Par Yves Rousseau
Fidèle à la tradition, Absolu Théâtre présente sa mouture printanière de courtes pièces.
Courte soirée de courtes pièces locales et Américaines, un peu plus d'une heure pour six numéros : totalement à la bonne franquette, sans scénographie autre que quelques tables et chaises, avec toute la spontanéité découlant d'une préparation rapide. Une formule particulièrement intéressante à plusieurs égards : répétitions faciles à loger dans l'horaire des artistes, des travailleurs autonomes jonglant avec diverses occupations; assez rapide à monter et pouvant se jouer avec un matériel simple et peu couteux; et finalement, pouvant exposer et révéler de jeunes auteurs, comédiens et metteurs en scène.
De Shel Silverstein, « Le plus meilleur papa du monde » (The Best Daddy), traduit en québécois et mis en scène par Marie-Ève Bertrand. Sur le ton d'un burlesque, un père présente à sa fille, là, dissimulé sous un drap, le cadeau de fête à deviner : en l'occurrence, on l'apprendra, un poney hélas fraichement abattu! Puis, en fait non, cela est rapidement démenti: cauchemardesque succession d'accroires et fausses surprises brise cœur toutes plus scabreuses les unes des autres. Dans le rôle de la petite enjoué voguant de pâmoison en surprises bizarroïdes, Brigitte Lafleur, et dans le rôle du père crade et plaisantin, Martin Desgagné : fausse candeur illuminée et cruauté mentale enjouée sur humour noir faussement slapstick. Le jeu était peut-être parfois un peu forcé, un ensemble parfois amusant, sur substance mince.
Dans question de respect, de Martin Plouffe (mise en scène de Christian E. Roy), deux jeunes hommes végétatifs, des frères (Martin Plouffe et Serge Mandeville), supputent les mérites de certaines représentantes du beau_sexe, en particulier Nadia : « st ' une fuckée cte fille là, deux fucké ensemble ça marche pas... ». Et en voilà justement une qui surgit pour les quérir, c'est qu'il y a fête sur la terrasse et tous se demandent ce qu'ils glandent là, en retrait : serait-ce elle. Derrière son look altermondialiste t-shirt-bedaine, que voilà une sérieuse intrigante aux sulfureuses intentions. Honneur, principes et loyauté s'étiolent et se perdront dans le dédale des persifflages , des chassés-croisés et de la tentation, chez nos deux moineaux. Le jeu, bien enlevé, est intéressant parce qu'il permet d'explorer de zone d'incertitude et de zone trouble à partir de ce texte en joual dépeignant une situation anecdotique.
De Seth Kramer, « Variation Tarantino », voilà une version féminine de ce voyage au pays de l'absurde, truculente surenchère de menaces où trois jeunes femmes exaltées vêtues en costard noir s'entre braquent l'une l'autre avec leurs flingues respectifs - un cercle vicieux punché et surréel, où aucune des trois criminelles ne sait qui doit descendre qui — absurde et d'un potache enlevant. Traduit et mis en scène par Serge Mandeville, avec Marianne Lavallée, Cynthia-Wu Maheux et Isabelle Duchesneau.
Repris du spectacle de 2007, de Rich Orloff, « Dramaturgie 101 » (Playwritting 101: The rooftop lesson), un brillant texte illustrant, non sans ironie et sarcasme, divers procédés de constructions dramatiques. Muni d'une télécommande, un enseignant et dramaturge déjanté, commentateur omnicient, (Serge Mandeville) passe en revue une scène de suicide factice à coup de "do's and don't's" sur les principes de construction dramatique théâtral, avec "freeze frame" , puis replay reproduisant la variation thématique exposée. Éventuellement les caractères-cobayes se révoltent et sortent de leur cadre dans une comique guerre de télécommande ou chacun s'invective à coup de « espèce de cliché», « caractère surfait », « vulgaires stéréotypes », devant une salle croulant de rires. Bien chorégraphié, belle mise en scène et traduction de Serge Mandeville, qui y joue également avec Martin Plouffe et Alexandre l'Heureux.
