jeudi 25 septembre 2008

Trois histoires de mer - Théâtre Tresss


Par Yves Rousseau


Dans « Trois Histoires de Mer » Mariana de Althaus explore un troublant espace d'intimité entre trois demi-soeurs, abandonnées successivement en petite enfance par leur mère commune. À la mort de cette dernière, toutes se rencontrent pour la première fois dans la villa sur mer laissée en héritage.


Voilà la mer. Et la mère. Fusion : d’êtres, de lieux. Et de blessures. Le lien fondamental, le cordon primal, la seule forme d’amour inconditionnel? Brisé. Brûlure profonde. Trois âmes cicatricielles, trois demi-sœurs, adultes. Qui ni ne se connaissaient, ni ne savaient de soeurs avoir.

Rive océane. Villa, isolée par de labyrinthiques sentiers : l’héritage de la défunte, qui expia ultimement en confessant l'existence de cette fratrie sororale. Convocations, les voilà. Huit-clos, le temps d’une soirée, d’une nuit…


Crédit: Marlène Gélineau Payette
L'improbable rencontre



Le passé mis en exergue, trituré par ces souvenirs, albums de photos, vestiges et… par cet alcool coulant à flot. L’air salin chauffe les plaies. Maintes fois le désir d’évitement, partir, se défiler, mais quelque chose retient. L’esprit maternel torturé plane, en espoir de pardon, de réparation, sous l’intemporel, triste et lancinant ostinato des vagues aux scintillants reflets bleutés. Ainsi, à partir d’un réalisme situationnel, le choc! de la rencontre s’éclatera de dérives fantastiques où chacune, possédée, donnera voix à la disparue. On en frissonne.

Et quel choc! Trois êtres totalement différents. À chacune sa recette de vie, sa façon de s’étourdir, de noyer l’insupportable outrage de l’abandon et cette cuisante solitude existentielle. La cadette, Ananu sculpteur et céramiste, vêtue comme une femme de ménage, qui se découvre plutôt d’un monde de féminitude, humble, lunaire, vulnérable et délicate boule d’espoir néanmoins résolue dans sa quête de réunion sororale : oui vivre ensemble, partager cette villa, ou chacune y a vécue, séparément, successivement, un petit bout d’enfance (une sensible composition toute en suggestion et retenue par Sounia Balha). Puis Vania, chic rombières en petite robe noir style Chanel, tonitruante bourgeoise viveuse, chromée et avinée évoluant dans l’univers des galeries d’art, se dissociant et déconstruisant tout ce qui pourrait la toucher par un paravent de persiflages aux maniérismes snobinards et affectés, et surtout par un véritable tir de barrage d’humour cynique, décapant : une composition truculente et juteuse, un peu à la Zsa Zsa Gabor (comme personnage…) par Thalia Hallmona, le public craque et s’esclaffe de cet humour de dérision particulier. Puis, plus tard, l’ainée Josefina, ascétique, d’une hystérie étouffée par son côté obsessionnel, vieille fille rigide, catatonique, carriériste, la belle fuite dans l’activisme désincarné abruptement interrompue par une restructuration corporative: mise à pied, jetée, désœuvrée, fauchée, sans bouclier occupationnel face au vide de sa propre détresse, une généreuse prestation de Francesca Gosselin, doublée d'une convaincante métamorphose, avec vêture terne et grise, maquillage et coiffure courte en flip central (on ne recule devant rien pour incarner) lui donnant l’apparence d’une défroquée quasi schizophrénique.



Crédit: Marlène Gélineau Payette
L'aînée et la cadette, une inconfortable proximité



Tout cela avec ce mélange à contretemps, avec cet humour typiquement sud-américain, acide, d’une bonhomie presque fataliste et ironique, livré en contretemps avec un drame profond et humain se cristallisant ultimement par les vibrants et quintessenciels passages fantastiques, surréels. L’écriture, comme une lancinante série de charge et retraits, comme les vagues découvrant petit à petit de son sable une pierre de vérité, celle d’âmes, communales, sororales, d’une finesse tout en dédale, éminemment, féminine, d’une poésie dépouillée, sur les sentiers intriqués des complexes relations mères-filles et de la transmission.



Crédit: Marlène Gélineau Payette
Les masques tombent



La principale force de la pièce, déjà en cette phase précoce des représentations, me semble découler d’un solide travail de recherche, de références, de résonances se traduisant par un rendu assez incarné, un travail de direction de jeu certainement très correct, particulièrement pour une première mise en scène.

