Par Yves Rousseau
Pour la cinquième année, le Midi-Minuit présente douze heures de courtes pièces issues de la relève théâtrale.
Parmi l'abondance de pièce : plusieurs œuvres d'essai et exercices de styles intéressants, par ce qu'ils permettent d'exploration et de développement de langage scénique pour de jeunes compagnies qui expérimentent et se construisent approche et esthétique théâtrale; puis des pochades sympathiques et divertissantes liées à la culture et au contexte du milieu, devant un public d'ailleurs vraisemblablement essentiellement composé par ses artisans; et finalement, disséminés dans l'ensemble, aussi quelques opus qui présentent un bon potentiel de scène en dehors d'un contexte expérimental d'initiés.
Il y avait bien quelques prestations découlant d'une interaction théâtrale d'entretien, soit avec intrigue et dialogues, ancrés dans un langage du geste et de l'espace (bref, avec théâtralité), mais la très nette tendance dominante était liée à la formule du conte, le témoignage en pose frontale. Si on remarque une très nette progression du calibre de jeu, et qu'on voit plusieurs jeunes talents prometteurs, ce calibre semblait être au service de textes substantiels sur une base relativement (très) épisodique...
En terme de textes charnus et semble-t-il pouvant potentiellement s'exporter en dehors d'une formule d'essais, on remarque quelques œuvres :
D'abord un extrait la pièce (de résistance) « Charme », avec un texte et une mise en scène de Joëlle Bond par la compagnie « Le petit luxe », composée de jeunes diplômés du CADQ , texte qui fit récemment l'objet d'une lecture au Carrefour International de Théâtre de Québec.
L'œuvre revisite l'univers kitch , surfait et sous-culturel de petite madame de bungalow, des soirées tupperware_et des cours de maintient pour la parfaite ménagère, dans une vision truculente et déjantée du début années soixante, à Québec. C'est encore au stade de la lecture, mais l'extrait révèle tout le côté iconoclaste, ironique et surtout satirique d'une certaine portion de la classe moyenne dans les prémisses de la Révolution tranquille sous l'éclatement des rôles_sexuels et de la famille nucléaire traditionnelle, avec une verve éclatée , le tout en parodie d'un certain quétaine identitaire national universel pas si lointain. La pièce doit être montée l'an prochain dans un nouveau lieu théâtral de la ville de Québec, détails à suivre.
Texte Joëlle Bond
Mise en lecture par Joëlle Bond, Ann-Sophie Archer
Interprétation : Ann-Sophie Archer, Claudianne Ruelland, Sophie D. Thibeault, François-Edouard Bernier, Jean-René Moisan et Frédérique Bradet.
Scénographie de Valérie Polychuck
Production Le petit luxe – compagnie de théâtre/Québec
Avec Fatoue Konouté, Leïla Louchem reprend ce beau texte de la jeune auteure Geneviève Baril, originalement présenté en mars 2007 au Patro Vys. Seule sur scène, un personnage vibrant, vêtu d'une robe pourvue de grandes franges latérales, tant déployées comme les ailes d'un papillon de liberté, qu'attachées sur les piliers d'un destin tracé et captif. Dans une mise en scène d'un dénuement révélateur, une belle interprétation donne vie au récit candide, celui du personnage d'une jeune fille africaine, fille de_prostituée, qui découvre pourtant les beautés de la vie et de l'amour, au milieu de l'horreur. Jusqu'à ce que le destin la rattrape. Une jeune écriture prometteuse.
Texte : Geneviève Baril
M. e. s. : Michel‐Maxime Legault
Avec : Leïla Thibeault‐Louchem
Avec Cassé, pas tant par le texte que par le jeu et la mise en scène, Martin Plouffe accouche d'un opus viscéral, punché, déchirant : une jeune femme s'apprêtant à consommer une rencontre d'un soir, là dans son lit, reçoit, à brûle-pourpoint, la visite de son ex, qui s'impose dans un état totalement inquiétant. Tout est dans la forme, le climat, avec de belles pièces de jeu brut, animal, et un propos assumé dans sa représentation_charnelle.
Texte et m e. s. : Martin Plouffe
Avec : Marc-André Brunet, Cynthia Wu-Maheux et François Morin
Finalement, les Créations Unthéâtre remettent ça avec Le plus de saynètes possible à faire avec une baignoire qui avait fait l'objet d'une première expérimentation assez électrique dans un studio du Vieux Montréal il y a quelques mois. Sur la scène, six comédiens déchaînés, une vraie baignoire pleine d'eau et un match d'impro. Imaginez une surréelle parade de situations intimes et embarrassantes et iconoclastes, un ensemble de variations bien sûr liées à l'univers privé de la salle de bain et à peu près tout ce qu'on ne peut même pas s'imaginer pouvant s'y passer. Très amusant, électrisant et original.
Créations UnThéâtre
Avec : Mathieu Lepage, Nicolas Michon, Florence Longpré, Anne-Élisabeth Bossé, Joëlle Paré-Beaulieu et Jean-Philippe Durand
Un bel espace de liberté et d'expérimentation, le convivial rendez-vous printanier de la relève, dans toute son humaine inégalité.
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Sous la direction de Luc Bouffard, Phillipe Cyr et Stéphanie Julien
Produit par Les Ouvriers Théâtre - La S.H.O.P en collaboration avec le Groupe de la Veillée.