De Philippe Robert et mis en scène par Sarah Desjeunes, « Bad Buster Bull » où tout le parfum sordide sous-entendu d'une situation jamais nommée ni identifiée entre une dame et quatre olibrius : cette dernière reconnait un des protagonistes masqués, Bad Buster Bull, là dans ce parc ou elle promène son landau. On est jamais sûr, mais on imagine : peut-être était-ce un_rapt, une soirée_cuir olé olé, ou quoi encore — le ton pince-sans-rire est celui de retrouvailles amicales et enthousiastes où on prend des nouvelles avec éclats verbaux d'horreur parcellaire jovialement échappée : une façon cynique, très humour noir dans cette façon de jouer avec les zones d'incertitudes. Intéressant, très correct, avec Isabelle Duchesneau et Marc-Antoine Béliveau.
Finalement, le clou du spectacle, "Intérêt principal" (Controlling Interest ) de Wayne S. Rawley, délicieuse mise en scène et traduction de Serge Mandeville. Habillés en hommes d'affaires et discutant selon la dialectique d'une réunion corporative, des garçons sur le point de quitter l'enfance évaluent l'éventualité de se mettre à s'intéresser aux filles. Une délégation issue de ces dernières est bien prête à discuter de cette proposition d'affaires, non sans y avoir mis son grain de sel. C'est tout à fait charmant, évocateur de ce passage de vie, rempli d'esprit, et rendu bellement avec une verve candide au sérieux affecté. Avec Nicholas Chabot, Martin Plouffe, Alexandre l'Heureux, Serge Mandeville, Marie-Ève Bertrand et Eve Landry.
Voilà, prochain rendez-vous la saison prochaine!
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The Best Daddy, de Shel Silverstein, traduit et mis en scène par Marie-Ève Bertrand - avec Brigitte Lafleur et Martin Desgagné
Question de respect, de Martin Plouffe, mise en scène de Christian E. Roy, - avec Martin Plouffe et Serge Mandeville et Eve Landry.
Variation Tarantino, de Seth Kramer, traduit et mis en scène par Serge Mandeville, avec Marianne Lavallée, Cynthia-Wu Maheux et Isabelle Duchesneau.
Playwritting 101: The rooftop lesson, de Rich Orloff, mise en scène et traduction de Serge Mandeville - avec Serge Mandeville, Martin Plouffe et Alexandre l'Heureux.
Bad Buster Bull, de Philippe Robert, mise en scène par Sarah Desjeune avec Isabelle Duchesneau et Marc-Antoine Béliveau.
Controlling Interest, de Wayne S. Rawley, mise en scène et traduction de Serge Mandeville - Avec Nicholas Chabot, Martin Plouffe, Alexandre l'Heureux, Serge Mandeville, Marie-Ève Bertrand et Eve Landry.
Était présenté les 14, 15, 16 mai à l'Espace La Risée, 1258, Bélanger
De Shel Silverstein, « Le plus meilleur papa du monde » (The Best Daddy), traduit en québécois et mis en scène par Marie-Ève Bertrand. Sur le ton d'un burlesque, un père présente à sa fille, là, dissimulé sous un drap, le cadeau de fête à deviner : en l'occurrence, on l'apprendra, un poney hélas fraichement abattu! Puis, en fait non, cela est rapidement démenti: cauchemardesque succession d'accroires et fausses surprises brise cœur toutes plus scabreuses les unes des autres. Dans le rôle de la petite enjoué voguant de pâmoison en surprises bizarroïdes, Brigitte Lafleur, et dans le rôle du père crade et plaisantin, Martin Desgagné : fausse candeur illuminée et cruauté mentale enjouée sur humour noir faussement slapstick. Le jeu était peut-être parfois un peu forcé, un ensemble parfois amusant, sur substance mince.
Dans question de respect, de Martin Plouffe (mise en scène de Christian E. Roy), deux jeunes hommes végétatifs, des frères (Martin Plouffe et Serge Mandeville), supputent les mérites de certaines représentantes du beau_sexe, en particulier Nadia : « st ' une fuckée cte fille là, deux fucké ensemble ça marche pas... ». Et en voilà justement une qui surgit pour les quérir, c'est qu'il y a fête sur la terrasse et tous se demandent ce qu'ils glandent là, en retrait : serait-ce elle. Derrière son look altermondialiste t-shirt-bedaine, que voilà une sérieuse intrigante aux sulfureuses intentions. Honneur, principes et loyauté s'étiolent et se perdront dans le dédale des persifflages , des chassés-croisés et de la tentation, chez nos deux moineaux. Le jeu, bien enlevé, est intéressant parce qu'il permet d'explorer de zone d'incertitude et de zone trouble à partir de ce texte en joual dépeignant une situation anecdotique.
