vendredi 31 octobre 2008

Le bruit et la fureur - Théâtre de l’Opsis

Par Yves Rousseau



Le Théâtre de l'Opsis propose une adaptation du roman « Le bruit et la fureur » de William Faulkner. Le destin d'une famille (dysfonctionnelle) de propriétaire terrien sudiste aveuglée par les miasmes d'une illusoire gloire passée.


L'ensemble se déroule sur quelques jours d'avril 1928. Sur le bord du gouffre de la grande récession, on jette un regard sur une certaine Amérique schizoïde, avec une quête d'identité issue de la déliquescence sociale de l'aftermath postsécession. Dans les morceaux survivants d'un royaume de jadis, une famille bourgeoise l'est de moins en moins. Leur univers s'égraine, de la Cerisaie (Tchekhov) à la plantation de coton, c'est la même fin d'un monde. Il y a quelques servants noir restant, la mère névrosée dans l'illusion médicamentée du passé intact, et les enfants. Benjamin, un attardé mental, voue un amour sans limites à sa protectrice sœur Candace, elle-même liée incestueusement à son frère Quentin, un jeune étudiant de Harvard dysthymique qui éprouve pour elle une passion fiévreuse et maladive. Cette dernière, libérée, viveuse et féministe avant l'heure paye cher d'un exil et d'une répudiation son audace existentielle. Sa fille illégitime, tout le portrait de sa mère, est confiée au frère aîné (et à la mère), ce cynique Jason, fourbe et jaloux, celui qui a du se sacrifier et travailler pour maintenir la famille suite au décès du père. La réalité, oppressante et malsaine est ici alternativement examinée du point de vue de la voix intérieure des personnages, tissant le tissu social d'une douloureuse portion d'américanité.


Quel défi, mettre en scène le dantesque! Fabuleux, gigantesque, et pourtant simple, dépouillé par cette façon de brillamment cerner l’essence même de l’œuvre et des caractères de Faulkner.

Pourquoi? Comment?

Est-ce cette scénographie fantastique (Olivier Landreville), d’une puissante suggestion laissant pourtant toute la place, l’espace au propos et au jeu? Dans de chaudes couleurs terreuses, ocre, rouille, oui vraiment le sud évoqué avec tout son poids et sa langueur moite. Sur un magnifique plateau en marqueterie de mêmes tons, légèrement décalé côté cour, se trouve un gigantesque arbre, oui un vrai, avec ces typiques lichens pendant des branches. Puis côté jardin, un récamier. Ceignant la scène, un encadrement de tourbe rousse, évoquant le tabac. En périphérie, des colonnes de style néoclassique typique des grandes demeures de plantations sudistes : parfois tronquée, brisées, comme les ruines d’un évanescent univers en pleine déliquescence, parfaite évocation contextuelle.

Sont-ce ces costumes et coiffures début vingtième? Réalistes, impeccables, décrivant parfaitement les personnages, une lancinante évocation de bourgeoisie déchue : un travail très soigné de Julie Breton et Caroline Poirier.

Crédit Suzanne O’Neill
Jason, Candace, Quentin et Benjamin: une expression vaut mille mots.


Où peut-être est-ce cette adaptation particulièrement coulante, propulsant en premier plan l’intériorité des personnages, cette technique du « flux de conscience » de Faulkner, cet examen de la réalité du point de vue d’un caractère, non pas narratif, mais plutôt l'exposition de voix intérieure, dans un choix de mots, de phrases avec toujours ce dépouillement, dans le bon sens du terme, des mots qui exposent l’essence même des choses?

Serait-ce cette mise en scène: d’abord un rendu de cette réalité ne s’empêtrant pas de futilité d’étapes secondaires, avec ici un rapport étroit concentré sur enfance et âge adulte, mis en étroite opposition. Avec la structure initiale du roman très palpable, en quatre sections, quatre saisons, chacune avec ses caractéristiques dans cette façon de donner lieu à cette voix interne. D'abord l’enfance initiale, par les yeux de Benjamin, un déficient profond, tableau impressionniste, sensori-moteur stade de pensée émotionnelle auquel on donne voix: de rapides apartés, catatoniques saisies de destins, s’enchaînent immédiatement de représentations, d’actions en flash-back et retour successif entre le temps « réel » de l’âge adulte et celui de l’enfance, superbe exposition nous propulsant directement dans la psychologie des personnages et dans la genèse de cet état. Fine et complexe construction, pourtant simple et digeste de résultat. Tout est là. Puis la même famille, du point de vue de Quentin dans son ultime journée, vers 1910: l’idéaliste étudiant incest_ueux et suicidaire, lyrique, fiévreux et blessé marche sur le fil de fer séparant la vie et la mort, sous le parfum du néant. Le vil, jaloux, haineux et cynique Jason complète, avec un des ces points de chute assez évocateur, jouissif et cathartique pour tous, là , dans le temps « réel » de la pièce, aux portes du krach boursier de 1929, nous sommes en 1928. La quatrième portion emprunte ici la voix alternée de plusieurs caractères, un choix assez dynamique, permettant de bien emballer la chute, de ramasser et conclure.

Crédit Suzanne O’Neill
Impossible et malsaine passion

Et que dire de cette suggestion de lieu et de temps, qui procède d’étroites annonces induites par d’atmosphériques changements d’éclairages un travail de texture, de zones de découpage en transitions rythmées et modulées, le travail de Jocelyn Proulx. La musique de Ludovic Bonnier complète, impeccable, comme d’habitude.

Est-ce sans doute également, en matière de jeu, lié à ces choix exigeants ? Les rapides transitions obligent d’instantanés changements d’état. Parfois en dents de scie de contre-effets, en rupture de ton unifiant d’effets révélateurs, toujours sous la flamme d’un témoignage brûlant de chaos étouffé. Parfois on joue avec le feu, s’arrêtant juste à temps, on triture les limites: le personnage du déficient (le flux émotionnel ?), une belle composition de Patrick Hivon, pourrait tomber dans la surcharge d’expression typique, c’est un peu serré, mais on s’arrête (tout juste presque?) avant. Le vil et cynique frère (le sur-moi?) atteint parfois une certaine truculence, par cette façon qu’il a dans son récit de procéder à son propre et (pour l'audience) jouissif anéantissement par la révélation de sa médiocrité crasse, et par ce qu’il révèle de sa vision de sa « famille de fou », et cela pourrait facilement tomber dans le comique, le polichinelle, en rupture: on s’en approche, quelques ricanements, la ligne est mince mais on ne tombe pas dans cette facilité. Certainement une fantastique aria de Pierre-François Legendre, dans le triste poids cynique d'une réalité, tordue et névrosée. Le personnage de la mère médicamentée (la mémoire blessée, l'oubli de l'illusion) , stoïque, dans l’illusion d’une grandeur maintenue intacte, étale avec toute la martialité nécessaire un rêve sali par une réalité ignorée d’aveuglement volontaire (?), suggèrant tout le poids d’un passé s’émiettant, une belle incarnation par Han Masson. Puis la verve blessée et assoiffée de Quentin (le moi?), comme une Amérique incestueuse et schizophrénique se noyant dans la marre aux reflets de ses propres autofictions, un rôle bellement soutenu par Francis Ducharme. Le personnage pivot, Candace (Émilie Bibeau) et celui de sa fille illégitime (Émilie St-Germain) (le ça?), ou l’abyssale charge pulsionnelle menaçante, dans un univers puritain et contrôlé, un retour d’humanité qu’on ne saurait voir, tolérer, et pourtant que tous cherchent, pétillante et allumée prestation, avec la verve insouciante, parfois torturée. Finalement, on remarque les compositions soignées de Mireille Météllus et Jean-François Harrisson dans les rôle de soutiens des servants noirs, comme des témoins de l’histoire et de la mémoire. J’imagine, en répétition, tout le défi du dosage, de la formule. Le résultant est probant.

Crédit Suzanne O’Neill
Le cynique Jason et sa soeur.



Le tableau est gigantesque, tout comme le moment de théâtre. Un rabelaisien festin de tordues passions, une fresque dantesque empruntant tous les dédales de la tortueuse recherche d’identité.

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Une production du Théâtre de l’Opsis

Texte de William Faulkner
Adaptation scénique par Pierre-Yves Lemieux
Mise en scène de Luce Pelletier

Comédiens : Émilie Bibeau, Francis Ducharme, Jean-François Harrisson, Patrick Hivon , Pierre-François Legendre, Han Masson, Mireille Métellus et Émilie St-Germain.

Scénographie et accessoires de Olivier Landreville
Costumes par Julie Breton et Caroline Poirier
Musique originale par Ludovic Bonnier
Éclairages de Jocelyn Proulx


Du 28 octobre au 22 novembre 2008
Théâtre Espace Go
Billetterie: 514 845-4890

lundi 27 octobre 2008

Ailleurs, de Serge Mandeville - Absolu Théâtre

Par Yves Rousseau

Dans Ailleurs, Serge Mandeville amène à se rencontrer mythologie égyptienne antique, quête d'identité et de racine d'un enfant d'ici dont les grands parents étaient d'origine arabe, histoire d'amour et pamphlet politique sur les droits humains en Palestine. Un appartement, ici, une tonitruante grand-mère arabe, le divin Osiris, deux frères et une belle...


Petite salle intime du Prospero, peut-être six ou sept mètres par quatre, quarante places. Quelques accessoires suggèrent un appartement. Minimaliste.

