jeudi 22 octobre 2009

Compagnie Exquis-Mots (Belgique) — Ma Terre Happy, de Bruno Coppens

Par Yves Rousseau


Avec une verve riche, festive et cocasse, Bruno Coppens joue avec le verbe comme peintre avec grande palette de couleur, et trace avec moult sensibilités et humour la grande fresque de la petite histoire individuelle dans la grande, par la vision d'un personnage candide perdu dans l'immensité de la folie du deuxième millénaire : attention, lucidité décapante.


Crédit : Exquis-Mots


Tout comme le Sol de Marc Favreau, c'est de la bouche d'un personnage naïf ni plus ni moins dépassé que chacun par l'ampleur du moderne désastre de cette époque de fou, que sortent les vérités, mises en exergue par un révélateur d'idéations trafiquées de mots disséqués, triturés, torturés au point qu'ils en expiassent, joyeusement, de sens reconstruit.

Profondément incarné, le verbe trouve toujours écho dans l'expression, et avec mouvements évoquant l'influence de certaine écoles de mime, un peu comme Lecoq. Mais la théâtralité du concept ne s'arrête pas là. Plutôt qu'un simple stand-up, il y a une proposition sobrement élaborée. Là sur ce récamier, voilà ce caractère de bonne poire débonnaire s'adressant à un psy Honoris Prozak imaginaire, car pensant entendre des voix.  Et si il y a parfois adresse au public, c'est que celui-ci est posé comme ensemble de collègues venus à la rescousse du praticien, dans un commode système de double quatrième mur, avec le faux public sis entre les deux qu'on interpelle en fonction des intrigues d'un texte scrupuleusement établi, ce qui nous éloigne tout de même de la tradition de la commedia dell'arte.

Émule de Devos, c'est à partir de cette joute métaphorique particulièrement vivante et colorée que déboulent les thématiques, un assemblage de courts, véritable système de sous-réalités en (poupées russes) existants l'une à l'intérieur de l'autre, entre autres : la langue de bois dans l'asepsie d'une société n'arrivant plus à nommer les choses par leur nom,  éludant tout à coup de jargon technocratique; puis le réchauffement climatique avec la « banquise qui perd ses eaux » à cause de  'l'Occide de Cambrone"; les errances de ce qui tient lieu de gauche et de droite, dans le panorama politique opportuniste confus et intriqué de la mondialisation. Et tutti quanti...


Alors aujourd'hui qu'on parle de la montée des eaux et du réchauffement climatisé, je fais le lien de cause à effet de serre, évidemment! Moi, sans langue, et la couche ...terrestre, même double épaisseur, qui ne peut plus rien retenir...Docteur! Et cette voix qui me poursuit : “Toute cette eau si ça trombe... c'est un peu à cause de toi!”. Oui, je suis devenu complètement paranorak.

Les gags passent visiblement bien la rampe océane, l'auteur ayant pris soin de relocaliser d'américanités certaines références politiques ou sociales européennes, mais il y peut-être encore un courts moment en partie médiane faisant chou blanc. Rappelons que le spectacle est en rodage.

Avec un propos ludique, bienséant, sensible, dans le paradoxe d'un ton léger  mais avec substance profondément pertinente et engagée, Bruno Coppens,  dans sa façon d'aborder les absurdités existentielles d'aujourd'hui,  démontre que bon plaisir, humour, rire et théâtralité peuvent coexister dans la plus parfaite intelligence d'esprit et de langue.

Le spectacle sera présenté dans sa version définitive lors d'une tournée en 2010 et 2011, à surveiller.

Et on se bidonne...

Certainement à voir!
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De et par: Bruno Coppens
Mise en scène : Éric de Staercke
Avec la collaboration artistique de Pierre Légaré
Présenté à la Maison de la culture Maisonneuve le 20 octobre.

L'extrait provient du texte du spectacle de Bruno Coppens.