jeudi 9 juillet 2009

I AM I - Dancing Monkey Theatre

Par Yves Rousseau

Avec « I am i», la compagnie « Dancing Monkey » déconstruit forme théâtrale et mythe amoureux en passant par les chemins tortueux
et contradictoires de la voix intérieure.

Crédit : Antoine Yared

Entrons dans le Player's Théâtre, une petite boîte noire de 114 places à plafond bas. Les estrades y occupent deux pans, formant ainsi un « v » ouvert vers l'aire de jeu, elle-même s'étalant à partir de l'angle supérieur fermé de ce losange. Dans cette pointe ouverte vers le public se trouve un monticule rouge valentin haut de quarante centimètres, en croissant, dont la crête est ornée de tubercules censés représenter des fraises. Derrière cette chose trône un guitariste-objet et son mac aux accompagnements faisant, bellement, souffler en étroite symbiose avec les variables climats des modulations sonores d'une urbanité post-moderne aussi éclatées que le propos et la forme. Quelques tabourets complètent cette scénographie minimaliste campée sur le décor naturel des murs sombres et dépouillés du lieu.

Puis une voix intérieure, la conscience , s'extériorise en stéréophonie. Oui, cette petite voix obsessionnelle, harassante et omnubilante, celle qui analyse, suppute, blâme, critique, en autodispute omniprésente devant le défi de La rencontre de l'objet de désir , sous toutes ses promesses et hypothétiques dénouements, mais aussi sous toute la force de la crainte de l'échec, du rejet. Le grand défi de l'homme du post-féminisme et de la femme nouvelle, dans cette quête mille fois réinventée, ici avec une théâtralité tout à fait particulière : deux voix, deux hommes pour une âme, exposant peurs, remords, hésitations, une interaction de la portion évoluée et relationnelle de la passion versus l'animalité atavique de la race. La raison et l'instinct.

Prises de bec, obstinations, rixes verbales, comme un « ça » et un « surmoi » modulables, s'interpénétrant d'influence et se transformant l'un en l'autre, dans une valse-hésitation identitaire d'un moi unifié dans de perpétuels morcellements de névroses autocanibalisantes, en éclatements exutoires et auto-destructions coupables. Tous les paradoxes de l'âme humaine au temps des amours domestiqués dans l'évanescence de l'autre sous la déliquescence des certitudes, références et appuis issus de l'éclatement sociétal.

Et comment ça se matérialise cette poursuite? À partir d'une ponctuation d'éclats de rencontres galantes entrecoupées des errances d'intériorités schizoïdes et interrogatoires des deux larrons. Où on construit l'intrigue en déconstruisant la mécanique de la relation, un Woody Allenesque regard lucide et poignant sur elle et lui dans l'intemporalité de leurs grandes constances sur fond du grand défi urbain et bourdonnant de la postmodernité. De rencontre avec la belle, en errances dilatoires, un tango d'avancées et de reculs.

Et le jeu de déconstruction se poursuit : les personnages tentent de sortir de leur trajectoire, se placent à l'extérieur du propos, puis toujours en restant ce qu'ils sont, remettent en question le texte, le cadre du jeu, la forme théâtrale (en intégrant, entre autres, des éléments de tragédie, de Shakespearien dénouement, joué avec le paradoxe du recul et de l'analyse critique), le moule relationnel, et poursuivent en en se volant leurs répliques, brandissant leur script en bravant continuité textuelle et relationnelle , se défiant de ne pas tomber dans le soap-opératique aux rires pré-enregistrés et autres lieux communs des effets de scène. Captif de l'héréditaire, on cherche l'échappée.

Un métaregard sur le théâtre et la culture de masse, sur la vie, sur l'amour ou enfin ce qu'il peut en rester aujourd'hui. Le jeu, la forme et le procédé créent un vortex climatique particulièrement allumé, cruellement lucide, très 21e siècle, dans un ballet occupationnel de l'espace rythmé, punché.

Une véritable pièce d'acteur qui ne pardonne pas, demandant une présence incarnée, dans une mise en abîme perpétuelle, et à ce titre on remarque la performance très intense et habitée de Tristan D. Lalla et George Bekiaris jouant les portions torturées, portions mises en opposition avec une féminitude un peu cocotte, un principe de contraste intéressant, mais qui pêche peut-être un peu par l'inégalité du caractère qui paraît un peu désincarné.

Certainement une écriture très palpitante de Mike Czuba, dont la verve éclatée a trouvé écho dans cette mise en forme éclectique et étourdissante de Larry Lamont.

Stimulant, ironique, dynamique et d'une vision sans compromis, l'éternelle recherche humaine de l'Autre, le miroir de la postmodernité dans la petitesse du temps.

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Texte de Mike Czuba
Mise en scène par Larry Lamont
Assistante à la mise en scène et régie par Allie Smith
Avec Patricia Mckenzie, George Bekiaris et Tristan D. Lalla
Performance musicale sur scène du conception sonore par Tai Timbers
Scénographie et éclairage par Mylène Choquette,
Costumes par Phillip Kadowaki.

Players’ Theatre - 8 au 24 juillet
3480 McTavish
3ême étage

Billetterie :
(514) 369 - 6954