Intriquée, une pièce comme une poupée russe, chaque dimension en englobe une autre.

D'abord, examinons la territorialité des caractères, par zone de suggestion scénographique, un élément important (et efficace) : côté jardin, quelques étagères murales sur lesquelles trônent une multitude de figurines de divinités de l'Égypte antique. Ça, c'est la zone du cadet, une attachante tronche, sans emploi, vulnérable, maladroit, inhibé, en quête de soi et de ses racines. Postadolescent vivant dans une demi-réalité, un genre de version « mythologie égyptienne » de ces mondes virtuels internet de donjons et de draguons, là, avec ses joujoux, dans son autofiction. Centre scène, un mur de boîtes de carton, quelques cubes comme meubles, la zone neutre, le salon. Y plane le spectre de la grand-mère, décédée, une truculente mama arabe assise en permanence là, à droite du mur, commentant, vilipendant avec affection et exagération tout ce qui se passe, complètement envahissante : seul le cadet, dans sa pseudo schizophrénie saine, pense-la voire, l'entendre et lui parler. Puis côté cour, en retrait, un bureau, voilà la zone de l'aîné, ô coïncidence un enseignant universitaire spécialisé en cette même mythologie égyptienne, celui qui héberge, non sans découragement, son amorphe et perdu de frère. Quelques découpages d'éclairages assurerons les transitions de lieux, comme lorsque la zone chambre de l'aîné se transforme en zone classe, saisissant en plein travail le formateur se penchant sur le mythe d'Osiris. Finalement, le seul personnage évoluant dans l'ensemble de ces territoires, la belle.

Crédit: Véronick Raymond
La grand-mère, la belle intello et la tronche

Et ça s'articule selon quelle construction, tout cela? D'abord une juxtaposition. Les tronçons d'exposés magistraux par l'aîné-professeur insérés dans l'action portant sur la fraternelle lutte de jalousie fraternelle entre Oriris et son frère Seth sont, évidemment, mis en parallèle, transposés dans une lutte larvée entre les deux frères. D'où le rôle de la belle, ressort dramatique oblige : elle a quitté l'aîné, son amant et également son professeur. Ce n'était que physique. Ce dernier s'accroche, désespérément. Puis là voilà qui tombe dans les bras du cadet rencontré par hasard, ignorant, bien sûr, que celui-ci fût le frère de l'autre. Tout ce beau monde se ramasse régulièrement dans l'appartement, d'abord sans se croiser, puis...

Crédit: Véronick Raymond
L'amant évincé s'accroche...

Attendez, ce n'est pas terminé. Il y a également une dimension politique, car la belle est une militante pour les droits humains en Palestine, et ses plaidoyers, insérés dans les suites d'amourettes, donnent suite à des dérives politiques intercalées dans la trame dramatique, là sur les boîtes, un montage audio-visuel en projections: une vibrante dénonciation.

Puis, ça donne quoi tout cela? La quête d'identité, le retour aux sources par le biais de la grand-mère et de ses récits du pays alimentant le cadet, qui se croit ainsi investi d'une grande mission familiale, du fait d'une destinée liée à une mystérieuse boîte remise au grand-père par une reine. Une touchante quête de racine, la vision d'un enfant de troisième génération post-immigration qui se replonge dans ses origines. L'aspect amoureux et fantastique surfe sur la vague mythologique, et la transposition dans cette lutte et intrigue téléromanesque procède d'un build-up par lequel explosent les réalités, humaines et politiques.

Crédit: Véronick Raymond
Explosion


D'un côté, le téléroman, complètement rocambolesque, gros, cousu de fil blanc dans sa trame et ses ressorts, et à l'opposé, lyrisme et finesse pour les dérives, historiques et fantastiques, nombreuses et puissantes, justesse et profondeur pour la charge émotive de la quête. Sous une lancinante musique telle un fado Arabe. Un état paradoxal qui pourtant alimente bien la pièce! Comme s’il y avait une certaine ironie, une certaine auto dérision dans ce construit bordélique, hyperactif et très « clippé ». Comme si ce fantasmagorique souk dramatico comique étourdissant procédait d'un gigantesque contre-effet mettant particulièrement en relief à la fois la sensibilité et la vulnérabilité de cette quête de morceaux de vie illuminée d'enfance, ainsi que le drame sous-jacent d'un peuple.

Le travail des comédiens n'est certes pas étranger à cela : Monia Chokri compose un personnage particulièrement pittoresque et haut en couleur avec vérité; Benoît Drouin-Germain est impayable, touchant en nerds perdus dans sa rêverie, sa virtualité timide et maladroite; François-Xavier Dufour, en amoureux éconduit, jaloux et s'accrochant maladivement ajoute une dimension inquiétante et incertaine avec brio. Véronique Marchand offre un jeu posé et contenu à son personnage, une belle gestuelle et occupation de l'espace, et avec une expression intéressante, correcte, mais qui m'a donné l'impression d'être plus calibrée pour la caméra que pour le théâtre et avec un ton qui, dans les limites du personnage, pourrait parfois être plus vivant.

Comme un fabulatoire panorama schizokaléidoscopique de l'identité, dans le grand souk de toutes les Dynasty de l'être.

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Texte et mise en scène, bande sonore par Serge Mandeville
Comédiens : François-Xavier Dufour, Benoit Drouin-Germain, Monia Chokri, Véronique Marchand
Scénographie et accessoires par Marianne Forand
Régie et assistance par Gaële Cluzel-Gouriou
Éclairages et projections par Renaud Pettigrew

du 21 octobre au 14 novembre
Salle intime du théâtre Prospero
1371 rue Ontario Est

Billetterie : 514-526-6582


www.absolutheatre.com

vendredi 24 octobre 2008

La Peste, d'Albert Camus - Productions Kléos et les Productions Sorties Publiques

Par Yves Rousseau

Voilà une adaptation théâtrale du roman « La Peste » d'Albert Camus. Une ville, une épidémie...

Fin année quarante. Lieu neutre, protagonistes caucasiens. D’abord quelques rats. Puis de plus en plus de rats, des milliers. Morts, mystérieusement. Ensuite, quelques cas humains atteints d’une fulgurante maladie. Après quelques tâtonnements, quelques errances, le docteur Rieux (le personnage principal) et quelques rares collègues rencontrent les autorités municipales avec une certitude : la peste ressurgit. Ahurissant, incroyable, inattendu, on la croyait disparue! D’abord la mairie tente de minimiser, de noyer le poisson, sacro-sainte opinion publique oblige. Mais bientôt les morts se ramassent à pleines charrettes. Bientôt les cimetières débordent; puis les fosses communes creusées à la hâte débordent. Alors, on brûle. La ville est fermée. Quarantaine. Captifs. Tout bascule dans l’horreur!


crédit : Victor Diaz Lamich
D'abord les rats...

Astucieux principe, de façon à donner unité et présence à la voix narrative du roman, on a imaginé un magnétophone, là sur scène, sur lequel le bon docteur enregistre post factum son témoignage, véritable voyage en enfer. Du point de vue de la mise en scène, chaque tronçon narratif s’enchaîne immédiatement de dérives historiques, en flash-back relativement chronologiques. Il y a une alternance permettant à merveille de situer les propos humanistes et les interrogations sur la grande tragédie de l’humanité et de les amarrer concrètement dans les faits, l’action. L’âme humaine et ses orientations, lorsque acculés à la fatalité et aux derniers retranchements de l’horreur: est-ce par nos choix, surtout dans l’adversité, que nous nous définissions comme êtres humains?


crédit : Victor Diaz Lamich
La lutte contre la fatalité: Renaud Paradis et Jean-Marie Moncelet

Très cinématographique d’approche, donc avec l’avantage de l’accessibilité. La musique romanesque englobe presque l’ensemble, une soigneuse réalisation participant de la description des états affectifs : sans trop écraser le jeu, sans trop télégraphier le senti des personnages (quoique...), cette belle trame sonore est peut-être légèrement trop omniprésente.

De fréquentes projections (sur les fenêtres du mur) induisent l’état extérieur des lieux, la mortalité, l’anarchie, mais comme pour la musique, certaines séquences me semblent un peu longues, et en voulant étendre la thématique à l’ensemble des grandes tragédies (Vietnam, camps concentration, famines...), on se perd peut-être un peu dans une légère surcharge audio-visuelle: même si pertinent dans l'ensemble, certaines références et images s'égarent un peu loin de la thématique.

La scénographie est simple et efficace, un mur et deux portes avec l’avant-scène comme suggestion de rue, quelques accessoires de circonstance, l'ensemble avec une esthétique évoquant la ligne claire style Hergé, l’univers Tintin d'après-guerre, cela également pour les costumes, très descriptifs et soignés. La composition des personnages est impeccable, belle direction. Renaud Paradis en Docteur Rieux est vibrant d’humanisme torturé, d’implication dédiée et volontaire sous la brûlure de l’insupportable fatalité. Parmi les personnages de soutien, interprétés avec qualité, on remarque Jean-Marie Moncelet, une expression truculente, sensible et attachante, en particulier l’adorable caractère du vieux "poète à ses heures" en quête de la quintessentielle formulation et n’en finissant plus de réécrire cette première phrase de son œuvre future , une véritable bouffée d’humour et d’air frais dans cet univers dantesque. Une scène de confidence entre le docteur et un aide (côté cour, en clair-obscur), s'étire un peu et pourraient être plus ramassées.


crédit : Victor Diaz Lamich
Un moment de répit et de chaleur humaine au milieu du chaos
(Sylvain Massé, Jean-Marie Moncelet, Renaud Paradis)


Outre ces quelques réserves, les habituels petits ajustements du début finalement, la pièce se révèle captivante, intéressante, profonde, bref ça marche. Tous les publics y trouveront leur compte, et sans être le moindrement didactique elle saura sans doute intéresser particulièrement les enseignants et public scolaire par ce qu’elle prête de pistes de réflexion, discussion et dissertation thématique.


