Par Yves Rousseau
Avec « Les belles endormies », le Projet MÛ revisite l'œuvre du romancier japonais Yasunari Kawabata dans une adaptation occidentalisée : ultimes et fatals désirs dans la dignité du vieillissement sacrifié à la veule expiation par la chair fraiche payée comptant: une troublante élégie de l'humaine mortalité sous l'outrage de l'oubli, de l'espace et du temps.
Vanitas vanitatum , omnia vanitas...
Crédit : Manon Cousin
Tempus fugit, l'inexorable morsure du temps sur pauvres mortels. Lentement, visages aimés disparaissent, lieux familiers se transforment, et pour peu que la mort n'accordât quelques années de plus à de misérables carcasses, que voilà âmes esseulées, perdues au milieu du nulle part de la souvenance. Celle d'une couche autrefois concubine du corps exultant d'une compagne présence, d'un regard aimant à jamais perdu.
Eguchi est vieux. Seul, le désir brûlant prisonnier d'un corps lent, mortifié, fragile et tremblant. Alors, il va au bordel gérontologique. Là, une tenancière à l'empathie professionnelle et rémunérée. Puis, là, de toutes jeunes femmes aux corps impeccables, droguées, endormies afin d'éviter l'insupportable sénescente caresse. Interdit de les réveiller. Interdit de se trouver encore sur les lieux à leur éveil. Comme un spectre cadavérique, gris et décharné, Eguchi plane sur ces corps d'une valse chevrotante bien souffrant d'être infligée de l'outrage du temps . La mémoire d'avoir étreint, aimé, désiré, heurte. Puis, il y a une tristesse infinie dans cette vieillesse s'adressant avec geste délicat et tendresse à sens unique à ces corps endormis. Eguchi, pathétique, voudrait tant que cela soit vrai, qu'une se réveille, qu'un rapport s'établisse. Mais voilà seulement une autre forme de solitude, presque cruelle. La mort frappe à la porte.
Eguchi est vieux. Seul, le désir brûlant prisonnier d'un corps lent, mortifié, fragile et tremblant. Alors, il va au bordel gérontologique. Là, une tenancière à l'empathie professionnelle et rémunérée. Puis, là, de toutes jeunes femmes aux corps impeccables, droguées, endormies afin d'éviter l'insupportable sénescente caresse. Interdit de les réveiller. Interdit de se trouver encore sur les lieux à leur éveil. Comme un spectre cadavérique, gris et décharné, Eguchi plane sur ces corps d'une valse chevrotante bien souffrant d'être infligée de l'outrage du temps . La mémoire d'avoir étreint, aimé, désiré, heurte. Puis, il y a une tristesse infinie dans cette vieillesse s'adressant avec geste délicat et tendresse à sens unique à ces corps endormis. Eguchi, pathétique, voudrait tant que cela soit vrai, qu'une se réveille, qu'un rapport s'établisse. Mais voilà seulement une autre forme de solitude, presque cruelle. La mort frappe à la porte.
Dans une atmosphère feutrée et interlope de funéraire lupanar aux tristes ébats, la lenteur lascive de la chorégraphie sur silence mortifère laisse espace d'évocation au moindre soupir, au moindre geste et procède de cette mise en exergue du non-dit. Hésitations, geste retenu, soulignent ce funeste tango ou douleur, désir, souvenir, cohabitent et interfèrent continuellement, dans une trajectoire existentielle tracée d'avance vers la destination finale. L'assoupissement du vieux se traduit par des dérives fantasmagoriques appuyées de projections avec verdâtre surréel de caméra à vision nocturne, où d'onirisme s'envolent les désirs véritables de présence tendre, essentiellement, en mettant encore plus en valeur l'implacable solitude du réveil. En l'absence de client, on apprend de la bouche des endormies alors alerte que certains laissent de légères marques, parfois, sur les corps, s'y accrochant avec désespoir dans un climax ultime et fatal.
Crédit : Manon Cousin
La proposition scénographique, simple et dépouillée, soutient à merveille le propos. Côté jardin, un immense cadre suspendu domine le tiers latéral de l'avant-scène ainsi que deux fauteuils : lla salle d'attente. Puis un autre cadre, central suspendu sur rail, lorsque sa semi-transparence est déplacée à cour, remplace la suggestion des ombres par le dévoilement cru de ce lit immense aux draperies de soie lugubre. Ironiquement, l'air récurent des Roses de Picardie de Haydn Wood est utilisée.
Dominique Pétin joue avec toute la retenue nécessaire le rôle effacé de l'hôtesse circonspecte, tandis que Catherine-Amélie Côté et Caroline Bouchard dressent la table avec générosité avec ces rôles de corps offerts et dépouillés., dont le moindre tressaillement est lourd de sens. Le terrain est alors parfaitement préparé pour un Michel Mongeau métamorphosé, qui, dans une très fine interprétation, sacrifie absolument tout pour son personnage, un Eguchi profondément crédible, incarné, déchirant. Dans chaque geste, chaque soupir s'étale alors la douleur, et ce, sans sanctifier le rôle et tomber dans le manichéisme. On en voit plutôt toute l'humanité contrastée, la sensibilité, l'indignité assumée du caractère hoquetant des ses dernier et vains élans de vie et de désir, son isolement monstrueux, et tout cela, dans le raffinement et la retenue venant constamment rappeler ce qu'il fut autrefois : fier, vivant, sans besoin de payer pour s'illusionner d'exister un tant soit peu dans le regard de l'autre.
Fascinant et troublant.
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Texte : Pascal Brullemans,
Librement inspiré du roman de Yasunari Kawabata Les belles endormies
Mise en scène : Nini Bélanger, assistée de Manon Claveau
Avec : Michel Mongeau, Dominique Pétin, Catherine-Amélie Côté, Caroline Bouchard
Scénographie, accessoires et costumes : Julie Vallée-Léger
Éclairage : David-Alexandre Chabot
Vidéo : Martin Pelletier
Son : Alexi Rioux
22 octobre au 1er novembre
Théâtre La Chapelle
3700, Saint-Dominique
Billetterie : 514-843-7738

