Par Yves Rousseau
Avec Les Présidentes, le Collectif Second Souffle explore illusions ridicules et iconoclastes sur grisaille de petites vies bourgeoises et condamnées, sous une trombe boueuse de_scatologie_existentielle dans la puanteur de l'humanité.
Ridiculisées de facto par cette appellation ironique de présidentes, que ces trois cocottes, qui observent la vie par le reflet déformant de la surface aqueuse de la cuvette des cabinets! Catatonie du devenir, sur-place du destin aveugle d'aveuglement volontaire, les voilà figées dans leur illusion. Sans mémoire, sans idéaux, triade élégiaque de la " mornitude “, du gris, de la routine, du confort de l'indifférence, elles promènent leurs mythomanies sur babillages insignifiants comme ultime forme d'excrémentalisation du destin.
Là, la télé, puis le pape. Dans cette cuisinette, elles papotent : d'abord une bigote en robe maman Plouffe et toque d’Huns, passant frénétiquement la vadrouille, et torchant compulsivement de-ci, de-là; ensuite, la vamp érotomane national-socialiste au maquillage outrageux, caricature de Dietrich, complètement surfaite; puis Marie, la béate en nuisette blanche dans la vocation de déboucheuse de toilette sacrificielle, et sans gants, car complètement investie dans l'autoflagellation sanctifiante de sa mission dont elle veut palper toute la substance - elle se promène d'une habitation à l'autre, d'une occlusion d'égout à l'autre: la_merde dans toutes ses variantes de couleurs et de textures devient le descripteur de la texture sociale et même de l'essence d'être des personnages évoqués : la Sainte-Vierge aux cuvettes comme illustration de la substantifique osmose des mottes-âmes, la scatophagie comme communion cynique.
Scatologie délirante et envahissante en haut-le-cœur, où les préoccupations organiques nombrilistes des protagonistes s'accordent, à partir du résultat de leur alimentation porcine (très étalée), à peindre d'excréments l'abjection de leurs prétentions judéo-chrétiennes alimentées par ce pain béni transcendé par le miracle de la vie en fèces, une organique valse en cercle vicieux d'aliénation sur le plancher de danse des ridicules prétentions humaine.
Un jet littéraire outrageux, violent, meurtrier, malsain, abject, répugnant, qui donne l'impression de surcroît d'une intention d'écriture en punch en pleine gueule, et vlan prend ça ! Une ‘étronnade’ qui, volontairement et sans compromis, nous est jetée en plein visage. Contre le puisard immonde de l'humanité : la fécalisation de l'être.
Les destins sont tracés d'avance, l’agnelle sacrificielle est désignée, il n'y a pas d'intrigue, pas de suspense. Juste une baignade dans la fosse septique de la laideur humaine, sous un cynisme sans nom. Là devant, avez quelques chaises et une table de brocante, isolés dans le noir nihiliste environnant, les soliloques fiévreux, s'enchevêtrent, se croisent, se dialoguent de sourds, comme autant de solitudes communales. Les regards fuyants cherchent, prennent à témoins. Le flux immonde est absorbé, comme Christ prenant sur ses épaules tout le poids du pêché humain, et la sacrifiée agenouillée porte en écholalie la verve putride du propos en fosse commune sociétale.
Sidérant, étouffant, dégoûtant, épouvantable, le texte de Schwab est à la laideur et au sarcasme de ce que Dante est à l'enfer. Afin de brasser un peu le compost humanitaire et aérer le statisme du témoignage, le metteur en scène, Daniel Paquette a visiblement tenté d'intégrer la substance des personnages dans le corps, un geste certes pudique et sobre, mais présent. Et beaucoup dans la dichotomie du ton, très découpée d'une bonne femme à l'autre. Ça fait circuler les odeurs par gestus.
Vanessa Seiler se distingue dans ce rôle de pingresse nasillarde au teint cadavérique, très incarnée. Anne-Juliette Larcher fait bien en vamp hystérico lascive, avec parfois certaines inflexions vocales rigides, un peu comme lorsqu'on a trop crié et que les cordes vocales sont un peu pétrifiées. Anne-Marie Ouellet incarne la béate, offrant de bons moments, mais avec une masse de texte imposante pesant parfois encore du poids du labeur anxiogène, et une diction normative légèrement décalée par rapport au ton général.
Plusieurs pourraient sans doute trouver que l'œuvre éminemment aride, nauséeuse, chargée d'images insistantes, et malgré toute la substance critique sous-jacente qui pourrait certes faire l'objet d'une analyse psychanalytique et sociale approfondie, penser que c'est proprement dégueulasse, et assommant. Mais voilà, vraisemblablement, ce sont d'ailleurs probablement les effets envisagés dans les intentions d'écriture. Nous mettre littéralement le nez dans notre caca, sous la coupe du rire morbide. On est très loin du théâtre-confort bienséant.
Certes le choc. Certes la charge fangeuse. Oui, un bel espace de jeu et de mise en scène, paradoxalement très contenu dans cet univers brunâtre et clos sur grisaille de vie. Puis, oui, tout l'humour noir, ou brun, verdâtre, enfin. Mais ça reste cet espace puant, de surcroît peint intentionnellement dans ce climat. Soixante-dix minutes à y patauger. On s'y enlise?
Cette défécation théâtrale serait-elle à l'art et à l'esprit ce que cette action est au corps animal?
Soulagement ou souillure?
Une soirée certes très particulière, dans toutes les couleurs des effets et du climat précités...