De Seth Kramer, « Variation Tarantino », voilà une version féminine de ce voyage au pays de l'absurde, truculente surenchère de menaces où trois jeunes femmes exaltées vêtues en costard noir s'entre braquent l'une l'autre avec leurs flingues respectifs - un cercle vicieux punché et surréel, où aucune des trois criminelles ne sait qui doit descendre qui — absurde et d'un potache enlevant. Traduit et mis en scène par Serge Mandeville, avec Marianne Lavallée, Cynthia-Wu Maheux et Isabelle Duchesneau.
Repris du spectacle de 2007, de Rich Orloff, « Dramaturgie 101 » (Playwritting 101: The rooftop lesson), un brillant texte illustrant, non sans ironie et sarcasme, divers procédés de constructions dramatiques. Muni d'une télécommande, un enseignant et dramaturge déjanté, commentateur omnicient, (Serge Mandeville) passe en revue une scène de suicide factice à coup de "do's and don't's" sur les principes de construction dramatique théâtral, avec "freeze frame" , puis replay reproduisant la variation thématique exposée. Éventuellement les caractères-cobayes se révoltent et sortent de leur cadre dans une comique guerre de télécommande ou chacun s'invective à coup de « espèce de cliché», « caractère surfait », « vulgaires stéréotypes », devant une salle croulant de rires. Bien chorégraphié, belle mise en scène et traduction de Serge Mandeville, qui y joue également avec Martin Plouffe et Alexandre l'Heureux.
De Philippe Robert et mis en scène par Sarah Desjeunes, « Bad Buster Bull » où tout le parfum sordide sous-entendu d'une situation jamais nommée ni identifiée entre une dame et quatre olibrius : cette dernière reconnait un des protagonistes masqués, Bad Buster Bull, là dans ce parc ou elle promène son landau. On est jamais sûr, mais on imagine : peut-être était-ce un_rapt, une soirée_cuir olé olé, ou quoi encore — le ton pince-sans-rire est celui de retrouvailles amicales et enthousiastes où on prend des nouvelles avec éclats verbaux d'horreur parcellaire jovialement échappée : une façon cynique, très humour noir dans cette façon de jouer avec les zones d'incertitudes. Intéressant, très correct, avec Isabelle Duchesneau et Marc-Antoine Béliveau.
Finalement, le clou du spectacle, "Intérêt principal" (Controlling Interest ) de Wayne S. Rawley, délicieuse mise en scène et traduction de Serge Mandeville. Habillés en hommes d'affaires et discutant selon la dialectique d'une réunion corporative, des garçons sur le point de quitter l'enfance évaluent l'éventualité de se mettre à s'intéresser aux filles. Une délégation issue de ces dernières est bien prête à discuter de cette proposition d'affaires, non sans y avoir mis son grain de sel. C'est tout à fait charmant, évocateur de ce passage de vie, rempli d'esprit, et rendu bellement avec une verve candide au sérieux affecté. Avec Nicholas Chabot, Martin Plouffe, Alexandre l'Heureux, Serge Mandeville, Marie-Ève Bertrand et Eve Landry.
Voilà, prochain rendez-vous la saison prochaine!
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The Best Daddy, de Shel Silverstein, traduit et mis en scène par Marie-Ève Bertrand - avec Brigitte Lafleur et Martin Desgagné
Question de respect, de Martin Plouffe, mise en scène de Christian E. Roy, - avec Martin Plouffe et Serge Mandeville et Eve Landry.
Variation Tarantino, de Seth Kramer, traduit et mis en scène par Serge Mandeville, avec Marianne Lavallée, Cynthia-Wu Maheux et Isabelle Duchesneau.
Playwritting 101: The rooftop lesson, de Rich Orloff, mise en scène et traduction de Serge Mandeville - avec Serge Mandeville, Martin Plouffe et Alexandre l'Heureux.
Bad Buster Bull, de Philippe Robert, mise en scène par Sarah Desjeune avec Isabelle Duchesneau et Marc-Antoine Béliveau.
Controlling Interest, de Wayne S. Rawley, mise en scène et traduction de Serge Mandeville - Avec Nicholas Chabot, Martin Plouffe, Alexandre l'Heureux, Serge Mandeville, Marie-Ève Bertrand et Eve Landry.
Était présenté les 14, 15, 16 mai à l'Espace La Risée, 1258, Bélanger