samedi 13 juin 2009

Jaune - Théâtre Acharnée - Fringe 2009

Du 11 au 21 juin, en direct du Festival Fringe, nous publierons quotidiennement de courtes critiques.


Par Yves Rousseau

Avec la pièce « Jaune », le Théâtre Acharnée tente de se réapproprier l'essence d'un féminisme relativement radical, en laissant planer un sens de la dérision, avec un certain clin d'œil , tout en étant néanmoins vraisemblablement militant.


Sur le plateau de la boîte noire du Théâtre Lachapelle, trois panneaux en éclats de bardeaux répartis dans l'espace constituent la scénographie. Surfant sur le mythe des Amazones, en tenues nomades, ninja-esque et guerrières, en cri de femme berbère, avec coiffe rasta-esque, sur fond de musique industrielle space tribale, une sororité triomphante crucifie sur place un homme_nu sur lumière crue, le braquant de leurs arcs vengeurs. Ce dernier, pleurnichant et apeuré, n'est-il pas coupable d'avoir grimpé sur un pont, protesté, argué et blâmé en propos masculiniste_les dérives d'un certain féminisme prétendument_castrant? Le voilà littéralement cloué sur place et humilié à bout de lance, sous les assauts ironiques d'une omnisciente voix hors champ trafiquée : masculinité égale agressivité, violence. L'issue? La féminisation_: on ne naît pas femme, on le devient...

Puis entre autres, intercalés et ponctuant les arias guerrières, dans un capharnaüm d'enchaînements intriqués et approximatifs, on revisite le mythe de la superfemme, de l'esclavage de l'apparence, de la pression sociale, de l'obligation du paraître et de la performance, dans toutes ses incarnations et déclinaisons de femmes névrosées et obsessionnelles, et aliénées : carriéristes finie, négociant leur prochain rendez-vous d'affaire en plein avortement, et tutti quanti.

De loin la portion la plus sentie, et la plus intéressante (même si assez gros), essentiellement portée par Mathilde Addy-Laird. Mais qui trop embrasse mal étreint, et à force de vouloir ratisser trop large dans l'universel et l'international féminin, de lapalissades en exultions démoniaques, danses chamaniques et simagrées coupe_couilles rageuses, la pièce s'égare dans de profondes inégalités de texte, de ton et d'expression, avec de plus un déroulement technique bancal (la poisse des premières) qui n'améliora certes pas les choses. La symbolique du citron, dans son acidité existentielle, se superpose à l'ensemble, vaseusement.

Mais en même temps, l'ensemble met en relief de bons filons comme matériel de développement - particulièrement ceux sur la femme moderne sous éclats de poésie en voix hors champ — et c'est exactement le but d'un festival de théâtre d'essai comme le Fringe.

Certains morceaux de féminisme paraissent, même sous le couvert d'une possible autodérision (?) et d'une ironie vraisemblablement présente, procéder d'une orientation qui pourrait sans doute pour plusieurs paraître anachronique : non pas pas par leurs visées égalitaristes, les injustices et abus subsistent certes. Mais par le ton, la forme.

L'ensemble paraît découler d'une maladresse néanmoins rafraichissante de truismes candides, où se côtoient belles idées engagées mais aussi ce que plusieurs pourraient considérer comme des clichés militants éculés, dans leur forme.
__________________________________________


Théâtre AcharnéE - www.theatreacharnee.com

Avec : Mathilde Addy-Laird, Sabrina Casault, Cédric Patterson et Audrée
Southière
Lumière et du son: Anne Maude Fleury

Théâtre la Chapelle - 3700 St-Dominique

Horaire

12 Jun @ 18.15
15 Jun @ 22.15
16 Jun @ 20.15
19 Jun @ 17.00
20 Jun @ 12.15
21 Jun @ 21.45

Billetterie du Fringe - 514.849.FEST (3378),