On passe certes un bon moment.

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Présenté par les Productions Kléos en collaboration avec les Productions Sorties Publiques

Texte de Albert Camus
Adaptation et mise en scène : Mario Borges
Comédiens: Marie Codebecq, Sylvain Massé, Jean-Marie Moncelet, Renaud Paradis, Joachim Tanguay et la participation spéciale de Stéphane Jacques.
Assistance et régie par Emmanuelle Nappert
Scénographie par Michel St-Amand
Costumes par Marie-Noelle Klis
Musique et accessoires de Alain Jenkins,
Conception vidéo de Tristan Dubois

Du 22 octobre au 8 novembre 2008

Saison itinérante de la salle Fred-Barry
Lieu: Caserne Letourneux, 411, avenue Letourneux (angle Notre-Dame Est)
Métro Pie-IX, autobus 139 sud jusqu’à Notre-Dame.
Billetterie : (514) 253-8974


jeudi 23 octobre 2008

Le Pensionnat — Compagnies Transthéâtre et Plume blanche

Par Yves Rousseau


Dans le pensionnat, TransThéâtre et le Théâtre de la Plume Blanche explorent la dure expérience vécue par de jeunes autochtones, arrachés à leurs familles pour le pensionnat, soumis à une religieuse et déshumanisante discipline, aux châtiments corporels et aux abus sex_uels. Interdiction d’avoir en sa possession un quelconque objet référant à leur culture, interdiction de parler leur langue, bref interdiction… d’êtres. Quelques décennies plus tard, contemplant le formulaire de compensation fédérale, absurde de jargon technocratique, Yvon Dubé pose la troublante question : y a-t-il une case pour « ça »?


Ne cherchez pas les jeux d’esprit, l’humour à contretemps. Ne cherchez pas de compromis de confort. À l’opposé, oubliez la victimisation, ou le misérabilisme, le morbide exhibitionnisme existentiel souffreteux. Simplement un témoignage. Simplement la volonté de dire l’indicible, de courageusement replonger dans les affres d’un abysse de blessures. Pour dénoncer? Certes. Mais surtout pour retrouver, se retrouver. Pour comprendre. Reconquérir fierté, identité spoliée. Prendre sa place, dire.

Dans un grand geste de parole et d’humanité. Moi Yvon Dubé, homme debout, moi Yvon Dubé, homme libre, en tout dénuement, devant la mémoire du temps et pour ceux qui suivront, je vous livre mon témoignage.


Crédit: Justin Laramée
Témoignage d'un homme libre et fier

Fallait le faire. Et c’est le metteur en scène Michel Monty et sa gang qui ont eu et l’ouverture, et l’intégrité. Et surtout le plus profond et inconditionnel respect. Car ici on ne montre pas, pas de spectacle de cirque : on partage, on est solidaire, on endosse. Épaule contre épaule, on pousse la grande roue de l’engagement, celui du théâtre qui a quelque chose à dire. On est loin de la vacuité esthétisante du théâtre d’abonnés, des scénos dignes de pub léchée, de formatage de téléromans, de belles petites émotions convenues et complaisantes, mais vides. N’est-ce pas cela qu’on demande au théâtre, d’être porteur, de nous transformer?

L’ensemble prend la forme d’une dérive historique. Yvon Dubé, adulte, retourne dans le lieu maudit du pensionnat, ici « reproduit ». Au milieu des fantômes de réminiscences. Là, côté cour, les matelas, puis côté jardin, les pupitres, traînés tour à tour en centre scène, selon l'action. Les murs de bétons du théâtre ornés de crucifix, le plancher sombre, l’odeur d’encens, un dépouillement de solitude spartiate qui induit parfaitement le climat. Les éclairages, tout en clair-obscur, presque gothiques, découpent, rythment et scandent l’espace de « vie » dans un parfait complément. À partir de cela, de façon récurrente, des journées de ce purgatoire défilent, là, avec de vrais garçons. Onirisme, cauchemar irréel, planant, avec la fantomatique figure du prêtre, voix claquante et diction typique, un hors-champ vocal d’une résonance de cathédrale.



Crédit: Justin Laramée
Dantesque cauchemar planant et fantomatique

Les répétitions, les rituels des journées qui passent avec chacune de leurs variations d’horreur, enfoncent à chaque fois un peu plus le clou. Le rendu passe par un univers de suggestion et d’évocation symbolique rajoutant à la puissance de la charge, procédant parfois par théâtre d’ombres, évanescentes suggestions d'arrière-scène. Simplement par quelques attentions, mimiques, gestes contenus, (vraiment rien de déplacé ça reste dans la symbolique), on comprend d’autant plus et l’impact s’en trouve surmultiplié par la force de cette construction quasi expressionniste. Toute la spoliation, tous les sévices, tout y est.

La présence d’un comédien ( Justin Laramée très juste dans le rôle du religieux) conjugué à la participation très vraisemblable des jeunes autochtones dans le rôle des pensionnaires, elle-même couronnée par le témoignage, le voyage dans le passé criant et vrai de monsieur Dubé : tout cela permet d’atteindre une belle authenticité pour cet objet théâtral, avec peut-être peu de distanciation pour le public, qui vit certes une expérience de troublante empathie.

Un acte de scène dur, mais nécessaire, voire essentiel.


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Coproduction Transthéâtre et Plume blanche

Texte de Michel Monty, Yvon Dubé et Claude Boivin
Mise en scène de Michel Monty, assisté par Justin Laramée

Comédiens: Shadoe Boivin, Yvon Dubé, Adamo Duchesne, Justin Laramée, Steven Rocheleau, Mathieu Richer et Warren Robertson

Voix du frère Justin: Patrice Coquereau

Direction d'acteurs par Brigitte Poupart
Régie par Geneviève Lessard
Scénographie et accessoires par Patricia Ruel
Musique originale de Jean-François Pednô
Éclairages par Anne-Marie Lecours
Montage vidéo de Pierre-Étienne Lessard

Du 16 octobre au 1er novembre 2008

Théâtre Espace Libre
Billetterie (514) 521-4191

lundi 20 octobre 2008

Plate-forme — Octo Productions

Par Yves Rousseau


Dans Plate-forme, Marc Marans explore un troublant espace de détresse et d'intimité, un existentiel huit-clos entre un suicidaire et un laveur de vitres...



Sur le plateau, assez rapproché, presque en avant-scène, une plate forme de laveur de vitres qu'on suggère, bien entendu, suspendue à un édifice. Assez de distanciation, assez d'intimités, parfait climat confidentiel face aux gradins de cette petite salle d'un peu plus de cent places. En arrière-plan, de grandes structures d'un rectangulaire monolithique recouverte de plexiglas d'un triste gris translucide (sur lesquels, dans les transitions, il y aura quelques projections en flash de solitude), une spleenétique et aérienne évocation de l'impersonnelle forêt urbaine. Comme d'habitude, une parfaite mise en contexte pile dans le ton avec cette formidable humilité dans cette façon de prendre sa place tout en étant paradoxalement parfaitement effacée et au service du propos, bref le travail de la scénographe Julie Deslauriers.

Sur la plate-forme stationnée à hauteur de toiture, un malheureux (Vincent Leclerc) s'apprête à sauter. Enfin, il hésite. Prend sa course, s'interrompt, recule, se recroqueville, se prostre en convulsions. Mi-trentaine, habit cravaté, air distingué, un peu intellectuel. Employé de bureau, petit cadre. Une gestuelle timide et torturée, expression raffinée et contenue. Puis le voilà, lui, le laveur de vitres, le manuel (Stéphane Franche) : aux antipodes, véritable polichinelle physique, bourru, viveur et d'une apparente insouciance, se situant dans le ici et maintenant.

Crédit: Maxime Côté
Les deux solitudes...

Une apparente indifférence face au drame par l'ouvrier, qui finira quand même se laisser convaincre « d'embarquer » l'autre pour une longue journée de travail. La peur du vide comme peur de vivre, la tentation du néant comme abyssal espace d'oubli. D'un étage à l'autre, les fenêtres nettoyées laissent apparaître un choc d'opposés en explosion de révélations, en éclat de vie...

Crédit: Maxime Côté
Le début d'une révélatrice journée...

Le texte, direct, simple, dépouillé, une virile rencontre, punchée, là où les vérités parfois, enfin, se disent, ou plutôt se laissent deviner. Pudeur masculine. Un état des lieux existentiels, de ces espaces de vie parfois cruellement modernes d'isolement, de déchirements et de solitude. Mais sur le ton d'une comédie cynique et grinçante. Car sachez qu'on rit beaucoup. Un rire paradoxal : sensibilité et délicatesse face aux affres du désespoir, dans le gant de boxe frappant à dantesques coups la grande et cabochonne absurdité de vie contemporaine, là dans ce ring-plate-forme, par valse d'empoigne. Un jeu très physique, parfois acrobatique.

