Dans le cadre du Festival Rencontre théâtre Ados 2009, la compagnie théâtrale
« Janvier Toupin Théâtre d'Envergure » reprend la version originale de la pièce « Les Frères Laforêts ». Voici la critique initialement publiée en avril 2007.
« Janvier Toupin Théâtre d'Envergure » reprend la version originale de la pièce « Les Frères Laforêts ». Voici la critique initialement publiée en avril 2007.
Sur la scène une plate-forme basse avec une surface donnant l'impression de lattes de tek de diverses teintes allant de bois ocre au roux foncé. Dessus, un cercueil rustique pouvant pivoter à partir d'un axe central fixe et s'ouvrant par deux panneaux opposés. Aux extrémités de la plate-forme chacune des lattes se termine inégalement, dans une continuité inachevée (la continuité du temps et de l'héritage des valeurs?), donnant sur une ou deux marches aboutissant sur un petit espace, niveau plancher. Puis sur chacun des murs, face aux extrémités de la scène, d'un côté un écran de projection, puis de l'autre un tableau à crayon-feutre équipé d'une échelle. La même extrémité sera utilisée et dévolue à chacun des deux frères, pour les procédés de dérives que nous examinerons plus loin. Tout va par deux, et par opposition...
Deux générations, contemporaine et traditionnelle, deux frères, deux mondes, deux systèmes de valeurs. Les frères, Philippe, l'aîné, plus intello plus « granola », le sensible et vulnérable, cinéaste, créateur et artistique, en pleine dépression et thérapie. Puis Daniel jeune cadre-requin dynamique, imbu, fendant, narcissique, obsédé par la boxe et les « battants », posant avec son cellulaire et sa télécommande d'alarme d'auto de luxe qui fait bip-bip, pratiquant ses sourires et simagrées préfabriqués pour ses discours corporatifs, obnubilé par son image; il est cadre d'une compagnie oeuvrant au niveau d'arbres transgéniques...
Le psy de Philippe (DM), voulant remonter à la racine du mal, trace progressivement au tableau, d'une séance à l'autre, l'arbre de la schismogénèse familiale, ce qui nous permet, sous forme de dérives, de flash-back, d'en apprendre un peu plus sur cette famille. Sur cette hache du grand-père, lourde de symboles, une devise gravée sur le manche portant sur l'importance de ne tuer que pour combler ses besoins et de ne couper que le nécessaire, bref de vivre en symbiose avec la nature.
Flash-back sur ces touchants moments d'enfance qui refont surface; sur cette importance du bois, de la forêt dans la vie de cette famille qui était jadis composée de fermiers-bucherons, qui coupaient dans une vie ce qu'une machine moderne abat en une semaine; sur ce prénom de Daniel, qui avait toujours été à l'aîné, jusqu'à ce que le père brise la tradition, années 70 et contestation aidant, et sur cette rivalité entre frères, qui prend racine au niveau d'un lourd héritage familial tragique , rivalité que vient maintenant réveiller la mort du père et la mise de sa terre en héritage....
Pendant que l'aîné en pleine introspection se rapproche du système de valeur de cet autre monde d'antan, celui de son grand-père, renouant avec ses racines, diverses dérives (certaines ne projection) nous montrent l'univers complètement opposé du frère : Le corporatisme arrogant, le capitalisme sauvage, les projets de développements de la terre familiale transformée en club med de la forêt boréale avec arbres en résine de synthèse, un monde aseptisé sans mouche, ratons laveurs, sans vie quoi. L'opposition entre ces deux frères devient rapidement une métaphore sur l'antagonisme entre les valeurs de conservation, de la transmission de l'identité, de l'appartenance à certaines valeurs de la société traditionnelle, et le monde moderne du faux, coupé de ses racines, dépersonnalisé, avec un développement sauvage et un gaspillage aveugle allant jusqu'à mettre la survie de l'humanité en jeu.
Les divers tableaux sont joués non pas par séquences « clivées », mais en continuité. La simple orientation du cercueil pivotant et dirigé selon un angle particulier sert d'élément de changement de contexte, avec quelques effets d'éclairage, quelques légers changements de costumes et des liens musicaux. Des brillantes variations de ton, d'intensité font le reste du travail, tant à l'intérieur des diverses situations vécues par un même personnage que celles amenées par les autres caractères, comme le père le frère, toujours incarnés par Dany Michaud et Patrice Dubois.
