vendredi 1 mai 2009

Rencontre Théâtre Ados 2009 - Hikikomori - Théâtre des 4 Coins

Par Yves Rousseau

Au Japon, plus d’un million de jeunes personnes réagiraient, face à l’écrasant stress de performance et tout le poids des exigences sociales, par le retrait et l'ermitage. Ils vivent enfermés dans leurs chambres, refusant tout contacts. Les parents déposent de la nourriture devant leur porte, ou si plus âgés et ayant quittés le foyer parental ils travaillent à domicile, par internet, sans jamais sortir, et cela peut parfois s’étendre sur des années. On les appelle les Hikikomori.

Crédit : Nicola-Frank Vachon

Sur la scène, un praticable et un cadre semi-transparent de dimensions identiques : trois mètres par trois. Ambiance musicale de rock planant, transique sur tribune radiophonique par une récurrente voix : encore un suicide dans le métro, 50 0000 travailleurs en retard, des coûts énormes pour les employeurs. Puis voilà, un tremblement de terre fait progressivement couler l’île (qui pourrait être Montréal) sur laquelle vit Hiki, au dernier étage d’une tour de résidences étudiantes. L’armée évacue la ville, bientôt engloutie. Seul émerge ce dernier étage, avec Hiki, oublié dedans, et perdu dans ses limbes.

Hiki, qui était éjarré dans son nulle part existentiel, et son confort indifférent, voit son monde basculer dans un fantastique et surréel univers déconstruit, peuplé d’êtres étranges introduits par l’ersatz de plus en plus évanescent du truchement radiophonique : sa voisine, la suicidée du métro qui remplit le délire de Hiki d’oiseaux en papiers aux messages philosophiques, puis un cycliste fraichement écrasé par une voiture: le royaume des morts certes, mais aussi de grotesques personnages issus de l'abrutissement télévisuel commandité, comme cette nunuche de publireportage pour bidule miracle à abdominaux.

Un méga délire imbriqué de solitude contemporaine comme choc éclairant la sombre réalité de l’état des lieux sociétaux : face à sa vie et le monde Hiki, enfin, sort de sa torpeur et allume. À propos de sa voisine, croisée quotidiennement, mais ignorée dans sa détresse, il dira, par exemple, « on connaît le visage de tous les insignifiants de téléréalité, mais on ne connaît pas son voisin ».

L’engloutissement se poursuit, et accablé par un esprit aquatique latent issu de son enfance soudain courroucé, Hiki parviendra-t-il a sauver l’île en rendant son dû à cette divinité du grand sens de la nature et de l’ordre des choses, trop longtemps ignorée par la bêtise et l’avidité des hommes? À partir de son cellulaire, le dernier lien (compulsif) qui lui reste avec le monde, saura-t-il convaincre quelqu’un de venir à son secours ? Hiiiiii!

À partir de cette esthétique hypnotique mystico-ésotérique zen orientale aux flottements musicaux légèrement psychédéliques, un regard ironique sur notre monde individualiste et performatif dans l’isolement urbain et l’abrutissement médiatique, avec la mort et le deuil normalement éludés qui ici se rappellent à nous. Jeux d’ombres, théâtre physique acrobatique, créatures chinoises dragonesque, romance, fantastique trame sonore très élaborée, bref, tous les ingrédients permettant de bien porter le propos, la métaphore et la magie, sont présents, un onirisme spleenétique et méditatif prometteur.

La version présentée, semble être un laboratoire avancé, testé devant public restreint. Le squelette du texte, à élaborer, est prometteur dans ses intentions, et l’ensemble commence à s’enchaîner de façon intéressante, avec encore peut-être un peu d’enrobage scénographique et d'éclairages, de liant et de tempo à ajouter, avec certains personnages qui restent encore schématiques. L’ensemble offre, déjà, de nombreux bons moments, on attend la version définitive pour l’aperçu complet.

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Texte et mise en scène : Théâtre des 4 Coins
Comédiens : Véronique Daudelin, Jean-François Hamel, Olivier Normand et Klervi Thienpont
Conception sonore et musique par Mathieu Campagna
Costumes par Valérie Gagnon-Hamel
Scénographie de Érica Schmitz

Festival : Du 16 avril au 2 mai 2009 http://www.rtados.qc.ca

La Maison des arts de Laval
1395 boul. de la Concorde Ouest
Billetterie : 450-667-2040.