Crédit: Maxime Côté
Existentielles acrobaties sur douleur d'être

Bellement habité les personnages, le geste définit parfaitement les caractères avant même la première réplique et la suite en creuse la dimension psychologique, défiant ainsi le cliché; inhibé, retournement contre soi pour le cadre, pris dans le non-sens carriériste, le stress de performance, l'étouffement du moi par moule corporatif, avec perte de sentiment d'être, isolement urbain dans le fonctionnement à vide; pour l'ouvrier viscéral, instinctif, manuel et douloureux refoulement, les lendemains qui déchantent de l'abandon amoureux. Et puis un revirement tout à fait inattendu...

Crédit: Maxime Côté
Les vérités éclatent, les âmes s'évadent...

Un soutien sonore et des éclairages appropriés appuient l'ensemble. Belle construction dramatique. On ne voit pas le temps passer, la rencontre est captivante, touchante, excitante, vibrante, vraiment un profond et beau moment de théâtre : fantastique plaidoyer de vie paradoxalement fataliste.

La vie et la mort qui se côtoient, avec l'espoir marchant en équilibre sur le ténu et fragile fil les séparant.

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Texte et mise en scène par Marc Marans
Comédiens : Stéphane Franche et Vincent Leclerc
Scénographie de Julie Deslauriers
Costumes par Marilyne Garceau
Éclairages et projections par Eddie Rodgers
Conception sonore de Daniel Boivin
Assistance à la mise en scène et régie par Ariane Vigneault

17 octobre au 8 novembre 2008 à 20 h
Salle Calixa-Lavallée, au cœur du Parc Lafontaine.
3819, avenue Calixa-Lavallée, coin Rachel et De Lanaudière
Billetterie : 514-509-9954


www.octoproductions.com

dimanche 19 octobre 2008

Eddy F. De Pute — Créations UNThéâtre

Par Yves Rousseau

N.B: La compagnie m'a réinvité à revoir la pièce, une semaine plus tard, suite à plusieurs changements. Vous trouverez suite à la critique originale, un rajout à cet effet.

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Pour sa première production, Création UnThéâtre reprend Eddy F. de Pute, qui avait été originellement montée en mars 2007 à l'UQÀM par le même groupe.

Exit les perchoirs anguleux d’un baroque surréel mâtiné d’expressionnisme, les forêts urbaines en étoiles de conserves et en reflets d’enjoliveurs; exit, bis, le jeu en sautillement de chèvres de montagne, de plaines en perchoirs, en jump cut existentiel, avec costumes trash et destroy d’un contemporain évoquant l’antique et mystique tragédie. D'abord première mouture de mars 2007 (je vous suggère de lire avant de poursuivre) qui nous faisait même oublier l’inconvenance d’âge des distributions, du fait de sa charge épormyable et sauvage, sa déconstruction et sa déréalisation totale. Puis on passe maintenant à quelque chose, vraiment, de totalement différent. Certes, la trame reste axée, en plus où moins calque, sur le mythe d’Œdipe, de Jocaste et compagnie, mais dans une osmose le rendant moins perceptible, du fait, outre la scéno et le climat, des costumes, plus réalistes et induisant donc moins une suggestion antique. Moins de symbolisme.

Dans ce village, plus où moins une banlieue, voilà Eddy-Œdipe et sa fratrie, puis ce père supposément veuf. Vraiment? Et qui est donc cette mystérieuse p_ute dans son exil de souffrance, avec qui Eddy commettra l’impensable? Qui est donc ce mystérieux vieillard pleurant cette même disparue? Voilà la transposition...

Oubliez le cri, ou encore l'Île des morts de Arnold Böcklin auxquels j’avais fait référence jadis, en terme de climat. Oubliez l’onirisme. Ici, une scénographie empruntant à l’esthétisme du… mini-putt. Le Kitsch peut procéder d’une ironie, d’un contre-effet, certes. Mais est-ce bien le cas ici? Permettez-moi d’en douter.

Une horrible maisonnette blanche chambranlante sur tapis de gazon synthétique. En arrière-scène, mur blanc avec fenêtre à l’étage. Puis ces balises câblées, comme pour les files d’attente. Plus tard on réalisera que l’ensemble est hautement transformable. La maison se démonte en panneaux transportables avec trépieds rétractables, chacune des composantes, incluant la structure, étant appelée à devenir autre chose. Le tapis est également découpé en de multiples portions roulables.

Je n’avais franchement jamais vu ça au théâtre, autant de manipulations : tout au long de la pièce, de multiples (j’insiste) changements de décor fait par les caractères, au vu et au su de tous, viendront suggérer les divers contextes. Avec parfois une scène-prétexte de couverture (s’étirant outrageusement), la plupart du temps, une pose cyclique de b_aise suggérée. Et que je te roule le tapis ici, et que je te déplace les balises là ,et , encore, que je grimpe dans l'escabeau pour défaire chevrons et toiture . Et que je te retourne une ou deux sections, de ce qui fut un court moment la maison, pour évoquer un intérieur (affreux préfini brun-beige), puis un abribus, et tutti quanti! Même dans les changements les plus courts, cela est déjà lourd: alors imaginez pour certains, majeurs, comme lorsque qu’on déconstruit complètement la structure de l’habitation pour recréer un praticable incliné. Cela sans compter les inévitables « risques » de petits incidents inévitablement surmultipliés par la formule, comme ce montant ayant foutu le camp sur un spot de sol le soir en question.

Dommage, car la pièce dans cette formule nouvelle n’est pas dénuée d’intérêt. Plus réaliste, plus dépouillée, plus près du texte et peut-être plus accessible. Oh! oui, on le sent ce grand souci d’accessibilité, de fluidité. Les jeux de tag, par lesquels les comédiens se « passaient » par un accessoire symbolique les personnages (première version), sont évacués, on se contente de cette multiplication des incarnations du moi pour chacun des caractères, fréquemment joués en triplicata, avec cet intéressant enrichissement, une addition de facettes d’expressions et d’émotions. L’histoire s’en trouve en principe simplifiée, et cette odyssée d’Eddy, sa révolte et fuite en quête vers la grande ville serait beaucoup plus appréhendable sans le brouillamini issu de l’envahissement scénographique lié à la mise en scène.

De l’ensemble se dégage un formidable bouillonnement d’idées, de pistes explorées avec plus où moins d’à propos, mais donnant parfois à de belles scènes, de beaux moments d’expressions, comme cela est habituellement le cas lors d’un laboratoire théâtral avancé: certaines de ces pistes aboutissent, surtout pour les scènes en dyades qui sont souvent belles et profondes, alors que d’autres s’égarent dans de multiples inégalités. Un work-in-progress qui pourrait être prometteur...


Crédit: Jean-Sébastien Dénommé
Un monde sans pitié


Les comédiens se débattent, font leur boulot au mieux, mais honnêtement, rendu à cette étape il me semble inutile de poursuivre l'analyse en ce sens qu’aucune production théâtrale, peut importe sa qualité, ne me semble pouvoir survivre dans son rythme, son essence et son construit dramatique à une telle avalanche d’interminables interruptions et de bricolages scénographiques in vivo. N'eut-ce été de cette limite, et déjà nous serions devant une situation sans doute totalement différente.

À tout prendre, j’eus sans doute préféré assister à la première version légèrement remaniée et épurée, ou autrement à celle-ci, mais sans accessoires ni interruptions, jouée sur fond noir…

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Deuxième invitation du vendredi 24 octobre

D'abord au niveau scénographie, on remarque que les balises à cordes, le tapis de fausse pelouse, ainsi que la toiture de l'habitation ont été retirés. Le praticable incliné qui était littéralement construit à partir de la structure de toiture pour la première version est prémonté à l'intérieur même de la cabane, tout prêt. Rien que cela, déjà, affecte positivement la pièce. Les manipulations se limitent aux cloisons suggérant les contextes. Environ un quart d'heure de moins (mais ça paraît beaucoup plus de temps en moins) à jouer au clan Panneton pour les comédiens, avec de moindres coupures de rythme, vraiment. La pièce dans cette formule dure 1 h 30. Cela fluidifie le récit. Libérés des brisures et du fardeau scénographique, les comédiens se trouvent plus « sur » le texte, plus dans leurs personnages, moins d'étourdissements. L'aspect « laboratoire », bien que présent, est moins palpable. Dans l'ensemble, on arrive à quelque chose de plus correct. Certes la prix à payer est un plateau plus n_u, mais à tout prendre cela est, il me semble, préférable.


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Une production Créations UNThéâtre

Texte de Jérôme Robart

Mise en scène : Fabien Fauteux
Assistance à la mise en scène et son : Émelie Bélair
Comédiens : Jean-sébastien Courchesne, Sarah Gravel, Étienne Jacques,
Catherine Lavoie, Mathieu Lepage, Catherine Moncelet
Scénographie : Geneviève Boivin
Costumes : Marie-Ève Parent
Éclairages : Martine Lampron
Direction de production : Maude Lemire-Desranleau

14 octobre au 1er novembre

Théâtre Prospero
Billeterie: 514-526-6582

dimanche 12 octobre 2008

Top Dogs de Urs Widmer - Le Théâtre de la Marée Haute

Par Yves Rousseau



Dans « Top Dogs », Urs Widmer jette un coup d'oeil ironique et cynique sur le merveilleux monde requin, foncièrement égotique, arriviste et carriériste des grands cadres supérieurs, les preux chevaliers du capitalisme, les croisés de la quintessencielle part de marché, surfant sur une théorie économique néo-libéralisante et le culte de la performance dans une ultime quête du Graal en forme de rêve américain. Mais voilà, une mauvaise vague économique en dépose certains sur la grande plage déserte du... chômage! Nous les retrouvons ces individualistes complètement largués, en pleine formation-recyclage commanditée par leurs anciens employeurs, témoignant à la suite de leur sort. Un groupe d'entraide, en quelque sorte...


