mardi 16 juin 2009

La Voix Humaine - Druide - Fringe 2009

Du 11 au 21 juin, en direct du Festival Fringe, nous publierons quotidiennement de courtes critiques.


Par Yves Rousseau

Avec La Voix Humaine, la compagnie de théâtre Druide propose une adaptation québécoise de l'œuvre de Jean Cocteau, en revisitant les affres de la douleur issue de la rupture amoureuse, en version trash et gore.


Le texte de Cocteau, explorant la plus profonde expression de la dépendance affective, a été ici adapté en québécois normatif, et resitué dans un appartement métropolitain. C'est ici un jeune homme suicidaire, désespéré qui s'adresse à un imaginaire amant, là, devant, et le cordon ombilical liant à l'Autre est le cellulaire.

Sur la scène de la petite boîte noire du 4001 Berri, quelques téléviseurs affichent leur néant de neige dans le sifflement d'une électronique et urbaine solitude. Surgissant, luisant de sécrétions, de bave, le corps taché de sang provenant de ce sac (l'ex-chat ou chien commun semble-t-il) ensanglanté qu'il porte, le personnage grimaçant de torture, ruisselant de larmes s'expose dans la quintessentielle forme d'humiliation suppliante et désespérée du « Ne me quitte pas » à la Brel.

L'exploration de la plus profonde forme d'animal et viscéral déchirement devant l'abandon, passe par la fécalisation (au sens figuré) intégrale, dans un jusqu'au-boutisme trash, l'inesthétique tragédie Cocteau-esque portée à son paroxysme : caricatural?

De pulsions surincarnées, en éructations braillardes et larmoyantes, le caractère procède de son anéantissement égotique par bribes entrecoupées de prostrations, roulades, empoignades ventrales viscérales, tout cela en récurrences cycliques d'expressions, de ton et d'effets. La surcharge plutôt que l'incarnation, le surjeu en animalité affectée, tout cela semble pêcher du fait de cycles rendus prévisibles par carence de modulation comme contre effets autres que ceux pré-exposés . Par exemple, comme si un interprète déclamant les premières lignes de la tirade du nez de Cyrano de Bergerac de Rostand, plutôt que d'évoluer vers d'autres intonations, expressions et gestes, en progression où en contre effet, avait relativement tendance à stéréotyper son aria selon le motif de jeu de ces mêmes premières lignes, ou portion de scène.

L'adaptation est pourtant fort intéressante, actuelle, percutante, et le principe n'est vraiment pas dénué d'intérêt, certainement un travail en progression qu'il faudra peut-être suivre...

Sans aller jusqu'à transformer l'éclatement évoqué en pathétique contorsion gore, et tout en parvenant à toucher parfois la détresse évoquée, le présent opus semble ne pas encore avoir atteint équilibre et nuances nécessaires.

Mise en scène : Robert Maurac
Interprétation et adaptation : Mark Hrynioch
Conception d’éclairages : Catherine Sabourin

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Espace 4001 Berri Space
13 juin @ 18.15
14 juin @ 22.00
15 juin @ 20.00
18 juin @ 16.30
19 juin @ 14.00
21 juin @ 21.15

Réservations : 514-849-FEST ou www.montrealfringe.ca