jeudi 29 octobre 2009

Passages, de Catherine Dajczman - NU Théâtre - Espace Go


Par Yves Rousseau

Avec Passages, Catherine Dajczman entreprend un initiatique voyage intérieur au pays de l'identité, de l'origine, vers une libératrice appartenance retrouvée.


 Crédit : Martin Brisson

Prenez une jeune femme brillante, tenant tant bien que mal en laisse lubies et impossible satisfaction existentielle face au modèle de la superfemme, héritage générationnel qu'on n'ose trahir, mais qu'on tente de relativiser à coup d'ironie, comme tout le reste d'ailleurs. Puis, à partir d'une bonne dose de besoins d'autocontrôle, faites tourbillonner cette petite voix critique intérieure culpabilisante qui titille cette superbe et donc embarrassante conscience de soi, puis mêlez-y une crise existentielle trentenaire et une quête d'identité éludée par une défense d'activisme. Puis ébréchez dans sa fragilité tout le construit de vie censé représenter ce fameux idéal obligatoire performatif de femme totale en infligeant une inévitable blessure narcissique dans le vertige de la perte et l'abandon : oui, le choc d'une séparation amoureuse comme déclencheur.



 Crédit : Martin Brisson

Alors, quête, recherche. La réflexion plutôt que l'action. Prendre un temps mort et plonger à la source de son être, de son identité. Panser ses blessures, faire la paix, une paix avec soi-même et prendre le temps de regarder ce que le grand tourbillon de la vie éludait de son vertige actanciel anesthésiant.

À partir d'un humour aigre-doux très féminin par ce petit côté légèrement autoflagelatoire dans le clin d'oeil de l' autodérision, c'est avec esprit ludique, iconoclaste, comme carapace de survie face au déchirement, que Catherine plonge dans voyage d'intériorité. Un véritable tango hésitant, deux pas en avant, un en arrière, en résistance : vrai, vulnérable, une mise en abîme face à soi-même, l’âme exposée.

Et quel voyage! Dantesque épopée limbique, bercée par l'initiateur rocambolesque de la pop-psycho : voilà une voix hors-champs scandant les étapes d'un rituel, qui paradoxalement revêt une dimension de sacré, celui d'un passage chamanique pour « une jeune femme de 29 intense en quête de sens » qui veut savoir d'où elle vient, sans doute pour mieux savoir ou elle s'en va . Freak-out anxiogène de questionnements fondamentaux catalysés dans le devenir.

Tremper ses racines dans l'espace, la mémoire et le temps. L’instruction de Peter Weiss  a jouer à l'école de théâtre comme prémisse de la démarche. Puis, d'abord pour cerner un rôle, le grand-père Dajczman enregistré, un juif polonais ayant survécu aux camps de l'holocauste, livrant l'indicible. Terrible témoignage. Puis le nom Dajczman, marqué par la mort, rencontre le Québec, et la force tranquille d'une grand-mère ayant engendré de nombreuses vies. Finalement, elle, ici, maintenant :  « Danser avec la mort, pour apprivoiser la vie » et retrouver la mémoire familiale. La guerrière, la superfemme se donne un peu d'air, lâche un peu prise, se laissent aller à vivre :  tout est sous contrôle...


  Crédit : Martin Brisson

Pour donner espace de témoignage, le metteur en scène Marcel Pomerlo a opté pour la sobriété et le symbolisme spatial. Quelques gestes, quelques accessoires, quelques évanouissements d'éclairage tamisés contextualisent le récit dans un espace physique ou intérieur suggéré, dans  cette évanescente procession dépouillée, donnant toute la place au texte, très à l'avant. Offerte, exposée, l'interprète porte le propos, dans une confession à la fois zen et torturée, dans une étroite communion d'expression très habitée, face à une parole on ne peut plus incarnée, mais avec parfois, occasionnellement, une musicalité vocale, un ton récurent dans ses motifs : dans l'ensemble c'est très correct, mais certaines zones situationnelles pourraient être définie d'une évolutive texture sonore dans la trame dramatique?

La scénographie, ouverte, onirique, surréelle, se prête étroitement au propos. Côté jardin, une table de cuisine, puis côté cour un fauteuil sur champ de pierres, celui d'un désert d'errance et de méditation, soutenu par ce sol recouvert de toile sable. Puis, coin arrière  à cour, une tour dont les objets hétéroclites qui la constituent avec intensité serrée (autant que le propos et le caractère) jettent en éclats temporels, mnémoniques évocations de morceaux de tous les temps de la vie. En trame sonore, des bribes de voix (comme le grand-père) et d'époque se marient à l'ensemble.

Sensible, intéressant, comme un de ces petits détours par un sinueux chemin de campagne promenant l'âme dans toutes les couleurs contrastées de l'existence, autrement masquée dans l'autoroutière et morne ligne droite de la vie contemporaine.

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Texte et interprétation de Catherine Dajczman
Mise en scène et scénographie par Marcel Pomerlo

Assistance à la mise en scène et régie par Judith Saint-Pierre
Éclairage de Martin Gagné
Composition musicale par Maxime Veilleux

Du 23 octobre au 7 novembre 2009 (Salle 2)
Théâtre Espace Go
4890, boulevard Saint-Laurent
Billetterie : 514 845-4890