vendredi 17 avril 2009

Rencontre Théâtre Ados 2009 - Bobby ou le vertige du sens - Le Théâtre de Quartier

Par Yves Rousseau


Avec Bobby ou le vertige du sens, le Théâtre de Quartier explore la vie tumultueuse et la détresse ordinaire d'un papa, pris dans le grand vertige de la vie qui passe, avec l'étourdissement du temps qu'on n’a pas, et des enfants qui grandissent trop vite...

Crédit: Michel Dubreuil


Juché sur la structure du pont Jacques-Cartier, le lieu où la pièce se déroule, Joseph Mageau se raconte fiévreusement, témoigne. En fragments épars, en éclats ahuris. Le souffle coupé, la respiration haletante. Les morceaux de réel se magnifient de trop pleins affabulatoire, de réminiscences parfois heureuses, et de quête de sens. Pêle-mêle, voilà que se trace la grande toile de sa vie. Joseph n’a rien d’un super héros. Il a la dimension humaine d’un papa aimant, mais dépassé…


Mais comment s'est-il rendu là?

Joseph, en pleine cinquantaine et père de trois ados, est au bout du rouleau. Le boulot, les responsabilités, l’intendance, les journées de fou, le budget à boucler, l’argent à rentrer : grande fatigue, mais passe encore. Le travail d’agent immobilier, bien loin de son rêve de jeunesse d'être poète, bof, c’est la vie, on fait avec. Jouer au taxi en aller-retour incessants pour aller reconduire, motiver, encourager sa marmaille dans leurs multiples activités, fatigant, mais que voulez-vous, c’est la vie de papa. Puis, le fils, presque adulte, colossal flanc mou drogué, qu’il fout à la porte pour qu’il frotte un peu son « je-m'en-foutisme » végétatif à l’école de la vie, là, ça commence à frapper : en bonus, ce voyage initiatique entrepris par fiston en orient, puis de rares nouvelles, le mauvais sang, ça gonfle l’anxiété : mais où est-il, que fait-il? En plus, il y a aussi les deux filles, au secondaire, en pleine crise d'adolescence, elles qui pourtant, il y a si peu de temps, étaient encore enfant, c’était si simple, alors. Voilà déjà qu’elles s’éloignent de lui, puis il y a les garçons qui rôdent : inquiétude. Sa plus vieille qui devient un peu bizarre et se promène avec un rat sur l’épaule : horreur. Puis l’école, les bulletins auxquels on ne comprend plus rien, les problèmes scolaires qu’on redoute : ça n’arrête pas. Pendant une réunion parentale scolaire liée aux évaluations, tous ces éléments accumulés explosent de façon paroxystique et surréelle, comme un cauchemar : convaincu d’avoir commis un geste de trop auprès d’un professeur particulièrement insultant, Joseph perd la carte, et se retrouve sur son perchoir…

Le texte, une tragi-comédie, introduit habilement, à partir de situations relatées, chargées de bonhommies harassées et d’évocation de situations cocasses, plusieurs éléments de dérives souvent comiques, sous une optique potache participante de l’aspect « clown triste » du caractère : par exemple, les activités théâtrales parascolaires d’une permettent d’évoquer Œdipe versus la dynamique familiale, ou encore Bottom (du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare), avec le papa en pauvre bourrique asservie grotesque et débonnaire. L’ensemble sous l’égide de ce réalisme magique délirant.

Crédit: Michel Dubreuil

Présenter à un public jeune autre chose que des ados jouant des ados, le fameux miroir nombril, et leur montrer la vie à partir d’une perspective inversée, ici celle d’un parent, que voilà une optique, et une manœuvre intéressante. Seul sur son praticable incliné avec un fond de scène en triptyque trifaces rotatoire vertical présentant le fameux pont sur neige tombante, vêtu en pardessus et couvre chaussure, Louis-Dominique Lavigne incarne avec une verve torturée, la truculence tristement drôle de l’éternel malchanceux, de la bonne pâte et de son cri du cœur. La prestation est exigeante, et offre une continuité toute en rupture de temps, d’état et d’émotions. Le propos est certes actuel, touchant, et il particulièrement intéressant de constater l’humanité intriguée, curieuse et peut-être un peu troublée et surprise avec lequel est reçu le propos par un public ayant justement l’âge des personnages de la progéniture de Joseph. La pièce pourrait autant rejoindre un public adulte, et semble susciter questionnements et, à en juger par la courte discussion entre le comédien et la salle ayant suivie, pourra sans doute alimenter d’enrichissants débats entre élèves et enseignants.

Certainement un bon moment de théâtre, avec une démarche originale, qui offre de nouveaux horizons au théâtre jeunesse en conjuguant rire, drame, réflexion et intelligence.

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Une production du Théâtre de Quartier

Texte et interprétation : Louis-Dominique Lavigne
Mise en scène : Ghyslain Filion
Conception: Vincent Beaulne, Jean Gervais, Blanche Gionet-Lavigne, Marie-Soleil Lavoie, Pierre Lafontaine et Émilie Prenoveau.
Direction de production : Carole Caouette
Régie : Diane Fortin
Voix de Jules : Thomas Gionet-Lavigne
Photos du décor : Michel Dubreuil
Construction du décor : À pied d’œuvre
Mécanisme du décor : Roger Desgagnés
Photographie : Michel Dubreuil


Festival: Du 16 avril au 2 mai 2009 http://www.rtados.qc.ca

Présentation: vendredi 17 avril

La Maison des arts de Laval
1395 boul. de la Concorde Ouest
Billetterie : 450-667-2040.