________________________________________________________________
Là, la télé, puis le pape. Dans cette cuisinette, elles papotent : d'abord une bigote en robe maman Plouffe et toque d’Huns, passant frénétiquement la vadrouille, et torchant compulsivement de-ci, de-là; ensuite, la vamp érotomane national-socialiste au maquillage outrageux, caricature de Dietrich, complètement surfaite; puis Marie, la béate en nuisette blanche dans la vocation de déboucheuse de toilette sacrificielle, et sans gants, car complètement investie dans l'autoflagellation sanctifiante de sa mission dont elle veut palper toute la substance - elle se promène d'une habitation à l'autre, d'une occlusion d'égout à l'autre: la_merde dans toutes ses variantes de couleurs et de textures devient le descripteur de la texture sociale et même de l'essence d'être des personnages évoqués : la Sainte-Vierge aux cuvettes comme illustration de la substantifique osmose des mottes-âmes, la scatophagie comme communion cynique.
Scatologie délirante et envahissante en haut-le-cœur, où les préoccupations organiques nombrilistes des protagonistes s'accordent, à partir du résultat de leur alimentation porcine (très étalée), à peindre d'excréments l'abjection de leurs prétentions judéo-chrétiennes alimentées par ce pain béni transcendé par le miracle de la vie en fèces, une organique valse en cercle vicieux d'aliénation sur le plancher de danse des ridicules prétentions humaine.
Un jet littéraire outrageux, violent, meurtrier, malsain, abject, répugnant, qui donne l'impression de surcroît d'une intention d'écriture en punch en pleine gueule, et vlan prend ça ! Une ‘étronnade’ qui, volontairement et sans compromis, nous est jetée en plein visage. Contre le puisard immonde de l'humanité : la fécalisation de l'être.
Les destins sont tracés d'avance, l’agnelle sacrificielle est désignée, il n'y a pas d'intrigue, pas de suspense. Juste une baignade dans la fosse septique de la laideur humaine, sous un cynisme sans nom. Là devant, avez quelques chaises et une table de brocante, isolés dans le noir nihiliste environnant, les soliloques fiévreux, s'enchevêtrent, se croisent, se dialoguent de sourds, comme autant de solitudes communales. Les regards fuyants cherchent, prennent à témoins. Le flux immonde est absorbé, comme Christ prenant sur ses épaules tout le poids du pêché humain, et la sacrifiée agenouillée porte en écholalie la verve putride du propos en fosse commune sociétale.
Sidérant, étouffant, dégoûtant, épouvantable, le texte de Schwab est à la laideur et au sarcasme de ce que Dante est à l'enfer. Afin de brasser un peu le compost humanitaire et aérer le statisme du témoignage, le metteur en scène, Daniel Paquette a visiblement tenté d'intégrer la substance des personnages dans le corps, un geste certes pudique et sobre, mais présent. Et beaucoup dans la dichotomie du ton, très découpée d'une bonne femme à l'autre. Ça fait circuler les odeurs par gestus.
Vanessa Seiler se distingue dans ce rôle de pingresse nasillarde au teint cadavérique, très incarnée. Anne-Juliette Larcher fait bien en vamp hystérico lascive, avec parfois certaines inflexions vocales rigides, un peu comme lorsqu'on a trop crié et que les cordes vocales sont un peu pétrifiées. Anne-Marie Ouellet incarne la béate, offrant de bons moments, mais avec une masse de texte imposante pesant parfois encore du poids du labeur anxiogène, et une diction normative légèrement décalée par rapport au ton général.
Plusieurs pourraient sans doute trouver que l'œuvre éminemment aride, nauséeuse, chargée d'images insistantes, et malgré toute la substance critique sous-jacente qui pourrait certes faire l'objet d'une analyse psychanalytique et sociale approfondie, penser que c'est proprement dégueulasse, et assommant. Mais voilà, vraisemblablement, ce sont d'ailleurs probablement les effets envisagés dans les intentions d'écriture. Nous mettre littéralement le nez dans notre caca, sous la coupe du rire morbide. On est très loin du théâtre-confort bienséant.
Certes le choc. Certes la charge fangeuse. Oui, un bel espace de jeu et de mise en scène, paradoxalement très contenu dans cet univers brunâtre et clos sur grisaille de vie. Puis, oui, tout l'humour noir, ou brun, verdâtre, enfin. Mais ça reste cet espace puant, de surcroît peint intentionnellement dans ce climat. Soixante-dix minutes à y patauger. On s'y enlise?
Cette défécation théâtrale serait-elle à l'art et à l'esprit ce que cette action est au corps animal?
Soulagement ou souillure?
Une soirée certes très particulière, dans toutes les couleurs des effets et du climat précités...
________________________________________________________________
Texte de Werner Schwab
Metteur en scène : Daniel Paquette
Comédiennes : Anne-Juliette Larcher, Anne-Marie Ouellet, Vanessa Seiler
Éclairage : Nancy Bussières
Son : Thomas Sinou
13 et 17 octobre
Goethe Institut, 418 Sherbrooke E.
Réservation : compagniesecondsouffle@gmail.com
Metteur en scène : Daniel Paquette
Comédiennes : Anne-Juliette Larcher, Anne-Marie Ouellet, Vanessa Seiler
Éclairage : Nancy Bussières
Son : Thomas Sinou
13 et 17 octobre
Goethe Institut, 418 Sherbrooke E.
Réservation : compagniesecondsouffle@gmail.com