Sur la scène, une sarcastique évocation des ces drabes et fonctionnels espaces utilitaires, bureautiques, une salle d'attente pour le retour à la vie, un grand point de suspension existentiel. Chaises d'un vinylisé noir en périphérie, fauteuils ajustables à roulettes, une ou deux petites tables, puis ce plancher de prélart beige-brun sur fond de scène en store verticaux de même ton. Un éclairage d'hivernale lumière d'un gris blanc très cru, une impression de tristes néons accrue par le son émis par un spot qui en reproduit le typique cillement électrique. Surgissent les protagonistes, chacun portant sa déconfiture et chacun la dissimulant par son propre masque. Complet pour les hommes, parfois tailleur avec jupe cigarette pour les femmes. En un clin d'œil, simplement par le climat non verbal, on comprend: la table est mise. Avec la même minutie qu'un entomologiste épinglant un papillon, la dyade Widmer-Legault procède de l'exécution. Tels des lions se pourléchant les babines dans l'expectative du sacrificiel festin, l'assistance semble frétiller devant une promesse d'exutoire buffet à volonté avec sauce spécial humour sadique, grinçant.


Crédit photo: Marie-Claude Hamel
Les heureux élus...

Les caractères, tels de chrétien dans l'arène, de risibles clowns tristes fats et imbus de la grande farce entrepreneuriale, là dans ce cercle d'écoute témoignent tout à tour d'abord gonflés de leurs névroses et prétentions pour ensuite ne mieux que s'écrouler de leurs désillusions mal contenues. Les arroseurs arrosés dans l'autofiction d'êtres toujours secs. Puis tout le grotesque des fonctions technocratiques étalé avec conviction et détails, sauce mondialisation et théories économiques néo-libérales; toute la juteuse insipidité de personnages qui crurent faire leurs choux gras d'un système qu'ils maintinrent pourtant en première ligne de combat dans une totale adhésion, et qui maintenant les rejette, avec pourtant pour seul rêve d'y retourner et retrouver leurs places et illusoires privilèges; toute cette pseudo empathie, affectée, d'âmes de crocodiles, d'indécrottables individualistes; bref, toute cette parade d'antihéros et d'êtres qu'on aime jouissivement détester procède, par les mots mis dans leur bouche par l'auteur, d'une criante et lucide dénonciation par contre effet de ce monde triste d'isolement, paranoïde de compétition, vide sens et pauvre d'espoir que nous nous sommes construit, nous, humanité.


Cette situation réaliste, en temps continu, permet une hallucinante et jubilatoire série de solos où chacun des personnages pris dans les sables mouvants de ses propres prétentions, s'enfonce de ses gesticulations existentielles superfétatoires, construisant par son involontaire déconstruction du moi un véritable effeuillage affectif d'une joyeuse morbidité livrant ultimement, dans de spectaculaires acting-out désespérés, d'ahurissantes scènes d'éclatements.



Crédit photo: Marie-Claude Hamel
En parlant d'éclatement: superbe moment d'expression avec Alexandre Daneau

Véritable festin théâtral, du bonbon, des personnages puissamment construits et habités avec un texte et une architecture qui ne pourraient, de toute manière, souffrir de quelques écarts que ce soit. Bon, il y a peut-être une ou deux exceptions où dans un stade très avancé de cette démarche d'appropriation du personnage, on sent encore une légère quête, un léger flou d'intention, en particulier pour cette scène de thérapie de couple, pour le personnage féminin, et une ou deux autres scènes l'impliquant. Normal à cette étape précoce.

Que de compositions! Entre autres: Sébastien Dodge impressionne dans ce rôle de grand obsessionnel inhibé et catatonique, n'en rendant qu'avec plus de détails précis, par exemple, cette scène fantasmé de journée de montagne où il précipiterait son patron dans le vide; Philippe Cousineau, pour le plus grand plaisir de tous, en conquérant détruit, en complète déconfiture vaguement suicidaire et dépressive , perdant totalement le sens de la réalité lorsque s'égarant dans ses misères; Alexandre Daneau donne au mot acting-out tout son sens; Philippe Robert joue un plouc en total état d'auto digestion anxieuse, malsaine et inquiétante, très solide. Marie-Claude Giroux en machiavélique louve de la finance, qui ne recule devant ni finesses, ni jeux de cuisses pour avancer, s'enflamme. Superbe direction !



Crédit photo: Marie-Claude Hamel
Philippe Cousineau, impeccable dans son personnage à la dérive



Crédit photo: Marie-Claude Hamel
Philippe Robert et Marie-Claude Giroux

Quelques dérives fantastiques ponctuent ce réalisme, dont cette dantesque scène, une évocations des quatre cavaliers de l'apocalypse, pestilence, famine, guerre et mort sur fond d'écroulement corporatif dont les noms incandescents traversant l'espace sonore éclairent d'une infernale lueur la faillite d'une société du veau d'or.



Crédit photo: Marie-Claude Hamel
Apocalypse

Puis ce message d'espoir, lointain, d'une profonde humanité...

À partir de tous les tons interlopes du rire noir et jaune, un propos on ne peut plus pertinent, une interrogation capitale sur nos choix, et sur notre avenir.

Et quelle incroyable ironie du destin quant au moment de la présentation de cette pièce, qui coïncide à une journée près avec l'occurrence d'un désastre financier que certains pourraient relier directement à l'application d'un certain modèle économique...

Certainement une éclatante réussite.

À voir, absolument !

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Une production du Théâtre de la Marée Haute
Un texte de Urs Widemer

Metteur en scène par Michel-Maxime Legault

Comédiens : Philippe Cousineau, Alexandre Daneau, Sébastien Dodge, Dany Gilmore, Marie-Claude Giroux, Philippe Robert, Marie-Ève Trudel.

Scénographie et costumes par Elen Ewing
Trame sonore par Michel-Maxime Legault
Régie et conception des éclairages par Anne-Marie Rodrigue Lecours

Du 9 oct. au 1er nov. 2008 — Espace Geordie, 4001 Berri
Billetterie au 514 523.3788


Le 17e Mondial d'Improvisation — du 4 au 12 octobre - Grande Finale: Belgique Vs. Québec, 12 octobre

Par Yves Rousseau


L'événement : du 4 au 12 octobre 2008, la Ligue d'Improvisation de Montréal (LIM) accueille le 17e mondial, un tournoi de théâtre spontané opposant la France, la Suisse, l'Italie, la Belgique et le Québec!

La formule : Les joueurs n'évoluent pas sur une « patinoire », comme pour la LNI, mais sur une scène. Plus théâtral. Une improvisation typique est soit de durée courte, moyenne ou longue, comporte un thème et parfois une contrainte, un nombre de joueurs prédéfini, et peut être mixte ou comparée. Les accessoires, comme les praticables, sont tolérés. Un trio de musiciens, Acide Citrique, interagit en créant un contexte musical libre ou imposé pendant les improvisations. Également, un éclairagiste crée les climats luminescents appropriés. Tout cela en étroite synergie. Le vote servant à déterminer l'équipe gagnante se fait par bulletin, à la fin du match. Ce dernier comporte deux périodes d'environ 1 h 15 chacune. Il y a un arbitre (ou maître de cérémonie), même si la formule reste éminemment libre, et un animateur, irrévérencieux à souhait. La formule offre donc un large éventail de possibilités et de territoires de création.

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Le Match : Grande finale Belgique Vs. Québec.


Plein à craquer. Atmosphère survoltée, palpable frénésie. Un vent de finale souffle. Après la prestation musicale d'Acide Citrique, le groupe maison, les voilà. On s'agite, salue la foule, dissimulant nerveusement l'inévitable tension de la fin, du dénouement imminent. Un mélange électrisant de plaisir, de désir de vaincre, de camaraderie rigolarde et de... fatigue après une épuisante semaine.

Après les hymnes trafiqués, les même que tout à l'heure (voir match Belgique-Québec précédent), mais en moins pire pour le Québec, voilà l'impro d'intro avec comme directive, on l'apprendra plus tard, de simuler un portrait de groupe. Après une réjouissante obstination (les plus grands à l'arrière; tu pousses; je suis hors cadre) et une bousculade digne du village d'Astérix, le point de chute : tous se rendent compte n'être pas dans le bon groupe. Voilà, la glace est brisée. Puis entrent l'animateur, François Lachapelle, et le maître de cérémonie arbitre, Alexandre Cadieux.

Crédit: Guillaume Lemée et Andrée-Aude Kérouac
La photo de groupe

— Puis une mixte de durée moyenne, thème : les avants-derniers. Une bambocharde prise de bec de cour d'école, version européenne des films d'ado américains avec la tronche (H. Cougnou), la reine des meneuses de claques (M.S. Dion il me semble) et le capitaine de l'équipe de foot (R. Alexandre) et une maman tricoteuse de pull (S. Corbo). Amusant, assez gros et chargé comme jeux (malgré la justification de l'approche), mais avec un rigolo sens absurde et une cynique valse cliché.

