Du 11 au 21 juin, en direct du Festival Fringe, nous publierons quotidiennement de courtes critiques.
Par Yves Rousseau
Avec « Ce que personne n'a vu », le Théâtre Tamisé explore, selon une esthétique contemporaine dans un climat industriel,le phénomène du « Bullying » et de l'opprobre en milieu scolaire.
Une jeune fille en désarroi, et son alter ego, une omnisciente voix intérieure du témoignage; une école; puis les rivalités, la violence psychologique ordinaire, la compétition viscérale, les jeux de rejets et de décapitation affective sans merci. Sur le plateau, les scènes réalistes utilisent paradoxalement un certain symbolisme dans le geste et la chorégraphie, en alternance avec des dérives psychologiques ou les caractères se déchirent de leur mal-être : trop grosse, trop maigre, trop mal aimée, jetée par le copain du moment – et ce mal-être parfois se retourne et s'exulte sur l'autre, le bouc émissaire, avec toute l'intensité désespérée propre à la sensibilité entière et déferlante de l'adolescence, sous l'impitoyable loi du talion de l'unité absolue de référence et d'appartenance, ou d'exclusion : la gang.
La scénographie, originale, est étroitement liée au propos : dans un environnement cru et sombre, trois panneaux sur roulettes de clôtures « Frost » de trois mètres, très liés au climat, dominent. Primo, par leurs dispositions adaptées à la scène jouée, ils incarnent en un éclair le contexte physique évoqué, par exemple aligné en fond de scène comme mur sur cour de récré aux rixes, mis en rangs pour les casiers des frictions malsaines. Secundo, ils symbolisent et matérialisent également l'état – par exemple, dans l'isolement du rejet et de l'égarement les panneaux formeront une cage d'oppression autour de la jeune fille. Tertio, ils sont par leur symbolique, le parfait élément résumant par leur simple présence lugubre ce que peut constituer l'école secondaire pour certains.
La pièce, crée et montée par une équipe mixte de finissants en jeu et en enseignement du théâtre de l'EST, est justement expressément conçue pour le public ado, et il serait certainement de mise que ces derniers y fussent (encore) exposés. Le procédé dramatique axé sur les caractères identificatoires arrive à assez bien éluder l'aspect éducatif (dans sa forme, mais pas dans sa portée), à rendre l'opus intéressant, et pose de très judicieuses questions sur les phénomènes d'escalade haineuse en milieu scolaire, avec parfois les funestes éclatements que l'on connaît.
Un théâtre d'intervention qui pourra surement alimenter réflexion et discussion afin d'exposer et peut-être dissoudre certains germes inquiétants, certes un outil important pour ces futurs enseignants, le calibre de jeu est suffisant pour assurer une vraisemblance correcte, un ensemble utile.
Une forme d'engagement mettant l'art au service de la vie.
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Co création et interprétation : Sabrina Casault, Guillaume Normandeau, Martine Montminy,Elisabeth Senay
Aide dramaturgique : Éric Noel
Réalisation des décors : Alexis Ouellet-Rivest
Bande sonore : Marilou Blais-Tremblay
Chorégraphies : Catherine Gonthier
Théâtre la Chapelle - 3700 St-Dominique
Horaire
13 juin @ 12.00
14 juin @ 20.00
17 juin @ 22.00
18 juin @ 14.30
19 juin @ 20.15
21 juin @ 16.00
Billetterie du Fringe - 514.849.FEST (3378),