L’aria quasi lacrymale de la cadette dans une valse de persuasion face à ses sœurs, pourraient être légèrement, à mon humble avis, plus sentis, coulante, incarnée. De plus, si l’implication, l’utilisation de l’espace scénographique centre-scène et côté jardin, avec le pseudo Récamier, la commode, le bar et la sculpture des trois sœurs, est optimal, il m’a semblé parfois procéder d’une métaphore légèrement moins intégrée avec l’évocation d’habitation en arrière-scène et ce bac de sable (le chemin vers la mer mère), côté cour. Enfin, de petits détails, normaux à cette étape avec une pièce qui reste éminemment touchante et agréable.

Les émotions sont promenées en paradoxaux mouvements de montagne russe, avec le rire surfant sur les surréelles vagues de la mort et de la vie, sous le vent impétueux de tous ces liens fondamentaux qui nous y rattachent.


Certainement un bon moment de théâtre.

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Une production de la compagnie de théâtre Tresss

Tres historia del mar, un texte original de Mariana de Althaus

Traduction Francesca Gosselin

Mise en scène Miguel Doucet

Avec Sounia Balha, Francesca Gosselin et Talia Hallmona

Scénographie de Xavier Charbonneau Gravel
Conception des éclairages et régie par Catherine Fasquelle

Du 23 septembre au 4 octobre 2008
Théâtre Prospero — Billetterie au (514) 526-6582

Communiqué

lundi 22 septembre 2008

Les Néos - 19 septembre - Théâtre MainLine


Par Yves Rousseau

Théâtre Mainline. Petite boîte noire intime, avec estrade en « L » : étendez le bras, et ça y est, vous frôlez les comédiens. Proximité. Intime. Troublant. La scénographie? Accidentelle, les éléments à peine dissimulés de la pièce l'Araignée jouant plus tôt ce même soir. Peu importe, ça peut se faire n'importe où.

Rembobinons un peu : déjà à l'entrée nous étions accueillis par une cohorte enthousiasme et électrisante de jeunes comédiens, serviette de steward au bras, exposant les procédures du cérémonial. On entre dans la salle. L’« hight » commence. Voilà, un resto! buffet théâtral mangez tout ce que vous pouvez pendant une heure. Au menu, 35 pièces. On nomme votre rangée? Premier à « pitcher » une commande, premier à déguster le met de son choix. Puis on chauffe, on chauffe la salle. Dans la foule, complicité, le sourire excité et joyeusement nerveux de l'attente. Soudain, top chrono, vous êtes prêt? Partez! Rangée « D », quelle pièce? Douze, « devenir un homme ». Action, « devenir un homme », trois minutes, go! Et ainsi de suite...

Le principe directeur (expliqué à tous) ? Trente secondes à trois minutes par morceau théâtral. Texte original seulement. Écrit exclusivement par les comédiens. Pas de faux, pas d'illusion théâtrale. Que du vrai. Du vécu au rêvé ou fantasmé, tous issus de l'essence d'être des artisans. D'anecdotes croustillantes, en passant par de spleenétiques moments de vulnérabilité et de belle humanité dans toute sa fragilité crue et sensible, jusqu'au drame existentiel blessé, mais fièrement surmonté, tout ça avec ce petit côté « seventies », un cri primal, un « statement » existentialiste, une gestalt du moment, une prise de position. Oh, que oui, prise de position, vraiment. Car de la substance politique, sociétale, il s'en dégage. Les bonzes de la déshumanisation, de la censure et des coupures n'ont qu'à bien se tenir.

Le cri, version 2008


La foule? Impliquée, interpellée, avec, entre chaque numéro, diverses participations. Enlevant, chacun sur le bout de son siège, dans le train de montagne russe en « up and down », du tragique au comique. Oh, que ça embarque! foule composite, manuels, intellectuels, jeunes, moyens, vieux. On en redemande.


Le rêve de Barbie


Après? Les comédiens, là, dans le hall, accessibles et affables, pour jaser avec les gens.

La plupart des petits ajustements soulignés dans la première critique (que vous pouvez lire pour une explication plus didactique du mouvement Néo et une mise en contexte), ont été, bellement, améliorés. Le tempo est continu, impeccable. Mais surtout, les numéros sont beaucoup plus incarnés, et dans le ton, et dans geste et dans l'expression. Maturation. Rapide, très.

Le type de salle choisie, avec les estrades donnant de plain-pied sur la scène, offre exactement le contexte d'intimité, de diffusion de proximité parfaite pour ce genre de spectacle. Recherché, mais universel, sans prétention. Acce$$ible pour tous. Tous! Pas d'exclus.

Ensemble, point.


Mais quelle superbe et belle jeunesse allumée.

À quand la prochaine?

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Était présenté le 19 septembre 2008 à 23 h, au Théâtre MainLine


Avec Sylvestre Caron, Julie Dionne, Benoit Drouin-Germain, Catherine Lavoie, Mathieu Lepage, Sophie Lepage, Mathieu Leroux, Gabrielle Néron, Antoine Touchette et David Tousignant.


