vendredi 29 mai 2009

All i want is U2 - Théâtre Sans Fond


Par Yves Rousseau


Comme il l'avait fait récemment avec « Zeppelin was a cover band », le Théâtre Sans-Fond poursuit sa croisade sur le territoire Rock avec son nouvel opus « All i want is U2 », toujours en performance-conférence audio-visuelle avec light show, air
guitare & batterie iconoclaste.


Il est parfois difficile de se figurer, ou peut-être de s'admettre à quel point le temps fuit. Ainsi, lorsqu'on est de la génération « X », ou « Y » ou même antérieure, et qu'on parle de musicologie, d'histoire Rock, spontanément on pense aux 60's, ou même avant. Jamais à ces groupes qui nous paraissent encore si présents, contemporains.

Et pourtant : force est de l'admettre, le vingtième siècle a vécu, nous nous en éloignons et la distance est maintenant suffisante pour parler d'histoire. Et U2, c'est un morceau de cette histoire : musicalement et politiquement lié à la plupart des grand évènements mondiaux.

Année de formation : 1976 et une bande d'adolescents musicalement maladroits. Puis quelques années de pratiques plus tard, ça éclate: « War », « The Unforgettable Fire » et autres œuvres marquantes des années 80. Vingt-cinq ans déjà depuis la révélation du groupe. Loin maintenant l'ère du New-Wave, et puis du punk, l'époque d'influence de la formation. Pourtant, voilà, ils sont toujours là.

Hallucinée d'extraits de spectacles scandés de présentations-animations en mimétismes potaches délirants, cette traversée de l'oeuvre U2-esque n'en est pas moins que passionnante. C'est que tout en étant étroitement mise en relation avec leurs racines Irlandaises et leur engament politique et philanthropique, la substance de l'œuvre du groupe est également étroitement mise en relation avec le culte de l'image, et le jeu médiatique. La substance authentique et légitime de Paul Hewson (Bono) et ses comparses est mises en relief, mais toujours en relation avec le principe de réalité, celui du marché, des dérives mythologiques et de la puissance étourdissante comme figure d'influence d'un groupe Rock, dans la déification et l'iconologie des temps post-modernes.

Comme si on voyait le rêve, la grandeur, le vrai et le faux valser ensemble du point de vue du « set designer » de U2, Willie Williams, et autres experts de l'image. Non pas que cela soit une question d'intégrité : mais plutôt un questionnement sur les inévitables dérives inhérentes au phénomène pop-rock, comme phénomène identitaire, et son impact communicationnel sans commune mesure dans l'histoire de l'humanité. Jusqu'où l'engament procède-t-il du philanthropisme et de l'implication, et jusqu'où devient-il, accidentellement ou pas, un moyen promotionnel? Le propos campe bien le dilemme en situant l'artiste et sa démarche dans la tourmente issue de la dantesque machine à image et à fric qu'est devenue l'industrie du rock et ses colossales fortunes.

Cette contextualisation médiatico-socio-politiquo-économique se double également d'un formidable hommage. Dans la plus pure atmosphère de show rock, toujours ce personnage du « cool dude», un grand adolescent trentenaire, jeans, gaminet rock sur espadrille, le pote cool, la potache tronche omnisciente typique de la section rock du disquaire, avec intonation et langage très « on the road », « hey, cool man », complètement halluciné par le sujet, accompagnant les extraits de grands gestes maladroits typiques des simagrées corporelles « air guitare ». La langue beaucoup plus épurée cette fois, une intonation mieux incarnée, vivante : une nette progression depuis le premier opus. Sans trahir le concept du personnage, peut-être encore un peu de travail d'expression.

Un plus grand appui scénographique, également. De la scène relativement nue du premier spectacle, on est passé à quelque chose de beaucoup plus intégré. Un immense praticable surélevé en forme de noisette et encadré par des tourelles métalliques avance son angularité vers les gradins, évoquant un spectacle rock, selon un concept U2-esque. Côté jardin le disque-jockey, côté cour station assise et maquette de spectacle ( représentant la scène du PopMart Tour ) et figurines : on donne même dans le théâtre d'objet. L'arrière-scène entière se prête aux projections, et effets de lumière. Un vrai show rock, vous dis-je. À volume raisonnable...

D'une théâtralité éclatée, la formule, qu'on voit plus souvent du côté anglophone, a le grand mérite de s'adresser à un large public, pas uniquement celui qu'on voit habituellement régulièrement dans les théâtres. Le happening performatif intéressera peut-être davantage les passionnés de U2, mais, autre fait marquant depuis le premier spectacle de la compagnie, la prestation, par son climat et sa texture enlevante, semble beaucoup plus polyvalente.

Les quatre-vingt-dix minutes passent très rapidement, un agréable moment.

NDLR - La présente version de la pièce est en anglais.

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Une performance de Stéfan Cédilot, avec Marc Gauthier dans le rôle de Pop Tart
Texte de Stéfan Cédilot, mise en scène de Stéfan Cédilot et Stéphanie Pelletier

Éclairage - Philippe Desjardins
Multimedia - Marc Gauthier
Scénographie - Jean-François Morel
Costumes - Anne-Marie Taillefer
Régie vidéo - Stéphanie Pelletier
Direction musicale - Ben Kalman

Les 28, 29 et 30 mai 2009 à 19h00
Studio d'essai Claude-Gauvreau
Pavillon Judith-Jasmin
(2e étage, local J-2020)
405, rue St-Catherine Est
Billets $5.00, billetterie de l'UQAM
Réservations : (514) 987-3456