Tandis que Dubois donne à son personnage principal de Philippe une belle dimension de vulnérabilité teintée d'insécurité et torturée de questionnements existentiels au point de parfois en devenir drôle, Michaud, avec un jeu très physique, crée avec Daniel un être contenant à lui seul tout ce qu'on peut se plaire à détester chez certains poseurs fats, imbus et prétentieux, « héros » du néo-libéralisme ultra mercantile et arriviste : vous voudrez étrangler Daniel, vous l'haïrez avec passion. Le personnage du grand père, un spectre qui apparaît avec une gravité digne, comme un sage, un druide, une hallucination récurrente venant hanter les protagonistes, rappelle le règne et la pérennité de la nature et du temps sur les hommes, dans un troublant silence riche de mille mots: un rôle interprété avec beaucoup de charisme et de vérité par le sculpteur Armand Vaillancourt. Le tout enveloppé des éclairages de Martin Gagné et de la musique « live » de Ludovic Bonnier, éléments insufflant vie et âmes dans l'ensemble.
Il y a peut-être bien un léger aspect manichéen, souligné à gros traits et parfois même surfait et cliché dans cette opposition entre deux mondes, au niveau de ce texte, qui dans l'ensemble demeure quand même très correct: le bien/le mal, le bon et le méchant, la belle société d'antan idéalisée versus l'abject monde moderne décrié. Mais la brillante interprétation et surtout la riche et précise et très fluide mise en scène au contenu riche de métaphores relativisent et font même oublier cette limite. Sans compter le propos à caractère écologiste qui tout en évitant d'être didactique ou ragnagnan, pose des questions d'actualités pertinentes, l'ensemble étant finalement doublé d'une touchante et vibrante histoire de lutte fratricide d'une grande humanité...
Une pièce qui fait réfléchir, sur la vie, sur l'identité et sur nos valeurs modernes, qui ne semblent que de plus en plus nous mener ver le néant. Et si dans notre quête de modernité, pressés de tourner la page sur notre passé et ses valeurs jugées dépassées, nous avions vidé le bébé avec l'eau du bain?
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Les frères Laforêt, un texte de François Archambault
Une production de Janvier Toupin Théâtre d'Envergure
Mise en scène de Patrice Dubois, assisté de Catherine Lafrenière
Avec Patrice Dubois, Dany Michaud et Armand Vaillancourt
Scénographie de Olivier Landreville
Costumes de Julie Breton
Musique et bruitage de Ludovic Bonnier
Éclairages de Martin Gagné
Festival: Du 16 avril au 2 mai 2009 http://www.rtados.qc.ca/
Présentation des Frères Laforêt: Vendredi 24 avril à 13 h et à 19h30
Deux générations, contemporaine et traditionnelle, deux frères, deux mondes, deux systèmes de valeurs. Les frères, Philippe, l'aîné, plus intello plus « granola », le sensible et vulnérable, cinéaste, créateur et artistique, en pleine dépression et thérapie. Puis Daniel jeune cadre-requin dynamique, imbu, fendant, narcissique, obsédé par la boxe et les « battants », posant avec son cellulaire et sa télécommande d'alarme d'auto de luxe qui fait bip-bip, pratiquant ses sourires et simagrées préfabriqués pour ses discours corporatifs, obnubilé par son image; il est cadre d'une compagnie oeuvrant au niveau d'arbres transgéniques...
Le psy de Philippe (DM), voulant remonter à la racine du mal, trace progressivement au tableau, d'une séance à l'autre, l'arbre de la schismogénèse familiale, ce qui nous permet, sous forme de dérives, de flash-back, d'en apprendre un peu plus sur cette famille. Sur cette hache du grand-père, lourde de symboles, une devise gravée sur le manche portant sur l'importance de ne tuer que pour combler ses besoins et de ne couper que le nécessaire, bref de vivre en symbiose avec la nature.
Flash-back sur ces touchants moments d'enfance qui refont surface; sur cette importance du bois, de la forêt dans la vie de cette famille qui était jadis composée de fermiers-bucherons, qui coupaient dans une vie ce qu'une machine moderne abat en une semaine; sur ce prénom de Daniel, qui avait toujours été à l'aîné, jusqu'à ce que le père brise la tradition, années 70 et contestation aidant, et sur cette rivalité entre frères, qui prend racine au niveau d'un lourd héritage familial tragique , rivalité que vient maintenant réveiller la mort du père et la mise de sa terre en héritage....
