Par Yves Rousseau
La 19e saison régulière de la Ligue d'Improvisation Montréalaise commençait le dimanche 25 octobre avec un match opposant parmi les cinq équipes existantes, les Bleus aux Oranges.
Mais quelle est la particularité de cette ligue d'impro? Essentiellement composée de comédiens de métier la formule se matérialise sur une scène et non sur la traditionnelle « patinoire » : elle est au théâtre spontané ce que l'impro traditionnelle est à la joute de création compétitive. Si certes les improvisations uniques ou comparées comportent un thème, une durée, et parfois une contrainte, elles ne sont que peu ou pas policées par arbitrage. De surcroît, un groupe de musicien enrichit les contextes évoqués de leurs propres interventions climatiques, tout comme l' éclairagiste. Les accessoires y sont tolérés, et l'équipement personnel de chaque joueur comprend, en plus du chandail, un caleçon culotte à l'effigie de la ligue, la tenue minimale exigible, selon bien sûr les besoins particuliers de la scène et du personnage...
Le vote, symbolique, se fait par bulletin à la fin du match. Depuis deux saisons, il n'y a plus à proprement parler d'arbitre, et si certes un léger laxisme se fait parfois sentir au niveau du respect des consignes avec parfois des récurrences de cabotinages et de décrochage et tutti quanti, on récolte en contrepartie un espace de folie et de liberté aboutissant généralement à des délires épiques, particulièrement dans l'absurde et le burlesque, alors que le dramatique, lui, reste un genre plus difficile, glissant facilement vers le rigolard même si parfois réussi. Chaque semaine, à tout de rôle, un membre de la troupe est responsable des choix d'improvisations (le maître de jeu), et co-anime avec un maître de cérémonie rabelaisien, rigolo et irrévérencieux à souhait.
Quelques exemples d'improvisations?
— En introduction : thème, grand poème sur l’automne, contrainte, tous doivent participer à une forme poétique sur l’automne. Un tableau vivant assez pissant, où le maniérisme d'obédience végétale en pseudo incarnation affectée était « animé » en voix hors-champ à partir d'une parodie d'existentialisme littéraire sauce théâtre expérimental particulièrement obséquieux et forcé dans sa prose, avec mirifique vocabulaire pseudo-intellectuel, impossible et rocambolesque. Pas si loin de certaines réalités?
— À la manière de Jules Verne, le docteur des glaces, avec deux explorateurs arctiques rencontrant un mystérieux personnage dans un univers technologique surréel. L'univers d'Hergé croisé à celui de Verne, très bande dessinée, coloré et vivant. Avec entre autres les joueurs Corbo et Barbusci.
— Élément de scénographie imposé : comédien statique sur cube central au plateau, éclairage expressionniste en verticalité (le spot était marqué à l'avance...). On imagine ici à partir de cette situation un diabolique photomaton possédé. Sous le thème « Qui êtes-vous? », entre les flashs, triturée par une voix hors champ dantesque interrogeant cyniquement sur ses raisons de vivre son personnage de jeune femme asthénique, Anne-Élisabeth Bossé, comme à plusieurs moments de la soirée, se démarque dans cette comparée et offre un puissant moment dans une élégie d'une déliquescence de ce fictif moi fragile, nihiliste et halluciné.
— Après le grand poème d'automne, qui pouvait évoquer l'ironie d'acteurs face à d'impossibles concepts de metteur en scène, on reste dans le même univers théâtral : un comédien ayant « pété la balloune » en retournant chez lui après un lancement de saison est condamné à des travaux communautaires. On le voit dans un programme de réinsertion sociale tenter de monter un Othello avec une bande de jeunes multipoqués toxicomanes profondément demeurés. Délirant.
Un ensemble de propositions assez souples mitonné par l'animatrice Johanne Lapierre, offrant à la fois suffisamment de repères et de liberté, sauf peut-être pour cette dernière catégorie « avec interventions du maître de jeu », très intrusive dans cette façon de réorienter l'action et de rompre la continuité.
Une soirée d'improvisation très convenable, avec certes une puissante dose d'autodérision, et de surcroit, des noms de caractères souvent en référence parodique de personnages de théâtre. Une très belle profondeur de jeu, mais un côté iconoclaste induisant d'épiques luttes contre le fou rire et le décrochage chez plusieurs, digressions certes au service du comique, mais très peu du dramatique.
L'équipe des oranges l'emportait en obtenant 59 % des votes du public.
Certes une soirée agréable.
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Maitre de cérémonie : François Lachapelle
Maître de jeu : Johanne Lapierre
Musiciens : Guillaume Rivard et Catherine Planet
Éclairage : Janie Bissonnette
Les oranges : Frédéric Barbusci, Roxane Bourdages, Salomé Corbo, Didier Lambert, Guillaume Lemée
Les bleus : Marin Boily, Anne-Élisabeth Bossé, Florence Longpré, René Rousseau et Simon Rousseau
Au 1676 Ontario Est, le dimanche
Informations et horaires : www.citronlim.com