque se met systématiquement à la harceler : macabres messages de feu, chaises se promenant seules, et omniprésents coups sourds frappés à répétition dès que le possessif esprit est contrarié, l'épuisent. La médecine de l'époque est rapidement dépassée, la peur s'installe, et pour Esther c'est l'exil, alors soumise aux visées mercantiles d'un bonimenteur de foire et montrée comme un phénomène de cirque,

C'est dans le Dawson Hall de l'église St-James — un genre de chapelle victorienne au dôme vertigineux ceint par deux estrades de chœur, un lieu vraisemblablement parfaitement adapté aux chants et concerts bien plus qu'au théâtre — que prend forme l'opus à visée horrifique. Un duo à corde enjolive les scènes pastorales d'airs irlandais, où assombris les atmosphères menaçantes de grincements sinistres, c'est selon.  Des éclairages en clair obscurs, essentiellement par latéralités,  ainsi que d'impeccables costumes d'époque, complètent.

Malgré que la voix s'éparpillât dans l'espace très écho, il reste possible de suivre, parfois difficilement, cet anglais affecté d'un accent particulier d'époque selon, pour certains, une variable et fluctuante maîtrise. Ne fut été que cela ! Mais c'est sans compter cette suite soap-opératique, téléromanesque et plus que convenue de scène d'époque historico-gothique , essentiellement de cuisine, ou l'intrigue hyperréaliste et prévisible de la petite vie banale d'une belle de village avec sa suite d'habituels prétendants se mâtine de grotesques effets d'épouvante supposée, dans le contexte des manières obséquieuses et ampoulées de l'époque. Ainsi, l'esprit démoniaque s'agglutine aux mâles territoriaux dans cette compétition pour la femelle effarée, et marque ses contrariétés de coups sourds. L'effet récurrent, parfois en multiplication, n'est d'aucune efficacité, sinon que dans les premières minutes, et devient rapidement assourdissant, puisqu'il meuble l'ensemble de la pièce. Ni les draps agités par des ficelles, ni les projections de lettres de feu « you are mine to be killed », ni les séances de spiritisme d'opérette ne font plus d'impression.

L'horreur aurait pu naître de l'incertitude et de la suggestion, de l'envolée dimensionnelle au-delà du ce premier niveau mur-à-mur et cette trame au réalisme lourd, maladroit et affecté. On ne peut cependant blâmer les comédiens, qui dans l'ensemble soutiennent bec et ongle leur personnage de façon impeccable, bien sûr selon les limites du possible selon le  rocambolesque accidentel de l'ensemble. Catherine Bérubé fait preuve de son habituelle verve sensible et incarnée, mais à la nième crise de possession catatonique,  annoncée des lieux à l'avance, l'effet devient tout autant galvaudé que les coups du démon et toutes ces scènes prédictibles, et finalement que tout le concept dans son ensemble. Une mauvaise pièce, même superbement jouée, reste une mauvaise pièce, surtout quand elle est dirigée dans une esthétique linéaire, laconique. Finalement, la performance de jeu du metteur en scène Paul Van Dyck semble impassiblement récitative, désincarnée,  chantonnante, nasillarde et irritante dans les personnages du narrateur et du bonimenteur, détonne et est complètement décalée, en plus d'être surexposée.

Avec la présente, la compagnie Rabbit in a Hat est sûrement à des lieux du petit bijou présenté cet été au Fringe de Montréal et intitulé « Penumbra ». Mais enfin prendre des risques, essayer des choses, c'est déjà une attitude  des plus prometteuses.

Haunted est une de ces pièces qui nous rappelle toute l'importance de la matière primale d'un bon morceau de théâtre : le texte!

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Écrit et mis en scène par Paul Van Dyck

Sonorisation par Jody Burkholder
Éclairages  par Jesse Ash
Costumes Helen Rainbird
Effets spéciaux par ordinateur Jeremy Eliosoff
Conseilleur musical : Daniel Giverin
Musiciens Daniel Giverin (violon) et Trevor Smith (violoncelle)

Comédiens : Catherine Bérubé, Alexandria Haber, Eric Davis, Kyle Gatehouse, Carlo Mestroni, Paul Van Dyck

21au 31 octobre         
Dawson Hall  -  St. James United Church       
463 Ste-Catherine West
Entrée: 1440, rue St-Alexandre
Billetterie
(514) 303 – 7646