Prochains spectacles, informations: http://lesneos.wordpress.com

jeudi 18 septembre 2008

Les combustibles - Théâtre l’Instant


Par Yves Rousseau

Sombre, ce praticable incliné, abrupt comme cet univers: plus de quinze degrés. Seul. Isolé par un océan de terre, noire, là partout autour. Les cieux dominés par des nuages de parchemins, fripés, jaunis, comme le poids des réminiscences d’un idéal et évanescent savoir dans une ère de barbarie. Modal ostinato en point d’orgue continu, lancinant et dantesque fond sonore en basses inquiétantes, ponctué de surréelles onomatopées dysharmoniques, et parfois d’explosions, de bombardements, de schizophrénisantes évocations d’alertes au gaz. Comme deux soldats toujours résistants d’une armée en déroute, comme deux menhirs à charge de sacré, d’absolu, comme les vestiges d’une ville, d’une civilisation, deux gigantesques bibliothèques recélant encore plusieurs perles de la pensée occidentale civilisée, veillent. Attaquées, partiellement dégarnies, elles encadrent le seul point de fuite, l’arche d’entrée. Deux chaises. Puis suggéré, côté jardin, un âtre, éteint. Guerre, siège. Plus rien à brûler… sauf des bouquins.

Brillant contexte scénographique et sonore. Avant même la première réplique, on y est. Dantesque et menaçant huit-clos. Quelque part en occident, une intemporelle modernité: dehors les barbares, la ville qui s’émiette, disparaît. L’hiver et le froid. On grelotte.

Quels sont les livres qu'on finira par brûler, dans quel ordre de priorité? Et si on n'en avait qu'un seul à conserver, lequel serait-ce?

De Stalingrad à Sarajevo, en passant par le sac de Rome, où n’importe quelle autre manifestation de l’atavique barbarisme humain comme hier et aujourd'hui, ici et maintenant. Quand le bel esprit du ventre plein, la pensée civilisée se heurtent à l’instinct de survie, la nécessitée de l’immédiat, l’animalité vile et crue de la bête humaine. Avec la conscience comme triste témoin impuissant du spectacle. Morituri te salutant, la marche des sans-espoirs, des damnés, en éclat de révolte, de résistance… inutile ?

L’espace fermé, lieu de prédilection du metteur en scène André-Marie Coudou, l’intimité forcée de ce jeune couple d’étudiants littéraire, réfugié chez leur illustre professeur. Cage existentielle, émotion en autos-tamponneuse, ring ou la superbe du discourant et rationalisant s’étouffe des résurgentes et viscérales pulsions animales, où le vernie de l’illusion d’êtres humains sensibles s’écaille de notre primate et simiesque réalité. Mais dans un superbe bal cynique, habité de feutrés et troublants moments d’intimité, avec un verbe particulièrement travaillé. Une musicalité douloureusement fataliste, spleenétiquement ironique dans cette façon de mesurer, d’exposer jusqu’où l’esprit peut survivre à la bête : l’être humain autocannibalisé par les paradoxes de sa nature dans ses extrêmes opposées et précipitées par le révélateur de l’urgence.

Comme pour ce professeur, qui avec de superbes envolées opposant la nourriture de l’esprit et du savoir à celle manquante du corps, défendant avec verve chacun des bouquins qu’on voudrait brûler pour se réchauffer, finit par basculer dans de libidineuses dérives avec la parfaite conscience quasi machiavélique et désillusionné de celui qui n’a que trop étudié l’esprit humain pour en ignorer les inévitables errances et qui n’en contemple donc qu’avec plus de cynisme et autodérision sardonique ses propres égarements, un Bernard Carez solide, une évocation flegmatique et Hopkinsesque de certains caractères acides et à l'an_alité articulée; comme son jeune et idéaliste assistant, avec le viscérale feu de la passion et la révolte face à l’impensable trahison et qui, poussé dans ses retranchements, éclatera de la colère de la bête, un Philippe Cyr articulé et un jeu sensible, convainquant; comme la copine de ce dernier, une (évidemment) jeune beauté qui oppose la futilité de la connaissance à l’urgence de survivre, qu’on jette donc dans l’âtre ces bouquins et qu’on ai chaud quelques minutes, et qui pourtant s’accrochera ultimement à une œuvre romantique, comme dernière forme de beauté et d’espoir. Ici la plus physique des partitions (scènes de lutte et intime d’un suggéré très animal, bien) par Stéphanie Cardi, correcte dans son premier rôle professionnel, bien habité dans le geste, parfois légèrement extérieure dans les intentions et l’expression, avec peut-être encore un léger travail de voix, dans sa musicalité, son ton, qui sans être laconique pourrait être légèrement plus incarné. Dans l'ensemble, la chimie opère.

