Par Yves Rousseau
Festival du Jamais Lu, rendez-vous annuel entièrement dédié à la mise en lecture de créations théâtrales nouvelles — mercredi 6 mai, 17 h
Du jeune auteur David Leblanc, Lauréat de l'Égrégore, le texte « Insertions » : quand l'indifférence tranquille d'un jeune homme sans histoire se heurte à un microcosme trash sous culturel , une exutoire collision en éclats d'humour caustique...
Un jeune homme timide, habite un univers auquel il parait pourtant ne pas appartenir, comme il y avait été transplanté et c’est là toute l’ironie surréelle du propos. Luc, jeune étudiant mélangé qui se promène d’un abandon de programme à l’autre, est plutôt tempéré, introverti, en gentil passe-partout bien intentionné, un peu tronche de collège, pseudo-intello, dont la solitude est meublée par la télévision. Puis voilà, son père (avec qui il vit) est un mécanicien taciturne (éternel silence des relations père-fils) le genre à triper sur les chars montés et sur celles qui portent bien ce qu'elles avancent, s’exprimant en joual assaisonné, foutant le camp à répétition en flanquant son fils là, en compagnie de Serge alias Crowbar, un ami fraîchement sorti de prison pour meurtres à qui il doit céder sa chambre...
Rapidement, comme un clown triste décontenancé et pantois à qui tout arrive, Luc se ramasse seul avec l’animal, puis le reste de sa tribu sous-culturelle qui surgit et s’incruste : la femme, Chantale, auteur à ses heures, qui entre deux prises de bec et bagarre avec son conjoint monopolise l’espace sonore de l’appartement de baises_animales; Kim, l’adolescente_à la dialectique existentielle de guidoune_hyper_sexualisée pour qui tout se "deale " à coup de faveur_charnelle; Mike, le jeune fils , joueur compulsif et coké en perpétuelle quête d’argent à extorquer; et finalement l'ami douteux, Freeze, souteneur, voleur, menteur, entre autres compères vaseux.
Tout ça sur fond de zapping, schizokaleïdoscopiques magma d'extraits d'émissions dépeignant la grande fresque absurde de la vacuité télévisuelle, comme ersatz climatique de texture social, en toile de fond: tout mis sur le même pied (peopleisation du journalisme), du reportage animalier au soap, en passant par une manifestation pour la pauvreté avortée pour cause de concurrentes téléréalités jusqu'aux manigances des magnats de la finance et autres mégalomaniaques PDG. Ahurissement médiatique sur ahurissement existentiel, abruti.
Une rocambolesque suite de satiriques mésaventures remplies d’ironie et de toute une suite de personnages trash, tout cela sur fond d’américanité résiduelle.
Climat :
Avec ses amis pseudo anarchistes (paroles d'insurrection, gestes de beuverie), Luc en vient à promener sa révolte molle sur les routes de la fuite, comme l'esprit acide du propos promène son regard avec une festive verve de désillusion, posée comme normalité fataliste. Le père fait demande à son élue de devenir sa... troisième femme, les ados piercing-tatou anorexie mentent et sèchent leurs cours - comme pointe de l'iceberg, les personnages alimentent leur destin fade et éteint d'illusoires lubies et autres rêves à cinq cennes qu'on sait mythomaniaques , faux ou utopiques d'avance, bref, tout est faussé :
Kim, s'imaginant devenir mannequin, fraîchement larguée par son copain, s'adressant à Luc, qui la console :
Vie en autofiction médiatique. Puis le père, à Luc à propos d'une de ces typiques rencontres trop rapides - on sait bien comment ça va finir...
L'écriture reste toujours plausible, dans le niveau de langage vraisemblable des personnages, efficace d'effets d'entretien et de relance constante, un haletante avalanche d'humour caustique et pince-sans-rire, car surtout en sous-texte, même si le presque deus ex machina contextuel du truchement médiatique imposé en didascalie est très exploité comme moyen et que le côté dramatique s'éclate en clin d'oeil potache. Une jeune écriture prometteuse de cet auteur qui vient tout juste de terminer sa formation de comédien à l'Option-Théâtre du collège Lionel-Groulx, et qu'on a vu récemment bien faire avec ses camarades dans les pièces du programme. Bellement mise en lecture par la bande allumée dirigée par Serge Mandeville : visiblement beaucoup de plaisir pour les comédiens à se lancer dans cet abracadabrant délire, lucide par ce qu'il révèle.
__________________________
Texte de David Leblanc
Tous les extraits proviennent de la pièce Insertions, sont une courtoisie de l'auteur, et ne peuvent êtres reproduits sans autorisation.
Mise en lecture : Serge Mandeville
Distribution : Marie-Eve Bertrand, Martin Desgagné, Brigitte Lafleur, Benoît Landry, David Laurin et Mathieu Quesnel
Rapidement, comme un clown triste décontenancé et pantois à qui tout arrive, Luc se ramasse seul avec l’animal, puis le reste de sa tribu sous-culturelle qui surgit et s’incruste : la femme, Chantale, auteur à ses heures, qui entre deux prises de bec et bagarre avec son conjoint monopolise l’espace sonore de l’appartement de baises_animales; Kim, l’adolescente_à la dialectique existentielle de guidoune_hyper_sexualisée pour qui tout se "deale " à coup de faveur_charnelle; Mike, le jeune fils , joueur compulsif et coké en perpétuelle quête d’argent à extorquer; et finalement l'ami douteux, Freeze, souteneur, voleur, menteur, entre autres compères vaseux.