— Une comparée courte, avec comme thème « sur mes genoux ». Un genre de parade nuptiale en pantomime burlesque, un tango absurde et grotesque d'un couple dépareillé sur fond de séduction potache. René Rousseau dose le burlesque avec toujours autant de doigté pendant que Barbara Dauby semble surcharger son expression de simagrées faciles et entendues, même pour le contexte. La bonne volonté et l'effort semblent papables, mais la limite entre un bon burlesque et le cabotinage est fragile...

Crédit: Guillaume Lemée et Andrée-Aude Kérouac
Sur mes genoux...

— Courte, comparée, libre avec comme thème « grosse face ». Pour le Québec, Mira Moisan en cliente particulièrement limitée, tout en grimace clownesques primaires devant l'imaginaire glace, et Mathieu Lepage en vendeur maniéré et véreux, lui vendant une chemise. Dans le rôle du mari recevant et essayant ladite chemise, René Rousseau à la rescousse offre un point de chute salvateur en adoptant la même expression dès qu'il se mire. Certes drôle, il faut bien l'admettre, mais enfin, quelque peu facile peut-être?

Pour la Belgique, une situation de thérapie de groupe hilarante et d'un humour absurde comportant en sous texte un point de vue sur la chose, dans ce tableau aux accents de récurrences cycliques. Une Barbara Dauby narcoleptique, qui s'écroule à répétition, Sophie Falier en hyperactive à la logorrhée bafouillante, bavante et mâchée, Hugues Cougnou en débile bouffant son foulard, rouge comme une tomate avec une de ces bouilles pathétiquement tordante, François-Xavier Fievez errant l'air perdu en chantant pêle-mêle divers airs de folklore québécois, avec pour emballer le tout ce leitmotiv du thérapeute-preacher hystérique, surréel, scandé et repris par chacun "tous ensemble, tous ensemble". Quand “Vol au dessus d'un nid de coucou” rencontre les Monthy-Pyton... Excellente construction déconstructive, fantastique travail de groupe.

Crédit: Guillaume Lemée et Andrée-Aude Kérouac
La thérapie de groupe

— Une mixte longue, sans thème, contrainte: inspiré d'un poème, un extrait de l'œuvre de Patrice Desbiens où il est question d'un être mangeant des bines dans un un et demie avec une tranche de jambon entre les cuisses pour colmater ses blessures. Suit une véritable obstination de peaumés de déchirures vivantes et de très belles tirades. François-Xavier Fievez en amoureux positivant, essayant de “sauver” sa copine suicidaire, portant des chaînes (véritable accessoire). Le dramatique pointe, mais ne s'assume pas complètement (dommage), la tentation du rire, du punch-line menace toujours. Quelques tirades :

FXF — Est-ce que quelqu'un t'a déjà pris dans ses bras
SC — Oui, mais pour vingt piastres...
FXF — Tu es mon rayon de soleil
SC — Non, je suis une pluie de novembre

Crédit: Guillaume Lemée et Andrée-Aude Kérouac
Je suis une pluie de novembre...

La construction se poursuit sur le thème de l'incapacité d'aimer et de retenir qui que ce soit par cette malheureuse, avec chassé-croisé et surimposition de flash back avec la réalité, brillant et complexe assemblage avec Marie-Soleil Dion jouant la mère, et Mathieu Lepage le souteneur. Très belle construction, contenu métaphorique et lyrique appréciable.

— Comparée, moyenne, “à la manière d'une gloire nationale”: Belgique, Jean-Chose VanDam. Une amusante parodie de potache film de série B d'art martial boboche, avec les trois garçons en andouilles Ninja, Sophie Falier en sardonique Cruella mégalomane ayant enlevée la sœur (Barbara Dauby) de JCVD, cette dernière en proie à une détresse digne des meilleurs fils muets.

Québec, Émile Nelligan. Notez la consigne : à la manière d'untel de et non comme untel, nuance. Dans un superbe tableau résumant étroitement la vie de Nelligan, au “piano” (avec un superbe accompagnement pianistique de Benoît Rocheleau) Mira Moisan joue la mère tout de défenses pour fils, et René Rousseau, tout en pose stoïque, le père justifiant son cruel choix d'envoyer son fils à l'asile. Avec une très belle expression, Mathieu Lepage joue Nelligan, perdu, oublié, mais sûrement pas fou, et Salomé Corbo le spectre de ce qui aurait pu être, amour perdu, avec une très belle tirade, “comme il fait chaud chez toi, on est bien les soirs d'ivresse et de tempête”. En voix hors champ et invisible pour le public, Marie-Soleil Dion embellie la spleenétique aria de vers authentiques de Nelligan, directement lu, ai-je bien vu, sur un PDA (ce qui me fut confirmé par quelques joueurs à l'entracte)! J'ai deux réserves pour cette splendide “impro”. Premièrement, “à la manière de” suggère une évocation et non une reproduction. Finalement, certes la souplesse de la formule limesque permet de grandes libertés, mais jusqu'où? Pour un comédien, lire sur scène par le biais d'un personnage un extrait livre en main, alimente la proposition théâtrale d'un “énoncé” clair et perceptible pour tous, une méta communication : “je suis un personnage et en tenant ce livre et en le lisant, j'indique clairement que j'emprunte les mots d'un autre". Mais d'enrichir une impro de lecture de texte sans proposition où méta-langage théâtral permettant cette communication, ça me semble bien humblement pour le moins limite, même si fait de bonnes intentions. Puis les gadgets en impro...

Crédit: Guillaume Lemée et Andrée-Aude Kérouac
Mathieu Lepage et Salomé Corbo dans Nelligan, un beau moment.


Après l'entracte :

— Courte, mixte, musicale, thème : la contre-attaque. Marie-Soleil Dion et Barbara Dauby s'affrontent dans une aria alternée de style nunuche-rock-garage-agace-pseudolipstickimightbelesbienne avec praticable juchoir, microphone et écho, et un orchestre endiablé. Amusant, mais du côté belge on force peut-être un peu l'expression. Cabotin.

— Comparée, moyenne et libre, thème : pas si drôle. Québec : Salomé Corbo, cliente, en compagnie d'un mécano complètement surréel et absurde. Après plainte au gérant, l'olibrius de mécano admet tout fabuler, pour créer de la couleur dans l'ennui. Le surréel appelle le surréel, et l'absurde, l'absurde: après son congédiement, sa femme (M.S. Dion) : ‘pourquoi t'a peinturé la chambre du bébé en noir?’, et la réplique ‘j'ai eu cette idée en écoutant du Ferré toute la nuit et en buvant du cognac...’. Je vous laisse deviner la suite... Tordant.

Belgique : Un bar, François-Xavier Fievez, Ronald Alexandre, puis Barbara Dauby. Un couple chancelant, l'orientation de monsieur qui chambranle, puis ce barman et surtout, cette voix hors champ qui verbalise les pensées intimes de tous. Amusant imbroglio.

— Mixte, longue, à la manière de Woody Allen avec comme thème ‘question de principe’ : Salomé Corbo en agace nunuche, chandail bedaine, courtisant pour un rôle un auteur fauché (H. Cougnou). L'oncle mafieux (R. Alexandre) de la pétasse peut aider $$, mais chez l'auteur les principes s'opposent aux ambitions, surtout lorsque l'oncle, forcément acteur dans le film, se révèle tout à fait médiocre. L'arrivée en flash-back de personnages, comme la maman décédée (M.S Dion), est intéressante, mais peut-être un peu inopinée. Notons que contrairement à l'habitude, les éclairages, comme ce fut le cas à quelques reprises dans la soirée, ne semblaient pas toujours suivre les climats et surtout, les transitions.

Crédit: Guillaume Lemée et Andrée-Aude Kérouac
Le parrain

— Courte comparée inspirée d'une image (une pochette de disque), et c'eut été une bonne idée pour Alexandre Cadieux de les montrer au public avant, et non après. Personne ne savait sur quoi les équipes devaient improviser!

Belgique : l'image est une poupée africaine, presque vaudou. Sophie Falier incarne une nouvellement quadragénaire devant l'anxieuse confrontation du miroir, parlant à ses défunts. Ultimement, de dantesque et communales voix se manifesterons, chantant un sardonique ‘joyeux anniversaire... ma vieille’. Bonne construction, bon point de chute.

Québec : image, élégie du kétaine avec toto et toutoune en pseudo gamins avec un air espiègle affecté. Absurde complètement déjanté, Mira Moisan en reine de dépanneur avec suçon et grimace, Mathieu Lepage en livreur de ridicule, René Rousseau en gros monsieur perdu dans l'errance de la farce, chacune de ses erratique visites importunes se soldant pas le leitmotiv ‘c'est un dépanneur’. Très typé, d'un cabotin débile, mais parfaitement dans le ton du thème, assez tordant.


Crédit: Guillaume Lemée et Andrée-Aude Kérouac
Un magnifique moment d'expression avec Mira Moisan

Finalement:

— Mixte, moyenne, libre, avec comme thème ‘en dernier recours’. René Rousseau, dans l'espoir et le positivisme délirant désire adopter, au grand dépit de son conjoint, François-Xavier Fievez. Après un imbroglio se point le bébé agé de... dix-huit ans et africain, joué par Mathieu Lepage. Complètement déjanté...


