Du 11 au 21 juin, en direct du Festival Fringe, nous publierons quotidiennement de courtes critiques.
Par Yves Rousseau
Par Yves Rousseau
Avec Penumbra, les productions Lapin dans un Chapeau explorent les clairs-obscurs des relations intimes, à l'ère de l'internet, du consumérisme relationnel, et de l'éclatement des valeurs.
Crédit : Louis Longpré C'est une véritable exécution en règle à laquelle se livre l'auteur Katherine Dempsey, face à ses personnages. Ici, maintenant, quelque par en Amérique, deux couples. Le premier, d'âge collégial, lui dans la quête amoureuse et charnelle pour sa belle, elle dans la valse-hésitation, l'incertitude et les élans contenus. Puis, eux, les voisins de la tour d'habitation d'en face, jeunes professionnels fin trentaine, dont on aperçoit les ébats, la nuit venue par la fenêtre. Deux dyades, deux fuites, deux incapacités à s'engager, dans la paradoxale recherche de l'autre. Par la facilité lâche du cellulaire, du texto ou du courriel, les choses se disent, ou s'éludent. Contemporains flottement d'âmes dans la pénombre de l'amour noyé de narcissisme, la couleur d'une époque est montrée dans toute sa cruelle vérité.
Destruction, dissection . On gratte le vernis, on révèle l'humanité, dans toutes ses beautés, mais surtout sa désespérante laideur. L'apparente force et omnisciente conscience presque désillusionnée et cynique de l'épouse se liquéfie et laisse filtrer une viscérale insécurité, une atavique peur de la perte. D'où les annonces. Sur internet. La quête du troisième larron, l'échangisme_, accepté. Le char à trois roues. Pour le garder, lui. Oui, lui et sa superbe professorale et doctorale. Voila que se pointe la jeune fille d'en face, sous un pseudo, et gonflant ses 17 ans à 24. Nabokov. Exit la règle de ne jamais revoir deux fois la même partenaire. De docteur apparemment raffiné, lui se retrouve pathétique homme mûr et suppliant dans sa quête de chair_fraiche. Elle_cocue. Le copain de la jeune fille, aussi_cocu, puis_onanistique_voyeur sous le spectacle, toujours cette fenêtre, de sa propre _cocufication! Et elle, la jeune fausse ingénue, s'envole avec une précoce et triste conscience de la laideur du monde...
Ce n'est pas l'histoire, tant que la façon dont elle est contée, qui importe. Dès l'entrée, un clair obscur existentiel où planté dans une humaine et éternelle solitude, les protagonistes susurrent de révélateurs éclats philosophiques, de Platon en passant par Shakespeare. Avec seulement quelques tables, chaises, et un drap en arrière-scène pour les jeux d'ombres évoquant les scènes tristement torrides, le metteur en scène Paul Van Dyck arrive à créer un vortex spleenétique où l'ère cybernétique rencontre les intemporelles errances de l'âme humaine. La façon de superposer jeux de temps et d'espace, la délicatesse de la suggestion en jeux d'ombre révèle faux et tristesse des personnages. Le geste et l'occupation de l'espace sont souvent en contre effet, en paradoxe versus le verbatim, exposant l'imposture, la vulnérabilité, la substance des non-dits, mettant particulièrement en relief le sous-texte, et même carrément le texte, comme cette fantastique aria par Catherine Bérubé, d'un halluciné contenu et dissocié et portant sur l'état des lieux du consumérisme relationnel.
La musique en flottement méditatif et introspectif par tristes violons passe parfois également par la candeur perdue avec par exemple, Françoise Hardy et Tous les garçons et les filles de mon âge, où dans le même ton, Brigitte Bardot. Les éclairages tout en demie-teintes donnent tout son sens au titre, et aux troubles zones explorées.
À des poussières près le jeu est impeccable, incarné, troublant, tout en demi-ton interlope, dans une retenue subtile, habité tant dans le dit que l'implicite.
Certainement une excellente pièce, un des impératifs du festival, une oeuvre qui sera bientôt reprise à la rentrée.