Si vous craignez, dû aux éléments de littérature évoqués, assister à une séance d’ergotage littéraire intellectualisant, rassurez-vous: le texte de Nothomb est coulant comme de la lave, beau mais piquant comme des orties, chargé d’un espiègle dérision sombre et l’aspect littéraire n’est en quelque sorte qu’un support métaphorique dans ce regard douloureusement lucide que l’on jette sur l’animal humain. Les références politiques sont universelles et particulièrement pertinentes en cette ère de néo-conservatisme primaire, de muselage , de Fahrenheit 451 et autres Néron du beau verbe et de la libre pensée. Le metteur en scène, d'origine belge, me confiait avoir même intégré une scène ou un protagoniste devait fuir vers un destin sacrifié en portant le drapeau Belge comme châle, drapeau qui fut hélas accidentellement précipité d'un faux mouvement du pied dans l’âtre imaginaire par une interprète, involontaire ironie, la Belgique brûle.

Déjà, pour le second soir, de bons enchaînements, une rencontre fiévreuse, captivante, un ensemble qui vraisemblablement évoluera à partir de bases adéquates.

Très intéressante et lucide valse sur les trois temps d’un espace d’humanité dans tous ses paradoxes.


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Une production du  Théâtre l’Instant

Texte de Amélie Nothomb

Mise en scène par André-Marie Coudou
Assistance à la mise en scène et costumes de Marie-Pyer Poirier

Comédiens: Bernard Carez, Stéphanie Cardi et Philippe Cyr

Scénographie par Noémie Avidar
Éclairage par Alexandre Tougas
Conception sonore par Karl Turpin

16 septembre au 4 octobre 2008
Théâtre Prospero — Billetterie au (514) 526-6582


mardi 16 septembre 2008

Compagnie Blitz D'axes - Valises


Par Yves Rousseau

Presque un laboratoire. Court, trente minutes. Montrer au public certes, mais surtout, comme finalité, lancer, consacrer, établir un style nouveau. Dans son esthétique, dans son geste, dans sa mécanique humaine. Tout à fait original, unique : une bande dessinée. Théâtralisé et déclamant, pensez-vous ? Pas tout à fait...

Un univers d'anticipation, quelque peu expressionniste, schizoïde, déconstruit. Là, devant, dans cette petite boîte noire d'à peine trente places, une face cubique divisée uniformément en neuf cases blanches occupe l'essentiel de la scène, comme une gigantesque bande dessinée. Chacune de ces cases-écran peut glisser latéralement, et parfois verticalement, seule ou selon diverses combinaisons, dévoilant l'action: sur ces dernières des projections et animations sont mises en relation avec la portion jouée, dans cet étroit couloir latéral révélé par les mouvements de ces neuf panneaux, et ce dernier est lui-même dominé par une semi-transparence d'arrière-scène permettant également projection, effet d'éclairage et jeux d'ombres. Interdépendant, tridimensionnel, gauche, droite, haut, bas, arrière, avant, combinaison multiple du tout cela, complètement éclaté. Comme si on entrait dans la bande dessinée. Mais quelle ingénieuse scénographie!

Sous une fantastique bande-son surréaliste enrichie d'une flûtiste in vivo produisant de saisissants effets rappelant un certain théâtre japonais, voilà l'univers du bédéiste Dominique Spout Morin. Croisement d'histoires. Un scaphandrier pêcheur de perle, avec comme arrière-plan notre civilisation engloutie. Des hommes dont le faciès est un énorme trou de serrure dans une compétition sans merci pour la symbolique clé, piste d'athlétisme, stade, annonceur, style vestimentaire année cinquante, grand chapeau, Bogardesque. Un grand livre du savoir qui ne veut se livrer. Des valises Graal inviolables: ouverte, un déluge de perles, asphyxiantes. Langage surtout inventé. La vanité et la convoitise des hommes noyées dans les perles de notre culte du veau d'or, le déluge de notre « jamais assez » comme fossoyeur de civilisation, la prétention du savoir dans la plus absurde et stérile course funeste. D'un onirisme percutant. Et dans le ton, et dans les atmosphères et dans le geste. Un blitz des divers axes de l'art. Blitz D'axes.

La partition technique, très exigeante, est déjà, à ce stade précoce très correcte, à quelques enchaînements près et quelques panneaux parfois légèrement trop décalés, entre autres légers détails. Les costumes sont très fidèles à la bande dessinée, un travail très soigné. L'expression passe par une corporalité très incarnée, flirtant beaucoup avec le travail de mime, avec peut-être une certaine influence Omnibus.

Le défi principal pour cette jeune compagnie ne se situe certes pas au niveau technique ou créatif, mais plutôt dans la façon dont l'ensemble de la démarche pourra s'incarner dans une oeuvre finale qui, sans perdre ce côté onirique et s'alourdir de bouées représentatives et de narrations ragnangnan, pourra tout en restant fidèle à sa substance, être juste un petit peu plus grand public, il me semble.