Au premier match opposant ces équipes j'avais noté :

Deux nations, deux écoles de pensées, deux styles. Les belges, tout en unité, effervescents, joviaux, avec une prévalence très nette pour la comédie de verbe, les prises de bec absurdes particulièrement élaborées, rappelant parfois par exemple du Jean-Michel Ribes. Les constructions sont souvent impeccables, solides. Les territoires dramatiques, que certains prétendent moins ‘payant’ en impro, sont moins explorés, l'expression paraît nuancée à l'intérieur du genre comédie, mais parfois chargée en d'autres styles, voire cabotine. Les personnages restent peut-être un peu plus en surface, celle du rire.

Le Québec : une intériorité, une introversion sentie, une théâtralité baroque allant parfois du désorganisé impressionniste, en passant par le potache apparent avec sous-couche dramatique, le tragique déguisé en burlesque. Un jeu parfois plus (trop?) individuel, joyeusement bordélique, avec un élément de quête, de définition du personnage particulièrement pertinent. La belle quête ne se perd pas au prix du point, tourne parfois en rond, s'enfarge et se relève d'éclatants moments, avec comme tribu à payer, parfois la consistance et l'assiduité.

Je remarque les mêmes caractéristiques, mais moindrement, avec une évolution, une osmose marquée. Comme si après s'être étudiée, jaugée, chaque équipe avait absorbé par induction certaines caractéristiques de l'autre. Les Belges quittent plus volontiers certains territoires de prédilection, s'aventurent, avec de beaux tronçons dramatiques, toujours aussi soudés, mais avec peut-être plus de solos, alors que le Québec se serre les coudes, plus communaux, plus d'écoute, mais avec une prévalence certaine de la tentation du burlesque dans le dramatique, du punch-line tueur. Un match plus frénétique, étourdissant, peut-être aussi plus inégal et sûrement aussi beaucoup plus délirant.


Le Québec gagne le championnat de justesse avec 51 % des voix.


Crédit: Guillaume Lemée et Andrée-Aude Kérouac
L'ensemble des équipes participantes

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Johanne Lapierre, coordonnatrice
Alexandre Cadieux, directeur artistique

Comité : Frédéric Barbusci, Mathieu Bouillon, Alexandre Cadieux, Salomé Corbo, Johanne Lapierre et Mira Moisan

Animateur François Lachapelle
Arbitre Alexandre Cadieux

Éclairage par Amélie Bourbonnais, Ève Champagne et Sylvain Ratelle
Régie par Raphaëlle Corneau

Comédiens pour la joute du 12 octobre :

Québec : René Rousseau, Salomé Corbo, Mathieu Lepage, Marie-Soleil Dion, Mira Moisan. Entraîneur : Didier Lambert

Belgique : Sophie Falier, Ronald Alexandre, Barbara Dauby, Fançois-Xavier Fievez, Hugues Cougnou. Entraîneur Hugues Angot.


4 au 12 octobre 2008
Lion d'Or




vendredi 10 octobre 2008

Les Célébrations de Michel Garneau - Artemage Production

Par Yves Rousseau

Paul-Émile et Margot, le philosophe et la psychologue. La quête, de soi, de l'autre dans toutes les splendeurs des errances du couple au travers de ses fusions, ses explosions et implosions. À partir de la notion de transfert, jusqu'à celle d'identité, quelques moments d'intimité...



Sur la scène, une évocation bigarrée du grand bazar kitsch des années soixante-dix. Un lit à coussin rose encadré par d'aériens luminaires-pompon. Une suggestion de tapisserie-paysage, très populaire à ce moment, dans de « magnifiques » tons de jaune, et surtout, de... brun. Un clin d'oeil ironique à l'époque, par une toute jeune scénographe encore étudiante, Roxane Lessard.

Ah, les années soixante-dix! L'ère des découvertes, où tous voulaient tout essayer. Post exode rural, arrivée massive en milieu urbain d'une classe populaire à qui s'offrait pour la première fois, après la poussée fantastique de l'Expo 67, une foule de nouveaux produits, de nouvelles opportunités démocratisées : accès à la connaissance, aux études supérieures, découverte de vin, de la gastronomie, de la littérature et des arts, bref d'une foule de choses. Enthousiastes, portés par l'incroyable prospérité et les lendemains qui chantent des grands projets sociaux, et en même temps tellement mélangés, en plein trip existentialiste, la quête de soi avec une série incessante de courants philosophico-psychologiques, la recherche de l’« être vrai », bref, de l'identité. Car oui, comme tout un peuple encore aujourd'hui, les protagonistes de la pièce se cherchent. Avec cette candeur, ce dépouillement particulier d'alors.

Non pas que la production eût délibérément situé la pièce à cette époque. En fait, c'est plutôt par induction, par la substance du texte, la dimension psychologique des personnages, le climat, le senti : quiconque ayant connu ces années ne pourra sans doute réfréner un petit sourire attendri, légèrement moqueur, comme lorsqu'on regarde de quoi on avait l'air jadis sur de vieilles photos, avec peut-être une petite pointe de nostalgie.

Je parlais plus haut de candeur dans le sens rafraîchissant, spontané du terme : les personnages de l'époque firent-ils où pas les bons choix, tel n'est peut-être pas (où enfin plus) la question : à ce niveau l'approche et les intentions de mise en scène me paraissent particulièrement intéressants en ce sens qu'elles ne posent justement pas de jugement mais montrent plutôt, dans une belle dimension d'humanité, la façon allumée et vraie dans laquelle les protagonistes appréhendent leurs choix et procèdent de leurs démarches, bref la beauté de la quête. Il y a un beau dépouillement, une belle simplicité dans la façon dont cet état émotionnel est mis à l'avant : la direction du jeu semble tabler sur les forces naturelles des interprètes, sur une certaine spontanéité n'étant pas incompatible aux personnages, contournant ainsi la mise en perspective de certaines lacunes semblant pourtant palpables. Interrogations. Ce qui aurait pu être un jeu chargé, parfois légèrement maladroit, mais d'intentions pertinentes devient la spontanéité et l'enthousiasme gauche et presque juvénile du caractère? Un peu de manque de profondeur, peut poser comme de l'insouciance? Un laconisme léger et occasionnel, mais perceptible, comme la nonchalance dans l'air du temps du sujet?

Enfin, tout cela dans une certaine limite et une limite certaine, il me semble. L'ensemble reste relativement correct, et recèle de beaux moments. Le personnage de Paul-Émile est attachant et crédible, mais dans une certaine unicité de rendu et une certaine surface, puis celui de Margot rappelle certaines compositions de personnages en quête de soi, comme fréquemment joués par Louise Portal, avec peut-être un aspect certes plus statiques au niveau de l'expression et du ton.

L'aspect musical de la pièce, qui dans son état naturel comporte treize courts airs, est particulièrement réussi, avec ces apartés chantés par lesquelles les caractères exposent détresse et interrogations ainsi que ce dialogue pianistique à peu près juste, atmosphérique et in vivo. La chanson « Jamais les heures » de Daniel Bélanger est particulièrement bien utilisée quand interprétée par le conjoint, une spleenétique aria sur la douleur de la perte, de la séparation. Dans la même ton, le choix, ultérieurement, de la Gnossienne nº 3 d'Érik Satie me paraît discutable et galvaudé en ce sens que ce même air est systématiquement utilisé plusieurs fois par années dans de multiples productions dès qu'un climat méditatif et tristounet se pointe, je ne compte plus...

Force est d'admettre que le travail d'Anne-Maude Fleury, en plus de créer d'agréables moments théâtraux, se révèle être un terreau fertile et pour l'éclosion, et la maturation de jeunes talents. La compagnie, avec une belle ouverture sur la relève, offre opportunité d'exposition, de développement, avec une direction sensible et intelligente et une prise de parole originale.


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Produit par Artemage Production

Texte de Michel Garneau
Mise en scène par Anne-Maude Fleury

Distribution: Étienne de Santis Savoie, Nicole Beausoleil
Pianiste, compositrice: Catherine Chaumont
Scénographie par Roxane Lessard
Costumes par Manon Beauvais


Balustrade du Monument-National
8, 9, 10, 11, 16, 17, 18, 23, 24 et 25 oct. 2008
20:30 Billetterie 514-871-2224

mardi 7 octobre 2008

Le 17e Mondial d'Improvisation — du 4 au 12 octobre - Belgique Vs. Québec, 5 octobre

Par Yves Rousseau


L'événement : du 4 au 12 octobre 2008, la Ligue d'Improvisation de Montréal (LIM) accueille le 17e mondial, un tournoi de théâtre spontané opposant la France, la Suisse, l'Italie, la Belgique et le Québec!

La formule : Les joueurs n'évoluent pas sur une « patinoire », comme pour la LNI, mais sur une scène. Plus théâtral. Une improvisation typique est soit de durée courte, moyenne ou longue, comporte un thème et parfois une contrainte, un nombre de joueurs prédéfini, et peut être mixte ou comparée. Les accessoires, comme les praticables, sont tolérés. Un trio de musiciens, Acide Citrique, interagit en créant un contexte musical libre ou imposé pendant les improvisations. Également, un éclairagiste crée les climats luminescents appropriés. Tout cela en étroite synergie. Le vote servant à déterminer l'équipe gagnante se fait par bulletin, à la fin du match. Ce dernier comporte deux périodes d'environ 1 h 15 chacune. Il y a un arbitre, même si la formule reste éminemment libre, et un maître de cérémonie, irrévérencieux à souhait. La formule offre donc un large éventail de possibilités et de territoires de création.