À voir!
NDLR - La pièce est en anglais normatif
_____________________________________________
Texte de Katharine Dempsey
Mise en scène de Paul Van Dyck
Éclairage par Jody Burkholder
Scénographie par Anne-Marie Pierre
Comédiens : Catherine Bérubé, Michelle Boback, Christopher Moore, Howard Rosenstein
MAI -3680 Jeanne-Mance
13 juin @ 20.00
14 juin @ 23.30
15 juin @ 18.00
17 juin @ 22.00
19 juin @ 18.15
21 juin @ 0.15
Réservations : 514-849-FEST ou www.montrealfringe.ca
Christopher Moore et Michelle Boback
Destruction, dissection . On gratte le vernis, on révèle l'humanité, dans toutes ses beautés, mais surtout sa désespérante laideur. L'apparente force et omnisciente conscience presque désillusionnée et cynique de l'épouse se liquéfie et laisse filtrer une viscérale insécurité, une atavique peur de la perte. D'où les annonces. Sur internet. La quête du troisième larron, l'échangisme_, accepté. Le char à trois roues. Pour le garder, lui. Oui, lui et sa superbe professorale et doctorale. Voila que se pointe la jeune fille d'en face, sous un pseudo, et gonflant ses 17 ans à 24. Nabokov. Exit la règle de ne jamais revoir deux fois la même partenaire. De docteur apparemment raffiné, lui se retrouve pathétique homme mûr et suppliant dans sa quête de chair_fraiche. Elle_cocue. Le copain de la jeune fille, aussi_cocu, puis_onanistique_voyeur sous le spectacle, toujours cette fenêtre, de sa propre _cocufication! Et elle, la jeune fausse ingénue, s'envole avec une précoce et triste conscience de la laideur du monde...
Ce n'est pas l'histoire, tant que la façon dont elle est contée, qui importe. Dès l'entrée, un clair obscur existentiel où planté dans une humaine et éternelle solitude, les protagonistes susurrent de révélateurs éclats philosophiques, de Platon en passant par Shakespeare. Avec seulement quelques tables, chaises, et un drap en arrière-scène pour les jeux d'ombres évoquant les scènes tristement torrides, le metteur en scène Paul Van Dyck arrive à créer un vortex spleenétique où l'ère cybernétique rencontre les intemporelles errances de l'âme humaine. La façon de superposer jeux de temps et d'espace, la délicatesse de la suggestion en jeux d'ombre révèle faux et tristesse des personnages. Le geste et l'occupation de l'espace sont souvent en contre effet, en paradoxe versus le verbatim, exposant l'imposture, la vulnérabilité, la substance des non-dits, mettant particulièrement en relief le sous-texte, et même carrément le texte, comme cette fantastique aria par Catherine Bérubé, d'un halluciné contenu et dissocié et portant sur l'état des lieux du consumérisme relationnel.
La musique en flottement méditatif et introspectif par tristes violons passe parfois également par la candeur perdue avec par exemple, Françoise Hardy et Tous les garçons et les filles de mon âge, où dans le même ton, Brigitte Bardot. Les éclairages tout en demie-teintes donnent tout son sens au titre, et aux troubles zones explorées.
À des poussières près le jeu est impeccable, incarné, troublant, tout en demi-ton interlope, dans une retenue subtile, habité tant dans le dit que l'implicite.
Certainement une excellente pièce, un des impératifs du festival, une oeuvre qui sera bientôt reprise à la rentrée.
À voir!
NDLR - La pièce est en anglais normatif
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Texte de Katharine Dempsey
Mise en scène de Paul Van Dyck
Éclairage par Jody Burkholder
Scénographie par Anne-Marie Pierre
Comédiens : Catherine Bérubé, Michelle Boback, Christopher Moore, Howard Rosenstein
MAI -3680 Jeanne-Mance
13 juin @ 20.00
14 juin @ 23.30
15 juin @ 18.00
17 juin @ 22.00
19 juin @ 18.15
21 juin @ 0.15
Réservations : 514-849-FEST ou www.montrealfringe.ca