Pendant que l'aîné en pleine introspection se rapproche du système de valeur de cet autre monde d'antan, celui de son grand-père, renouant avec ses racines, diverses dérives (certaines ne projection) nous montrent l'univers complètement opposé du frère : Le corporatisme arrogant, le capitalisme sauvage, les projets de développements de la terre familiale transformée en club med de la forêt boréale avec arbres en résine de synthèse, un monde aseptisé sans mouche, ratons laveurs, sans vie quoi. L'opposition entre ces deux frères devient rapidement une métaphore sur l'antagonisme entre les valeurs de conservation, de la transmission de l'identité, de l'appartenance à certaines valeurs de la société traditionnelle, et le monde moderne du faux, coupé de ses racines, dépersonnalisé, avec un développement sauvage et un gaspillage aveugle allant jusqu'à mettre la survie de l'humanité en jeu.
Les divers tableaux sont joués non pas par séquences « clivées », mais en continuité. La simple orientation du cercueil pivotant et dirigé selon un angle particulier sert d'élément de changement de contexte, avec quelques effets d'éclairage, quelques légers changements de costumes et des liens musicaux. Des brillantes variations de ton, d'intensité font le reste du travail, tant à l'intérieur des diverses situations vécues par un même personnage que celles amenées par les autres caractères, comme le père le frère, toujours incarnés par Dany Michaud et Patrice Dubois.
Tandis que Dubois donne à son personnage principal de Philippe une belle dimension de vulnérabilité teintée d'insécurité et torturée de questionnements existentiels au point de parfois en devenir drôle, Michaud, avec un jeu très physique, crée avec Daniel un être contenant à lui seul tout ce qu'on peut se plaire à détester chez certains poseurs fats, imbus et prétentieux, « héros » du néo-libéralisme ultra mercantile et arriviste : vous voudrez étrangler Daniel, vous l'haïrez avec passion. Le personnage du grand père, un spectre qui apparaît avec une gravité digne, comme un sage, un druide, une hallucination récurrente venant hanter les protagonistes, rappelle le règne et la pérennité de la nature et du temps sur les hommes, dans un troublant silence riche de mille mots: un rôle interprété avec beaucoup de charisme et de vérité par le sculpteur Armand Vaillancourt. Le tout enveloppé des éclairages de Martin Gagné et de la musique « live » de Ludovic Bonnier, éléments insufflant vie et âmes dans l'ensemble.
Il y a peut-être bien un léger aspect manichéen, souligné à gros traits et parfois même surfait et cliché dans cette opposition entre deux mondes, au niveau de ce texte, qui dans l'ensemble demeure quand même très correct: le bien/le mal, le bon et le méchant, la belle société d'antan idéalisée versus l'abject monde moderne décrié. Mais la brillante interprétation et surtout la riche et précise et très fluide mise en scène au contenu riche de métaphores relativisent et font même oublier cette limite. Sans compter le propos à caractère écologiste qui tout en évitant d'être didactique ou ragnagnan, pose des questions d'actualités pertinentes, l'ensemble étant finalement doublé d'une touchante et vibrante histoire de lutte fratricide d'une grande humanité...
Une pièce qui fait réfléchir, sur la vie, sur l'identité et sur nos valeurs modernes, qui ne semblent que de plus en plus nous mener ver le néant. Et si dans notre quête de modernité, pressés de tourner la page sur notre passé et ses valeurs jugées dépassées, nous avions vidé le bébé avec l'eau du bain?
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Les frères Laforêt, un texte de François Archambault
Une production de Janvier Toupin Théâtre d'Envergure
Mise en scène de Patrice Dubois, assisté de Catherine Lafrenière
Avec Patrice Dubois, Dany Michaud et Armand Vaillancourt
Scénographie de Olivier Landreville
Costumes de Julie Breton
Musique et bruitage de Ludovic Bonnier
Éclairages de Martin Gagné
Festival: Du 16 avril au 2 mai 2009 http://www.rtados.qc.ca/
Présentation des Frères Laforêt: Vendredi 24 avril à 13 h et à 19h30
La Maison des arts de Laval
1395 boul. de la Concorde Ouest
Billetterie : 450-667-2040.
1395 boul. de la Concorde Ouest
Billetterie : 450-667-2040.