Le Match : Belgique Vs. Québec.


Est-ce l'effet de l'estival jeûne d'improvisation, l'exotique présence étrangère où l'effet d'anticipation d'une étonnante soirée chez un public visiblement connaisseur, à l'affût, aiguisé: toujours est-il qu'il régnait une atmosphère particulièrement effervescente dans la salle complètement bondée du Lion d'Or.

Après avoir réchauffé une salle déjà bouillante d'expectatives par une prestation musicale hypnotique, voilà qu'arrivent sous les vivats de la foule les gladiateurs du verbe, les toréadors de l'expression, les fildeféristes du jeu. Bondissants, sautillants frénétiquement comme de véritables géos pour les Belges, pensifs, spleenétiquement recroquevillés, dans le recueillement du combat pour les Québécois.

Voilà Frédéric Barbusci, arbitre, dans une perpétuelle foire d'empoigne d'humour ironique avec le maître de cérémonie, François Lachapelle, pour le plus grand plaisir du public. Sur la scène, on entend déjà les chants d'introductions : pour les uns, une hallucinante énumération de personnalités belges en chansons complètement casse-gueule, aussi impeccables que si cela avait été répété, pour nos soudards une bambocharde et approximative aria sur l'air de Dégéneration du groupe « Mes Aïeux », trafiquée ici en version « élégie de l'impro ».

Puis les improvisations:

— Une comparée, l'Art en mouvement qui se transforme rapidement en absurdité en mouvement où un panel de sélection d'une firme de sondage impose de surréelles et potaches épreuves à une candidate on ne peut plus limitée (Myrna Moisan) et empotée. Intéressant, avec une cohésion d'équipe correcte. Pour les Belges, une construction impeccable, superbe écoute dans une scène d’« team building» corporatif par un chef de bureau postal exalté. Une série de répliques du tac au tac où dans une nud_ité suggérée, le chef en vient à se faire considérer comme un timbre : léc_hez-moi...



Crédit photo Andrée-Aude Kerouac
Le panel de sélection

— Mixte, durée moyenne, avec un accessoire imposé, un mégaphone, superbe prétexte pour s'engueuler. Prise d'otage, deux policiers complètement tocards et englués dans de paralysantes règles technocratiques grotesques se disputent pour le contrôle du porte-voix, avec la vieille en otage qui ne veut plus partir: les kidnappeurs étant moins cons et emmerdants! Absurde et délicieux renversement de situation, superbe numéro par Salomé Corbo et Ronald Alexandre, un délice de répliques.

— Courte, réplique face au public, thème (flou) « Bradshaw Inc. ». Une improbable zone de doute identitaire entre deux copines aux relents de lesbianis_me refoulé, construction laborieuse, écoute relative, allant plus où moins nulle part, malgré une occupation de l'espace tout en doutes et en hésitations. Joué par Marie-Soleil Dion et Sophie Falier avec une tentative de relance par Mathieu Lepage. Sauvés par la cloche.

— Comparée, durée moyenne, scène imposée: un praticable d'à peine deux mètres carrés. Thème : une semaine et demie. Belges : un couple, sur un radeau, à la dérive sur les flots bleus de leur propre vacuité, intéressant, avec Hugues Cougnou et Barbara Dauby, mais on force peut-être un peu l'expression, légèrement cabotine. Québec : superbe scène, personnages potaches de commedia dans un resto qui ne sert pas de soupe, un garçon pas commode et un client affamé, avec poursuites, engueulades, et un deuxième niveau d'ironie par déconstruction du récit attendu. Un morceau d'anthologie qui dilate la rate par René Rousseau et Mathieu Lepage.



Crédit photo Andrée-Aude Kerouac
Le restaurant




Crédit photo Andrée-Aude Kerouac
Vers un destin insolite, sur les flots bleus de l'été...


— Mixte, longue, à la manière d'un drame de science-fiction : la mort du taïkonaute. Un astronaute mythomane et mollasson, François-Xavier Fievez, prit dans les dédales de son intériorité schizoïde, n'en finit plus de quitter sa rombière moitié. Dans une dérive potachofantastique d'un dramatico grandiloquent volontairement ridicule, on aboutit à un freak show échan_giste avec des androïdes soviétiques. Quand une construction tâcheronne, mais efficace d'effet, rencontre la dérision du cliché.

Après l'entracte :

— Mixte, moyenne avec transitions chantées. Thème: le patriote ultime. Chant kitsh-pop sirupeux, dans lequel on s'en donne visiblement à coeur joie avec tous les clichés permis par ce genre omniprésent dans les radios commerciales, avec simagrées et pantomimes en avant plan comme représentations de l'absurde aria. Avec René Rousseau, Barbara Dauby, Marie-Soleil Dion et Hugues Gougnou.

— Une comparée courte intitulée le lapin. En chandail bedaine, nunuche agace, fille mère faisant face au défi de la séduction et des responsabilités parentales envers son invisible et improbable compagnon, Québec, Salomé Corbeau. Belgique, Ronald Alexandre compose un lapin véritable, au cruel temps de la chasse, un amusant burlesque cartoonesque.



Crédit photo Andrée-Aude Kerouac
Monsieur Lapin

— Comparée, libre, temps moyen. Un dantesque et surréel salon d'acupuncture où un douillet hypocondriaque reçoit les « soins » d'un perfide olibrius aux manières faussement rassurantes: l'ensemble s'éclate dans un délirant cauchemar. Avec Mathieu Lepage, Marie-Soleil Dion et François-Xavier Fievez.



Crédit photo Andrée-Aude Kerouac
Le diabolique acupuncteur

— Comparée, courte : Assimilation d'une tradition. Chaque équipe relate une tradition locale que l'adversaire devra jouer. Pour les belges, le Noël du campeur, où quand "Les bougons font du camping" version européenne, rencontre "Les bronzés" : désopilant, la famille dysfonctionnelle (est-ce un pléonasme?) dans toutes ses splendeurs. Du côté québécois, pour l'équivalent belge de notre Carnaval en quelque sorte (Les Gilles de Binche), un incroyable burlesque, on croirait voir la version famille bonhomme Carnaval sauce (encore) bougonne, avec ces enjambées grotesques : lorsque la cadette vomie sa première cuite, gracieuseté du camion de bière volé par le père, ce dernier de s'écrier « enfin, ma petite fille est devenue une femme... »! Délire, délire, avec l'incroyable René Rousseau.

— Un des clou de la soirée, et en terme de collaboration, d'écoute et « d'écriture », de construction, une comparée longue, à la manière du théâtre jeune public : la grande sortie de Julie. Rendu d'autant plus sarcastique parce que que joué avec ce ton potache magique ragnagnan d'un halluciné faussement émerveillé, avec les grands traits de messages éducatifs et de petites morales ponctuelles, un fielleux humour, le voyage en train de l'enfance à l'adolescence.

— Finalement, comparée, courte : tout ce que j'ai rêvé de faire en impro sans l'oser. Mathieu Lepage compose un numéro de stand-up épais et trash, comme il en pleut actuellement dans le paysage médiatique. Sophie Falier y va d'une délirante parodie de comédie musicale style Bollywood.


Deux nations, deux écoles de pensées, deux styles. Les belges, tout en unité, effervescents, joviaux, avec une prévalence très nette pour la comédie de verbe, les prises de bec absurdes particulièrement élaborées, rappelant parfois par exemple du Jean-Michel Ribes. Les constructions sont souvent impeccables, solides. Les territoires dramatiques, que certains prétendent moins « payant » en impro, sont moins explorés, l'expression paraît nuancée à l'intérieur du genre comédie, mais parfois chargée en d'autres styles, voire cabotine. Les personnages restent peut-être un peu plus en surface, celle du rire.

Le Québec : une intériorité, une introversion sentie, une théâtralité baroque allant parfois du désorganisé impressionniste, en passant par le potache apparent avec sous-couche dramatique, le tragique déguisé en burlesque. Un jeu parfois plus (trop?) individuel, joyeusement bordélique, avec un élément de quête, de définition du personnage particulièrement pertinent. La belle quête ne se perd pas au prix du point, tourne parfois en rond, s'enfarge et se relève d'éclatants moments, avec comme tribu à payer, parfois la consistance et l'assiduité.

La soirée fut sans aucun doute captivante, complètement folle, chaque équipe poussant l'autre à la frontière de son style, avec peut-être une légère surenchère de cabotinage.

La Belgique l'a emporté à 55 % sur le Québec.

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Johanne Lapierre, coordonnatrice
Alexandre Cadieux, directeur artistique

Comité : Frédéric Barbusci, Mathieu Bouillon, Alexandre Cadieux, Salomé Corbo, Johanne Lapierre et Mira Moisan

Animateur François Lachapelle
Arbitre Frédéric Barbusci

Éclairage par Amélie Bourbonnais, Ève Champagne et Sylvain Ratelle
Régie par Raphaëlle Corneau

Comédiens pour la joute du 5 octobre :

Québec : René Rousseau, Salomé Corbo, Mathieu Lepage, Marie-Soleil Dion, Mira Moisan. Entraîneur : Didier Lambert

Belgique : Sophie Falier, Ronald Alexandre, Barbara Dauby, Fançois-Xavier Fievez, Hugues Cougnou. Entraîneur Hugues Angot.


4 au 12 octobre 2008
Lion d'Or