Une démarche fascinante, riche, originale, on a déjà hâte, vraiment, de voir la suite.


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Une production de la Compagnie Blitz D'axes

Bédéiste : Dominique Spout Morin


Mise en scène et interprétation par Marie-Hélène Gosselin et Xavier Malo

Assistante à la mise en scène : Maude Gareau
Scénographie par Anne-Marie Bérubé
Interprétation musicale par Elsa Vadnais-Malo
Projections par Nathanaël Lécaudé
Costumes par Karine Blanchette
Conception sonore par Thierry Gauthier
Éclairage par Amélie Bourbonnais
Machiniste: Laeticia Bélanger

15 au 18 septembre 2008 à 20h - Usine Grover, 2025 Parthenais, local 245
514-843-3533


dimanche 14 septembre 2008

L’araignée - Théâtre Camera Obscura


Par Yves Rousseau

Rues. Trottoirs. Bar sombre. Danseuses, presque-putes. La vie, en quarante onces, en tape sur la gueule, en course de survie, en loyer de taudis payé de justesse à coup de passes. Voilà le triste spectacle (et contexte de la pièce) ayant inspiré Amélie Hébert, qui me confiait créer par osmose littéraire sublimatoire, une réaction au matériel existentiel de son environnement de vie immédiat : «vers 2001, alors étudiante, j’habitais centre-sud et j’étais quotidiennement confrontée à cela, les voisins saouls réveillant le quartier en mettant le feu au sofa sur le trottoir à trois heures du matin, les cris, la violence… ».

Matériel brut aux accents Ducharmesque, avec une musicalité, une rythmique n’étant pas sans rappeler certains poètes maudit de la beat-génération. En contradiction réciproque, comme la vie : la beauté dans la laideur, la pureté dans la vulgarité, une représentation du monde, où plutôt d’un microcosme, sans concession. Puis travaillé par un work in progress perpétuel, avec ateliers d’improvisations, affinage rumination, digestion.

Sur la scène, un glauque univers variant de l'ocre urin_aire au chatoiement criard d'estaminet de passes, un adéquat travail d'éclairage malgré le spartiate des moyens. Côté jardin, sur un petit praticable, une pôle d’effeuilleuse. Côté cour, un vieux canapé, un chevalet d’artiste, puis en arrière plan, une forêt menaçante faite de ces mêmes pôles, tronquées, comme des destins avortés, comme les barreaux d’une prison de vie. Et quelle prison! Trois femmes, trois blessures, trois déchirements, un héritage empoisonné. Grand-mère danseuse-pute suicidée dont le spectre plane, veille, un vain rachat. La mère, de même acabit, habillée en guidoune, avec son mec mac accrochée à elle, et cet artiste qui la paie pour la pause, entre autres…

Comme une fleur au milieu d’un dépotoir, l’enfant, jeune ado, s’entête à pousser, vivre, découvrir. C’est une illusion d’innocence dérivant sur les froids courants des conflictuelles relations mère-fille (est-ce un pléonasme), c’est une lueur de vie dans les ténèbres de l’assuétude, de l’acculturation, de la déchéance, c’est la douleur qui se refuse au désespoir et se sublime d’illusions s’alimentant de tout ce qui peut s'accrocher: un sourire ici, un peu d’attention là. Crû et cruel, dur, punché. Un certain réalisme social, comme le théâtre québécois des années soixante-dix.

Le ballet de gestes en arrête de verre coupant, le langage sous-culturel, les scènes intimes sauce red-light évoquent plus qu’ils ne montrent, un processus en dent de scie opposant scènes exutoires de conflits à de spleenétiques moments de déchéance où de détresse. Animaux blessés, proximité affective menaçante, nourriture affective famélique, tous s'envoient revoler.

Un réalisme poli (dans le geste et non le texte) pour ces « high » de déchéance , amenant un côté plus ou moins plausible, comme si on était resté dans une zone de retenue face à concept pourtant nécessairement excessif. Eût-il fallu justement pousser au paroxysme attendu ces scènes (avec les risques de surcharge, de trop choquant, de noyade du texte), où plutôt carrément opter pour l’évocation, le symbolisme, la métaphore théâtrale, cela afin d’atteindre le deuxième niveau d’une résonance émotionnelle, plutôt que cette correcte représentation, mais qui ne semble pas (encore) s’assumer dans son essence? Je pose la question. Le geste ne m’a pas semble encore assez « sur le texte », un peu désincarné, parfois maladroit, mais on sent, je pense, le processus en avance.

