mardi 16 juin 2009

Whisper - Redhead Productions - Fringe 2009

Du 11 au 21 juin, en direct du Festival Fringe, nous publierons quotidiennement de courtes critiques.

Par Yves Rousseau

Avec Whisper le Read Head Productions s'attaque à l'univers du chat internet, des pseudo identités en auto-fiction virtuelle selon toutes les dérives imaginables de ces relations anonymes.



Sur la scène de la petite boîte noire du 4001 Berri, presque rien sinon qu'une basse table, puis en arrière-plan un écran de projection sur lequel on jettera les textos en jargon chat internet que s'enverront des protagonistes. En portion privée ou publique de la faction groupant la communauté virtuelle, virevoltent les propos des identités en pseudonyme, certaines en demi-vérités habillées de magnificence fabriquée comme cataplasme narcissique, d'autres en fantasmagories d'un fabriqué intégral. Derrière l'immunité de l'anonymat, les vérités se disent, les prises de bec se consolident dans les tentatives de dé-construction du moi idéal fabriqué de l'autre, les solitudes se conjuguent et se font communales, et la misère_sexuelle se contente de virtualité érotico-mochetonne en maladroit propos fiévreux tapés à une main.

Pour matérialiser sur scène le pathétique état des lieux, on a imaginé un quasi-bal costumé (selon le type du pseudo), qui d'entrées en sorties annoncées (projections) sur le chat, se matérialise par une valse (au sens figuré) d'interactions sans contact physique, comme si chacun parlait à une spectrale et imaginaire présence. De Queen_Penelope, dont le propos se conjugue au déshabillé de fantasme kitsch clinquant, sous-culturel et bon marché de boutique
_érotique, en passant par Leg_Man, un_obsédé sexuel grivois promenant sa joviale insignifiance en peignoir et pantoufle, jusqu'à Bride_2B une inhibée coincée cathocharde angoissée chronique en robe blanche et voilette, le mélange de faux, de fantasme et de bribes de vérité de chacun s'accroche à la triste bouée flottant sur les flots calmes de l'ennui et de la solitude urbaine.

Les comédiens tentent tant bien que mal d'incarner ce dantesque ballet d'électrons libres, avec une première portion intéressante, mais le propos semble rapidement devenir redondant et soap-opératique. Si certains, comme entre autres Braulio Elicer, semblent faire tout ce qui est en leur pouvoir dans le contexte, reste que la distribution souffre d'inégalité profonde, avec certaines prestations désincarnées, laconiques, avec un texte rabâché sur un ton presque ragnagnan.

Il faut dire que de se mettre au service de ce texte ne doit pas être une mince affaire. Entre certaines pointes intéressantes, pertinentes, on s'égare souvent dans un didactisme sans vergogne, avec propos éditorial (les mutilations
_génitales féminines, les techniques de_masturbation et les joies de la découverte_du corps, et une certaine vision_du_lesbianisme), qui plutôt qu'être induit, dramatisée et se dégager implicitement de l'ensemble, est carrément intégré dans le texte sous la forme de diatribes propagandistes: nonobstant le bien-fondé du propos. Ce sont les moments les plus pénibles de la pièce, avec ces traits fastidieusement récités par les comédiens, semble-t-il avec résistance contenue, comme une véritable punition théâtrale et cela contribue à la vraisemblable lourdeur de la construction dramatique de l'ensemble.

La pièce étire son ennui sur quatre-vingt-dix minutes, un interminable bavardage cérébral, soporifique duquel on sort engourdi et assommé.

NDLR : La pièce est en anglais dialectal
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Texte et mise en scène de Jennifer MacEachen

Comédiens : Tracy Allan, Jennifer Miller, Katie Nolan,Cristina Bortolotti Sean D'Amico, Braulio Elicer, et Tim Diamond.

Espace 4001 Berri

13 juin @ 16.00
14 juin @ 18.15
15 juin @ 21.45
18 juin @ 21.30
19 juin @ 17.15
20 juin @ 21.30

Réservations: 514-849-FEST ou www.montrealfringe.ca