Par Yves Rousseau
Avec le Nid, les ailes brûlantes de l'ironie s'envolent vers les cieux incandescents d'un couple déchu, délicieusement boiteux sans sa béquille ornithologique...
NDLR Le Théâtre Qui Va Là reprend sa pièce Le Nid, du 16 au 27 janvier 2012 à la Petite Licorne. Voici la critique du spectacle original de mai 2009.
L'histoire se déroule dans les vestiges d'une habitation conjugale qui fut ravagée par le feu , et l'état calciné des lieux devient métaphorique représentation d'une flamme passionnelle qui brûla jusqu'à ce que tout se consume : amour, maison et raison. C'est un état de conflictuel aftermath amoureux où s'élèvent en flash-back, les douces réminiscences de l'avant. Comme la passion est volatile, et l'esprit enfiévré de sentiments est aveugle, leur idylle plane comme vol de Phoenix sur soleil incandescent dans les vents changeants du temps, comme un apothéotique tourbillon fiévreux et inflammable s'embrasant d'une étincelle de folie absolutiste et ardente, pour ne mieux que renaître de ses cendres.
Ainsi, dans les ruines incendiées de leur vie, deux énergumènes d'ornithologues volent au-dessus des paysages ravagés de leurs passions. Funambules de l'inconditionnel sifflant et emplumé, les voilà juchés seuls au monde sur l'isolé perchoir de nidification où couve le tison d'une viscérale obnubilation pour tout ce qui vole et a un bec. Cette activité devient le canal dans lequel est sublimé leur relation : l'univers, le langage, les mœurs des oiseaux deviennent le principal relationnel medium transactionnel, et c'est là une iconoclaste symbiose animalière délicieusement pathétique.
Crédit : Justin Laramée
Voilà donc une délirante allégorie truffée de références, métaphores et jeux de mots liés au monde des volatiles.C'est une belle odyssée absurde avec ces olibrius, plantés là dans ces ruines dans les restes de ce qui fût, et traversant réminiscences d'éclats de vie se matérialisant en tourbillons : de la rencontre initiale, jusqu'à l'éclatement final, enfin presque final...
Le jeu, riche et impeccable, est profondément incarné, et étroitement orienté dans une occupation de l'espace avec une gestuelle remplie de métaphorique dérision. On savoure en particulier cette scène de drague où l'homme, en universitaire un peu imbu et prétentieux, s'adonne à une cour calquée sur les comportements nuptiaux d'un paon orgueilleux en quête d'une femelle. On y trouve du théâtre d'objet, et les manipulations sont fantastiques. Il y a des moments d'expression à couper le souffle.
La scénographie est très soignée, et les photos de presse en donnent un bel aperçu: devant ce baroque composé d'artefacts évocateurs, on oublie complètement l'exiguïté de cette scène de cinq mètres par trois, qui devient de facto un immense territoire de l'imaginaire. Les costumes bigarrés composés de bas de pyjamas sur haut en évocation de tenue jardinage grano plein-air, et ces visages et membres couverts de suie sont indéniablement parfaitement dans le ton, tout comme cette trame sonore atypique souvent en contre-effet impliquant parfois clavecin et clarinette basse.
En lecture (Festival du Jamais Lu 2008) je notais : « le texte, lumineux, truculent, coulant, intelligent et particulièrement rythmé est un délice de répliques du tac au tac, on pense un peu à l'absurdité de Ionesco, et à la verve imagée de Guy Beausoleil, avec cette façon de faire flèche de tout bois (en terme d'atmosphères), avec délicatesse, mais ironie à partir d'un univers thématique et référentiel ». C'est toujours vrai, et le texte ainsi habillé par l'ensemble prend bellement vie, mais tout en étant peut-être un peu moins à l'avant. C'est qu'afin de rendre la folie de cet univers, on a peuplé la plaine du propos initial, d'une forêt de cris d'oiseaux : les comédiens excellents à les évoquer par la voix et par les multiples appeaux utilisés, avec en plus un appui ambiant issu de la sonorisation : il y a peut-être une légère surcharge d'effets, à quelques moments (surtout dramatiques) au détriment du texte.
Mais ne vous leurrez pas : Le Nid est une pièce particulièrement amusante, une habile tragicomédie riche et délirante - ça oui ! Côtoyant l'ironie et la verve hallucinée et emplumée, il y a de superbes moments de jeu et d'émotion.
À voir!
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En reprise, du 16 au 27 janvier 2012 à la Petite Licorne
Texte, mise en scène et interprétation : Félix Beaulieu-Duchesneau et Sandrine Cloutier
Musique : Benoît Côté
Conseiller à la création : Jacques Laroche
Scénographie de Josée Bergeron-Proulx
Éclairage par Erwann Bernard
Les 10, 12,17, 18, 19 et 31 mai, 1er, 2, 7, 8, 9, 14, 15 et 16 juin 2009
À La Petite Licorne, 4559 Papineau
Billetterie : 514-523-2246