Le rôle du peintre, son introduction, m’a semblé difficile à appréhender, comme si l’exposition n’avait permis d’aisément installer ce caractère, et à ce niveau quelques accessoires présents eussent peut-être pu être mieux mis à contribution. De plus, les cabrioles de ce dernier, qui étaient peut-être censées être d'un certain expressionnisme corporel, m'ont semblé un peu pataudes et le jeu parfois forcé. Le build up territorial, la lutte de dominance (pour obtenir la « belle ») entre « l'artiste » et le mec procèdent d’une instantanéité (à mon humble avis) peu plausible, alambiquée, posée. Globalement, un léger flou d'intentions.

Le jeu des comédiens est à ce stade précoce, déjà (à peu près) correct, et on sent encore la recherche, face à un texte (et une mise en scène) qui semble s’incarner plus facilement d’éclat poétique que de construction de personnages. Pourtant, Sarah Gravel en mère paumée et carentielle offre de beaux moments de déchirements déchus; Sabrina Bisson en spectre maternel offre une présence chaleureuse, mais aurait-on dû vieillir quelque peu, en quadragénaire au moins, cette jeune femme pimpante? Évelyne St-Pierre se signale avec de très beaux moments lumineux et rafraîchissants malgré cette légère inégalité commune occasionnelle. Les enchaînements sont en voie d’être bien rodés. Je me suis également demandé comment aurait-on pu mettre plus en exergue ce rythme, cette musicalité, ces rimes claquantes, à contre-courant et parfois iconoclastes, dans la prononciation, l’intonation au niveau de ce texte Gauvreauesque, bref jouer avec le non-dit verbal comme ce texte joue avec les mots. Peut-être ici d’un rendu trop en legato.

Un work in progress prometteur, un beau risque créatif courageux, une recherche et dans le texte et dans l'approche qui évolue selon les aléas normaux d'une jeune création : n'est pas là ce que l'on souhaite voir en théâtre émergeant, plutôt qu'une perfection de recette, vivement la construction d'un nouveau langage, d'une recherche, l'affirmation d'un genre, l'évolution d'une esthétique, bref d'une signature. À ce titre, le travail de la compagnie TCO me semble passer par de parfaitement normales étapes, avec une pièce intéressante, qui offre de bons moments, selon le même processus de continuité issu du procédé de création initial, même si on s'attend à plus au niveau de l'expression corporelle pour une compagnie qui place justement ce langage à la base même de sa démarche. J'aime mille fois mieux le baroque authentique porteur d'une parole d'humanité dans toutes ses expérimentations et ses imperfections que la perfection plastique, convenue et sans risque.

On souhaite voir le tout évoluer et se poursuivre.

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Création du Théâtre Camera Obscura (TCO)


Texte Amélie Hébert
Mise en scène de Patrice Tremblay

Comédiens: Sabrina Bisson, Frédéric Côté, Sarah Gravel, Étienne Jacques, Évelyne St-Pierre

Scénographie et vidéo par Sylvain Ratelle
Éclairages et régie par Josianne Fontane Zuchowski
Costumes par Marie-Ève Parent
Environnement sonore de Charlène Gilbert

12 au 27 sept. 2008 au Théâtre MainLine
Billetterie 514 678.0304


jeudi 11 septembre 2008

Il était onze heures le soir - Théâtre Passé Minuit


Par Yves Rousseau


Toujours aussi mordante dans sa portée et poignante dans sa conclusion cette pièce, mais avec une belle maturation depuis sa présentation initiale au printemps. D'abord, la scénographie : la petite salle de la caserne (le nouveau lieu) étant avant tout un espace d'intimité, on a éliminé les effets d'arrières plan, mais gagné un effet de proximité, on se sent plus au cœur de l'action, au vif de l'expression. Avec une projection plus modérée, une expression n'ayant plus à être calibrée pour le troisième balcon, l'ensemble qui était déjà très bien gagne en subtilité. On sent également certains choix découlant d'un grand souci de cerner l'essence même du texte, dans un croissante maîtrise et respect du propos, comme si on voulait éviter tout détournements: ainsi, certains effets de quasi-comédie semblent plus effacés, même si présents, et chaque personnage semble plus habité de ses blessures, portant à l'avant son espace d'humanité. Comme si la pièce assumait plus ouvertement son identité profondément dramatique, presque tragique. Plus incarné. Plus ramassé aussi. Pas de facilité, on épure. Comme cette nouvelle fin, dépouillée, percutante et sombre.

À ne pas prendre au premier niveau, sinon on passe tout droit. Quiconque reste en mode défensif, n'accepte pas de sentir, explorer la substance inconfortable de ce douloureux univers n'y verra que de l'activisme, de l'agitation en criée, un récit déconstruit difficilement appréhendable. On induit. On ne prend pas le spectateur par la main. Pas de facilité, je vous dis. Et en ce sens, un choix d'approche courageux, qui ne fera pas nécessairement l'unanimité.

Le texte originalement publié en avril, ci-bas, reste cependant dans l'ensemble pertinent, en tenant compte des quelques éléments de ce préambule.

