mardi 5 mai 2009

Pour en finir avec… Feydeau - Théâtre Sans Domicile Fixe

Par Yves Rousseau


Avec Pour en finir avec Feydeau, le théâtre Sans Domicile Fixe propose une rencontre des plus étonnante entre un Constantin Stanislavski et un George Feydeau, tous deux réinventés...

Nous sommes probablement à la toute fin du 19e siècle. Dans une quelconque province française, entouré d' acteurs de boulevard se disputant ses bonnes grâces à coup d'intrigues, faveurs et manigances, George Feydeau se prépare à jouer « Le Dindon ». Mais voilà, Constantin Stanislavski et sa méthode révolutionnaire de jeu incarné est en ville, là au théâtre d'en face, pour monter La Mouette de Tchekhov. Le maire de la place, trop fier d'accueillir d'aussi illustres visiteurs, organise même une rencontre entre les deux hommes! Puis les deux troupes, si on compare ! Comme si les êtres du Déjeuner des canotiers de Renoir, en joyeux lurons gouailleurs et rigolards, rencontraient des personnages torturés et viscéraux d'une pièce de Tchekhov croisés de ceux d'une toile de Munch. Tout allait bien pourtant : Feydeau trompait sa femme avec sa jeune première, sa rombière épouse s'épivardait avec le premier rôle masculin, bref, tous magouillaient comme d'habitude et le public était au rendez-vous. La routine, quoi!

Crédit: Marc-Antoinre Zouéki - www.zoueki.com
Jean-Moïse Martin (Feydeau), Mathieu Gosselin (le prélat) et Anne-Élisabeth Bossé (la cocotte)


Mais voilà, Stanislavski, qui méprise ouvertement Feydeau et sa pièce, triomphe, et monopolise les spectateurs, et lui pique même sa jeune première pour remplacer son épouse malade, qui ne peut jouer. Mais voilà, ni l'épouse de Stanislavski, qui va certainement pas se laisser évincer par cette cocotte vénale, ni Feydeau, qui n'accepte pas de se faire piquer la faveur du public, ne comptent se laisser faire de la sorte...

Crédit: Marc-Antoinre Zouéki - www.zoueki.com
Stanislavski triomphe !
Sébastien Dodge (Stanislavski) , Guillaume Cyr, MathieuGosselin et Dany Boudreault

Nous sommes bien sûr dans un univers de parodie délirante, avec le théâtre dans le théâtre : les comédiens français pêchent par tous les excès de style et tous les vieux trucs du vaudeville de province, alors que les Slaves présentent une vision paroxystique et décapante de la théorie du jeu Stanislavskiesque avec ces voix éructantes de douleur existentielle, ces poses hallucinées d'intensités affectées avec expressions exorbitées de vérité grondante. Une rapide convention de temps et de lieu permet de positionner les spectateurs comme observateur omniscient voyant les intrigues et les performances essentiellement du point de vue des coulisses. Des changements d'accessoires instantanés permettent de faire entrer en collision les deux représentations, le Dindon et La Mouette, qui se matérialisent alternativement en un éclair, un contre-effet très réussi mettant en exergue, encore plus, tout le côté risible : un sommet est atteint lorsque la cocotte se retrouve à jouer dans ce Tchekhov...

Crédit: Marc-Antoinre Zouéki - www.zoueki.com
Feydeau prépare sa riposte
( Guillaume Cyr, Jean-Moïse Martin, DanyBoudreault et Mathieu Gosselin
)

L'action rocambolesque déboule selon un rythme impeccable, sur une scénographie (d'une autre pièce ...) limitée à quelques meubles. Puis, il y a de magnifiques et irréprochables costumes d'époque. Malgré le côté farceur du propos, on ne tombe pas dans l'excès, le jeu est très plausible, bien incarné (hihihi), festif, ludique, de solides performances et des caractères juteux, avec une mise en scène au quart de tour, étroitement orientée dans l'espace. Puis lorsque le théâtre se met, avec une intelligence espiègle, à se foutre de sa propre gueule et procéder de sa propre déconstruction, c'est toujours quelque chose.

On s'amuse et on rigole ferme, vraiment un bon moment !

La pièce n'était présentée que deux soirs, comme « showcase », mais vous aurez sans doute l'occasion de revoir cela sous peu...

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Textes de Pier-Luc Lasalle, avec la participation d'Emmanuel Reichenbach et Charles Dauphinais
Mise en scène de Charles Dauphinais, assisté de Audrey Lamontagne
Costumes et accessoires par Mélanie Ouellette

Avec Anne-Élisabeth Bossé, Dany Boudreault, Guillaume Cyr, Sébastien Dodge, Mathieu Gosselin, Milène Leclerc, Jean-Moïse Martin, Emmanuel Reichenbach et Véronic Rodrigue.

Était présenté au Théâtre de Quat'Sous le 3 et 4 mai

Informations : 514.602.TSDF (8733)
www.theatresdf.com