jeudi 24 septembre 2009

Monsieur de Pourceaugnac - Compagnie Tu vas le sentir - Salle Fred-Barry (Caserne Létourneux)

Par Yves Rousseau

Avec Monsieur de Pourceaugnac, le Théâtre Tu va le sentir prend le partie de la pantalonnade pour cette galéjade où Molière tourne en bourrique une certaine petite bourgeoisie de province prétentieuse, aux manières lourdes, empruntées et grotesquement surfaites. On dit qu'il en eut l'idée suite à un séjour au Limousin, où il se vit traité de façon discutable, du moins de la perspective d'un habitué aux formes de la cour...




L'esprit de la commedia dell’arte est omniprésent, mais ici dépouillé des ses masques et dans une oeuvre nettoyée des intermèdes (chantés et dansés) liés à la comédie-ballet, dont on a parfois conservé quelques bouts, simplement déclamés. Dans cette farce, le dindon, ou plutôt ici le pourceau, est le fat, prétentieux et grotesque provincial Monsieur de Pourceaugnac, avocat, qui se pointe en métropole pour épouser la belle Julie, très délurée jeune fille qui lui est promise par son père, le riche Oronte (le pantalon). Mais Julie aime le jeune et fougueux Éraste. Avec l'aide de leur complice Sbrigani, un séditieux bouffon napolitain, et de quelques intrigantes, les deux tourtereaux ourdiront une machiavélique machination : d'abord une rencontre de pseudo-médecins prescrivant force de clystères et lavements, question de tourner le promis en bourrique; puis une dyade d'enquiquineuses fausses épouses abandonnées , jetées sur lui lors d'une visite à son futur beau-père, pour bien sûr compromettre Pourceaugnac et le rendre abject aux yeux d'Oronte afin que ce dernier désengageât sa fille. Celle-ci jette de l'huile sur le feu en feignant une incommensurable passion pour Pourceaugnac, poussant Oronte à la jeter dans les bras d'Éraste, que le complot avait évidemment posé en pur et chevaleresque sauveur désintéressé par un délire de duperies rocambolesques.

La pièce est envisagée selon une mise en abîme, à partir d'un prologue fabriqué : nous sommes en Nouvelle-France et bravant un interdit, une troupe de comédiens s'exprimant, hors personnages de la pièce dans la pièce, en argot colonial, jouent secrètement ce Molière, sous les bons hospices d'un Marquis. Très amusant, mais était-il nécessaire de faire s'échapper les personnages, à l'intérieur des répliques du Molière, avec des digressions dans cet argot? Au point où cette pièce nous amène, il faut dire qu'on peut bien tout se permettre. Car cette bouffonne œuvre, qui n'est certes pas la plus complexe, ni la plus subtile de l'auteur, comprend déjà une surenchère de personnages affublés d'accents satiriques, comme ces soldats Suisses au dialecte germanophone, ou ces feintes Gascogne (les épouses éplorées) s'exprimant en occitan : un incroyable amalgame de galimatias rigolard pour de caricaturaux personnages propulsant, après un décollage plus circonspect, le dernier tiers de la pièce dans la franche plaisanterie.

Voilà pour servir l'ensemble un jeu bon enfant, potache, plus dans le formatage jeune public que dans l'universalité du théâtre pour tous, climat et substance également palpables pour : les costumes, très descriptifs des personnages, avec perruques, maquillages et poudrages d'époque, un ensemble colorés et bellement réalisés, mais étant parfois digressif et anachroniques, comme la plus intemporelle robe coquine de Julie; puis la scénographie, débonnaire boboche avec ce côté légèrement kitsch typique d'un esthétisme jeunesse de brocante, avec cette façade d'habitation en crépit beige sur lierres plastique, et ces murets de pierres grises de semblable facture, sis à cour et jardin; et finalement, le jeu, avec ce côté nécessairement gros de la farce, délirant et festif, mais avec parfois enflure, excès dans l’excès, facilité, comme cette Julie, qui semble dérailler de galipettes trop soulignées pour être drôles, où à l'opposé, le sage duumvirat médical, plat.

Si le rythme déchaîné traverse assez allègrement l'heure et quart, on note parfois de légers cafouillages, une petite latence de « timing » dans certains enchaînements venant refroidir certains effets. La scène finale semble escamotée, bizarroïde, sans une animation ou un air, enfin, quelque chose de tangible autre que cette cohue pour mener au salut. Quelques accrochages dans le texte, original ou ajouté, parfois se font remarquer et laissent des traces. L'interprétation, sans être marquante, est correcte, gentille, et offre de bons moments mais avec de légères inégalités, particulièrement pour certains rôles féminins, mais s'y démarque Émilie F. Archambault avec une pissante aria-charabia.

Une pièce amusante, même si la vraie rigolade comique prend du temps à lever. La pièce, sans être marquante, saura sans doute distraire le public scolaire, en offrant un moment léger, et offre tout de même une perspective intéressante sur le théâtre et ses historiques interdictions et censures.

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Mise en scène de Marc-André Leclair, assisté par Maude Limoges
Comédiens : Véronique Béchard, Guillaume Bissonnette, George Cloutier, Émilie F. Archambault, Marlène Fontaine, Marc-André Leclair,
Denis Lehoux-Faucher et Érick Tremblay.
Scénographie de Christine Garand
Costumes de Véronique Béchard.

Du 23 septembre au 09 octobre 2009
La Caserne Letourneux
411, rue Letourneux

Billetterie : Tél.: 514-253-8974