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La pièce expose essentiellement les préoccupations et défis auquels fait face la génération Y, mais avec un aspect fascinant : contrairement à la quasi-totalité des pièces vues précédemment, signe du temps qui passe, les protagonistes ne sont plus dans la période incubatoire (enfance, adolescence étendue) mais se situent pour la plupart au tout début du défi de l'âge adulte, l'heure des choix. Le regard qu'il jettent sur les accomplissements, idéaux, rêves et lubies des générations précédentes, les boomers et la génération X, nous projette dans un genre de futur présent, comme lorsque on traite d'événements lointains, historiques, mais qui ne sont plus intrinsèquement lié à notre quotidien, à notre identité. Comme les espoirs de nation, d'indépendance, comme les guerres, les camps de concentration. La conscience se fait plus globale, les grands ralliements des boomers, ou le cri existentiel des X ont fait place au pragmatisme individualiste, pacifique et allumé, mais cynique, anxieux et peut-être légèrement affectivement carencé (génération garderie, divorce, clé dans le cou), dans le contexte compétitif, buzzé, hyperactif et multimédia du 21e siècle.

Et comment tout cela se concrétise-t-il? D'abord avec une certaine ironie scénographique. On reçoit les amis, une petite fête. Dans ce qu'on suggère être une villa-artéfact (prêtée par des parents en voyage) avec magnifique vue sur le fleuve, un ensemble de plateformes en tec évoquent les lignes épurées d'une certaine architecture des années soixante, dans ces intérieurs de ces maisons blanches d'aspect cubiste. Comme si ces jeunes campaient sur des vestiges générationnels du vingtième siècle, l'héritage (...). Puis une mise en scène en dent de scie, poussant les caractères vers des contacts éclatés, en écoute distraite, avec une occupation de l'espace sauvage, tribale, comme un groupe de primates territoriaux surexcités s'affrontant en vagues de retraits et de charges. Comme métaphore de notre ère d'une branchitude hallucinée. Certaines portions de la pièce, tout en pirouettes, en traits et persiflages, en langage non verbal traduisant toute l'ambiguïté des contacts, sont particulièrement électrisantes, dans ce climat à l'humour noir terrible de délire tablant sur toutes les zones d'incertitude et d'absurdité relationnelles. Ici, on ne vise pas le confort, on dérange.

Dans le texte (en terme de climat), l'ère de la postmodernité a inventé l'ego, mais aussi, mitraillage médiatico-scientifique oblige, la conscience conséquente de n'être qu'un infime grain de sable, sur une planète immense, dans un univers infini et sans Dieu. Les personnages ont le motton, et la soif de vivre se heurte au tourbillon perpétuel, à l'Autre qui s'échappe, évite, et à l'anxiété de l'oubli, de la futilité de l'être: ces idéations ne trouvent plus de réponses dans le dogme ou le confort de l'ignorance.

En alternance, moments d'émotions extrêmes; comme ce jeune gamer compulsif qui confond, presque, l'univers cybernétique de jeux de rôle et la réalité; comme ce jeune adulte qui perçoit avec horreur et résistance justement l'arrivée de cet âge, adulte; comme cette violence omniprésente, comme cette jeune femme enceinte doutant qu'un jour son élu puisse vieillir l'appuyer et qui pressent cette grossesse avec peur et réticence, cette féminité animale et atavique qu'elle voudrait oublier. Puis des moments de profonde humanité, dans tout son désespoir, ses peurs, mais également toute sa force de vie. La scène finale, sur fond de chant triste et communal, est déchirante, la grande phobie humaine de la disparition et de l'oubli, le grand non-sens de la vie : ya t-il quelqu'un, quelque part qui un jour saura que untel, ici sur cette petite boule bleue des homo sapiens sapiens, a vécu?

Certainement un texte très profond et pertinent, par Reynald Robinson, servi avec générosité et abandon par un groupe de jeunes talents prometteurs, et dont la substance met en relief toute la détresse humaine, une tragi-comédie éternelle, de Virgile à Shakespeare, en passant par Tchekhov, le théâtre dans toute sa force de représentation du grand cirque récurrent de l'humanité d’hier et de maintenant.


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Une production du Théâtre Passé Minuit en collaboration avec le CADM
Originalement présenté à la Cinquieme Salle de la Place des Arts, en avril 2008.

Textes et mise en scène par Reynald Robinson

Les comédiens, promotion 2008 du CADM: Mathilde Addy-Laird, Yannick Chapdelaine, Robin-Joël Cool, Romy Daniel, Myriam Fournier, Catherine Le Gresley, Guillaume Regaudie, Isabelle Sasseville et Guillaume Tremblay.

