samedi 2 mai 2009

Festival du Jamais Lu 2009 — vendredi 1er mai — Le Geai Bleu — texte d'Étienne Lepage


Par Yves Rousseau

Festival du Jamais Lu, rendez-vous annuel entièrement dédié à la mise en lecture de créations théâtrales nouvelles - vendredi 1er mai


Pour cette soirée de lancement du 1er mai, Le Geai Bleu , un texte d'un jeune auteur prometteur, Étienne Lepage, diplômé en Écriture dramatique de l'École nationale de théâtre du Canada, crû 2007, à qui on doit d'ailleurs cette brillante adaptation du Blackbird de David Harrower actuellement présenté au Prospero. On attend également sa pièce Rouge gueule, mise en scène par Claude Poissant pour le théâtre PÀP, en octobre 2009.

Examinons donc ce texte.

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On les imagine facilement errants de jardins à dépendances au Château de Cheverny ou autre Moulinsart, ces bourgeois coincés dans l’insignifiance et la vacuité de leurs petites vies d’oisifs névrosés. Oh, certes, il y a bien Louis, l’ancêtre, qui a fait la guerre et tâté la vie, mais sa présence d’une surdité confuse, se « catatonise» dans le temps d’avant, stationné, comme lui, là, dans ce fauteuil roulant. Mais pour le reste des plus jeunes des ces trois générations gravitant autour du lieu, c’est l’anesthésie du confort, la vie désincarnée de toutes prises, la lobotomie existentielle.

Comme un Tchekhov iconoclaste avec le grand étourdissement spleenétique du temps qui passe, mais sur parfum de dérisoire et d’absurde solitude communale, dans un hallucinant dialogue de sourds presque rocambolesque d’effet par ce qu’il traduit de pathétique et impuissante aliénation : ce temps, chacun l’appréhende, l’égraine et le meuble d’un sens fabriqué pour s’aveugler volontairement du non-sens de leur vie. Il ne s'y passe rien d'autre que l'errance domestique, dans le néant du quotidien. Ironiquement le ton, lui, reste, avec un clin d’œil d'une implicite mauvaise foi, en contre effet dramatique, très « Les Trois Sœurs ».

Cette fabrication meublante sur vide existentiel, est constituée de dada, passe temps, préoccupations, et l’intensité dramatique avec lesquels les caractères pétrifiés d’anxiété s’y accrochent et transportent chacun à sa façon ces fixations: tout cela, traduit et laisse filtrer, deviner, tout le côté pathétiquement risible, vulnérable des personnages qui dans la grande panique hystérique issue du grand vide menaçant de leurs existentialités de pacotille, ne peuvent que pousser vers l’avant et alimenter cette fabrication-béquille de façon à maintenir la fragile illusion de leur utilité, d'un sens factice, de leur vanité d’être et de leur narcissique identité de classe, bourgeoise. Beau prétexte pour exposer le soliloques de leur discours intérieur…

C’est le spectacle de cette mécanique de vie qui est franchement pissant, et paradoxalement touchant d’humanité, une absurdité haute en couleur, un amalgame de vies et de discours en cercles vicieux concentriques qu'on prend plaisir sardonique à observer. Les personnages, entre autres : de l’alter ego féminin de Louis (la nostalgie), qui hallucine le temps qui passe, les journées qui se dérobent comme sable coule entre les doigts et laisse la main vide, en passant par l’esthète à la superbe absurde et au volontaire étranglé qui, lui a une fixation pour une statue, sans oublier le rétentif-anal (un stade assez présent plusieurs personnages autocontrôlant) bizarroïde dissocié inquiétant qui transpose son sadisme dans sa passion pour la chasse aux canards et son arme. Ça vous donne une idée…

Voilà certainement un texte lumineux, rafraîchissant, vif et espiègle, une œuvre tout à fait délicieuse, dans une lecture particulièrement vivante. Reste à la monter, maintenant…

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Mise en lecture : Catherine Vidal
Distribution : Louise Bombardier, Sébastien Dodge,Benoît Girard, Michel Maxime Legault, Sylvie de Morais-Nogueira, Patricia Nolin et Pier Paquette


Le Festival du Jamais Lu 2009, du 1er au 9 mai, se déroule principalement à deux endroits distincts :

Aux Zécuries — 7285, rue Chabot — volet théâtre jeunesse
O Patro Vys — 356, avenue du Mont-Royal Est — volet régulier

Billeterie - 514-844-1811