vendredi 1 mai 2009

Scène de Lits - Les Sans-Papier - Théâtre St-Catherine

Par Yves Rousseau

Avec Scène de lits, Stéphan Perreault et les Sans-Papier annoncent la saison estivale en bourlinguant le sujet des petits couples modernes hédonistes et fragiles qui s'utilisent et se jettent. On croque dans la pomme de la dérision: la farce grivoise en pelure, le burlesque comme pulpe, et le cœur et les pépins du mélodramatique larmoyant en éclat d'ironie. Voilà le doux parfum du dérisoire...


Crédit :Louis Longpré

La pièce est une version remaniée de la production originalement présentée au Fringe 2008.

D'abord, sur la scène intime, quelques évocations de lits, tout de rouges, des couches verticales dans le plus pur style « pôpa et môman », hé petite vie. Puis les voilà, les petits couples fragiles, tricotage plutôt élastique d'êtres aspirant à aimer, mais incapable de donner, et peut-être même de recevoir. Mesquins, calculateurs, vénaux, fourbes, profiteurs, le pathétique spectacle du narcissisme qui rêve de l'autre, mais qui se noie dans sa propre incapacité à rejoindre. Alors, on instrumentalise l'autre, qui devient non pas un être en soi, mais un objet de plaisir que l'on manipule, consomme et jette.

Crédit :Louis Longpré

Oui, se consommer et se jeter, voilà en quelques mots ce qui résume cet assemblage de saynètes, feuilleton hyperactif en « jump cut » électrisant. Sur le ton d'un boulevard cynique, entre autres; scènes de drague_d'une ronde en discothèque où élégie de la vacuité du culte de l'image; couples dont la supposée liberté réciproque masque une incapacité à s'investir qui s'éclate d'un échangisme_à voile et à_vapeur sauce consumérisme relationnel; gay_au maniérisme affecté qui se persuade d'être hétéro dans une délirante scène de drague, ou errance des identités de plus en plus floues. Un portrait paroxystique et satirique (vraiment?) des dérives du désengagement et de l'individualisme au niveau de ce qui reste du couple et de structure sociale.

Bien sûr on rigole tout au long pour cause d'une série de gags grivois et de situations cocasses, même si ça reste léger, et dans un ton assez cabotin. On remarquait dans le version du Fringe 2008, cohabitant avec la farce, une sous-dimension tragique qui se pointait timidement, pour finalement éclater dans le tiers final, qui était la plus belle portion de la pièce. Cette sous dimension est toujours présente, mais compétitionne maintenant avec : le mélodrame potache, avec des comédiennes qui chargent à plein, comme entre autres par exemple Elizabeth Locas, dans l'aria de la serveuse automate en quête de lumière et d'amour, une iconoclaste performance larmoyante à souhait qui ferait sans doute les belles heures de télénovelas déchirants; et parfois le drame, avec des comédiennes qui font alors preuve d'un jeux subtil, sensible et retenu, comme Sarah Desjeunes dans le rôle d'une ronde face à la cruelle époque du culte de l'image, ou encore Marianne Lavallée, qui fait bien en adolescente idéaliste.

La brillante utilisation de l'espace et de l'éclairage mettait (version 2008) en relation deux univers parallèles à partir d' une splendide aria d'une adolescente découvrant l'amour halluciné d'espoir et d'illusion, comme baume de douleur sur une enfance au vide meublé de reprise de Passe-Partout, dans l'absence d'un évanescent père absent aux milles conquêtes successives, bref, le vrai grand vide d'amour qui fait mal et qui ne guérit jamais. Cet élément est toujours présent, heureusement, avec toujours ces dérives, là, sur ce déambulatoire surplombant la scène, en alternance découpée sur retour vers ce monde désillusionné, là, en contrebas sur le plateau: celui des parents et leur héritage empoisonné. Mais est-ce le ton, le montage, ou la construction sonore qui y était superposée paraîssant maintenant absente (aurait-on eu quelques problèmes de son ?), cet élément précité semble beaucoup moins en relief, plus éludé. Cet aspect Roméo et Juliette des adolescent découvrant avec pureté l'amour dans un hôtel cheap, mis en contre-effet avec l'univers crade, agissait comme un révélateur: noyé dans une dramatique plus ambiante répartie tout au long de la pièce, il semble moins palpable, moins présent et mis en relief, et semble perdre un peu de son effet. Finalement, la scène de nudité prologuale gratuite est, semble t-il, toujours présente, toujours avec la même splendeur insignifiante.

Les enchaînements sont pourtant plus fluide qu'en 2008, le jeu dans l'ensemble semble correct. La pièce contient un humour grinçant, pose de valides questions, capitales, et semble à certains niveaux avoir tiré profit du processus de mûrissement, avec un regard toujours délirant d'ironie et lucide sur l'état des lieux.

Un moment de théâtre cocasse, amusant, mais qui risque de laisser peu de traces dans l'évanescence estivale.
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Texte et mise en scène de Stéphan Perreault
Assistante à la mise en scène : Christiane Paillé
Scénographie, son et costumes : collectif

Avec Martin Desgagné, Sarah Desjeunes, Marianne Lavallée, Élisabeth Locas,
Camille Loiselle D'Aragon, Serge Mandeville, Stéfan Perreault, Véronick Raymond et Christian Robert

30 avril au 9 mai
264 St-Catherine E.
Billetterie : (514) 284-3939