Tout ça sur fond de zapping, schizokaleïdoscopiques magma d'extraits d'émissions dépeignant la grande fresque absurde de la vacuité télévisuelle, comme ersatz climatique de texture social, en toile de fond: tout mis sur le même pied (peopleisation du journalisme), du reportage animalier au soap, en passant par une manifestation pour la pauvreté avortée pour cause de concurrentes téléréalités jusqu'aux manigances des magnats de la finance et autres mégalomaniaques PDG. Ahurissement médiatique sur ahurissement existentiel, abruti.
Une rocambolesque suite de satiriques mésaventures remplies d’ironie et de toute une suite de personnages trash, tout cela sur fond d’américanité résiduelle.
Climat :
Chantale regarde sa fille jouer dans son assiette du bout de la fourchette sans rien avaler.
Chantale – Enweye, mange ton assiette!
Kim – J’ai pas faim.
Chantale – Faut ben que tu manges un peu!
Freeze verse une grosse rasade de rhum dans son café, en offre à tous.
Freeze – Rhum? Rhum? Quelqu’un veut du rhum?
Chantale et Crowbar lui tendent leur tasse, qu’il « fortifie », avant de boire directement quelques gorgées cul-sec.
Mike se lève de table.
Mike – J’ai fini, je m’en va.
Crowbar – Ramasse ton assiette.
Mike – Va chier!
Crowbar – Hey, j’suis ton père, p’tit christ!
Mike – C’est vrai? La dernière fois que j’t’ai vu j’avais 7 ans, pis y m’semble que t’avais l’air moins épais.
Crowbar frappe Mike. Mike crache par terre et part, suivi de Kimberley.
Chantale – Pour qui tu t’prends de frapper mon gars?
Crowbar – Y faut de l’autorité pour élever les jeunes. Ça l’air qu’y ont été trop gâtés avec toi, y est temps de redresser ça.
Chantale – Commençant à frapper Crowbar Tu vas voir c’que j’vas te redresser, moi!
Crowbar– Luttant avec elle pour la maîtriser On dirait que toi aussi ça fait trop longtemps qu’tu t’es pas faite bardasser comme y faut!
Avec ses amis pseudo anarchistes (paroles d'insurrection, gestes de beuverie), Luc en vient à promener sa révolte molle sur les routes de la fuite, comme l'esprit acide du propos promène son regard avec une festive verve de désillusion, posée comme normalité fataliste. Le père fait demande à son élue de devenir sa... troisième femme, les ados piercing-tatou anorexie mentent et sèchent leurs cours - comme pointe de l'iceberg, les personnages alimentent leur destin fade et éteint d'illusoires lubies et autres rêves à cinq cennes qu'on sait mythomaniaques , faux ou utopiques d'avance, bref, tout est faussé :
Kim, s'imaginant devenir mannequin, fraîchement larguée par son copain, s'adressant à Luc, qui la console :
T’as raison, Charles c’est un nul. Quand j’vas être une star y va prendre l’avion à genoux jusqu’à Los Angeles pour s’excuser mais y va tellement être trop tard! Tsé y aurait pu être mon premier mari que j’vas laisser pour un de mes danseurs, y aurait vendu l’histoire aux magazines, fait plein d’cash pis lancé sa maison de disques avant de mourir cool genre overdose ou accident de parachute. Pff. Pauvre con. J’peux voir les photos?
Vie en autofiction médiatique. Puis le père, à Luc à propos d'une de ces typiques rencontres trop rapides - on sait bien comment ça va finir...
Ouais, c’est ça j’voulais t’dire… j’ai rencontré une fille à Daytona. Est vraiment quelque chose! C’t’une… designer info-machin de pièces 3d… un affaire compliqué. Pis c’est ça, ça a vraiment cliqué elle pis moi, pis j’m’en va vivre avec...
...J’en reviens pas encore. Le premier soir d’la convention on a bu ensemble, le lendemain on est allé aux Nascar, pis Bang! À dit que j’y fais penser à Ronald Reagan dans ses vieux films, avant qu’y devienne premier ministre des États. Hey! L’as-tu vu? C’était un criss de bonhomme! J’pensais pas que quelque chose de même pouvait encore m’arriver. J’t’ais là vlà une semaine avec toi, ma p’tite vie plate, pis là… j’suis heureux! ...
L'écriture reste toujours plausible, dans le niveau de langage vraisemblable des personnages, efficace d'effets d'entretien et de relance constante, un haletante avalanche d'humour caustique et pince-sans-rire, car surtout en sous-texte, même si le presque deus ex machina contextuel du truchement médiatique imposé en didascalie est très exploité comme moyen et que le côté dramatique s'éclate en clin d'oeil potache. Une jeune écriture prometteuse de cet auteur qui vient tout juste de terminer sa formation de comédien à l'Option-Théâtre du collège Lionel-Groulx, et qu'on a vu récemment bien faire avec ses camarades dans les pièces du programme. Bellement mise en lecture par la bande allumée dirigée par Serge Mandeville : visiblement beaucoup de plaisir pour les comédiens à se lancer dans cet abracadabrant délire, lucide par ce qu'il révèle.
__________________________
Texte de David Leblanc
Tous les extraits proviennent de la pièce Insertions, sont une courtoisie de l'auteur, et ne peuvent êtres reproduits sans autorisation.
Mise en lecture : Serge Mandeville
Distribution : Marie-Eve Bertrand, Martin Desgagné, Brigitte Lafleur, Benoît Landry, David Laurin et Mathieu Quesnel