Assistance à la mise en scène par Sophie Vaillancourt
Scénographie par Francis Farley-Lemieux
Costumes àpar Isabelle Saint-Louis
Éclairages par Émilie Voyer
Musique par Frédéric Janelle



Du 9 au 27 Septembre 2008 à la Caserne Létourneux
411, rue Létourneux

Saison itinérante de la Salle Fred-Barry du théâtre Denise Pelletier

Billetterie : 514 253 8974



samedi 6 septembre 2008

Marie Stuart, de Dacia Maraini - Espace Fabrique

Par Yves Rousseau



Petite boîte noire, plus ou moins quarante places. Espace d'intimité, de proximité. Déjà habité par une scénographie minimaliste, mais évocatrice : deux cadres, rigides, suspendus dans leurs solitudes en coin supérieurs, opposés, puis au centre une petite table tout en chandelles, le feu de guerre, de destins torturés, mais aussi celui d'une impossible amitié, avortée, étouffée par la fatalité du destin. Pendrions. Noir.

Puis les personnages. Rapidement on comprend. Un espace contemporain et dans le langage et dans les costumes pour une épopée historique. Trois voix.

Dans une robe rouge (on dit qu'elle portât une robe de cette couleur lors de son exécution), cheveux longs, le caractère éminemment moderne, libre, fougueux de Marie Stuart, catholique fervente, amoureuse passionnée, reine d'Écosse directement opposée à sa protestante de cousine dont elle convoite le trône, Élisabeth d'Angleterre, la reine v_ierge, ascétique, cynique, affranchie, repoussant tout prétendant, féministe avant l'heure, et paradoxalement prisonnière lucide de son rôle et carcan de pouvoir, valsant tristement mais avec superbe sur l'air inévitable du « Hom_o homini lupus » dans un pays ravagé par les conflits religieux. Dans une robe de soirée bleutée à col de vison, une magnifique évocation vamp de la ligne ligne "garçonne" (vers 1930) d'un bleuté rappelant une version prude de l'esthétisme de Klimt, avec pour l'interprète une coiffure dans le même ton que l'ensemble. Agissant comme révélateur, permettant d'extérioriser les voix intérieures des personnages, jouant alternativement les dames de compagnie et confidentes des souveraines, Sharon Ibgui, dans une robe grise plus humble et sobre.


Crédit photo: Yanique Carmen Fillion Simard
Audrey Talbot joue Marie Stuart


À la cour, dans le pays, parmi la noblesse, fourberie, perfidie, intrigue intéressée, convoitise, trahison, bref les habituels comportements humains. Dans la cour du palais, les têtes qui roulent, l'échafaud, le peuple impitoyable qui demande son dû, le « Panem et circenses » au prix du sang.


Crédit photo: Yanique Carmen Fillion Simard
Dominique Leclerc dans le rôle d'Élisabeth d'Angleterre


Un texte magnifique, inspiré de Friedrich von Schiller. Pas de manichéisme, pas de jugement, seulement la vie. Avec une ironie cynique suscitant parfois un libérateur ricanement sardonique, un rire jaune. Certes la trame historique est présente. Mais le récit ici ne s'empêtre pas dans les simagrées de la cour ou les robes à carcans. Dépouillé de tout artifice, l'humanité torturée d'êtres pris dans tous les paradoxes du pouvoir, des désirs et contradictions de l'âme humaine. Une vision sensible, particulièrement féminine, les moments d'intimité, mais dans une langue « punchée », avec des mots percutants. Deux femmes qui auraient pu être amies, dans une autre vie. Deux cousines. Une lutte. À mort.


Crédit photo: Yanique Carmen Fillion Simard
Une lutte mortelle


La mise en scène table sur un univers de suggestion (pas d'accessoires), une retenue mettant paradoxalement en exergue la verve cinglante du texte et sa profonde humanité, une exploitation de l'espace feutrée, une lente et dantesque chute vers l'avant des destins grandioses et maudits, dans une violente douceur tamisée par l'ombre du doute et de la vulnérabilité.

Espace d'intimité, d'intériorité, vous dis-je. Marc-André Bourgault se signale, dans ce que je pense être sa première mise en scène, par une direction d'acteur très sensible dans cette façon de pénétrer l'intimité des personnages et de révéler le texte. Les jeux des comédiennes est déjà, à ce stade précoce des représentations, dans une progression bien incarnée, de l'Elizabeth martiale, cynique et blessée dans sa royale solitude composée par Dominique Leclerc; résolue, viscéralement spleenétiquement volontaire avec la fougue usée, pour la Marie jouée par Audray-Talbot; d'une sensibilité troublante pour les caractères de Madame Ibgui. Certaines meurent cependant, il me semble, fort mal, dans une pantomimique maladroitement rigide, enfin c'est un détail.

Certainement un excellent départ pour cette jeune compagnie dont je cherche encore le nom, une partition demandant précision, humilité et générosité: la face triste de la régnance et du pouvoir, dans toutes les couleurs, belles et laides, de l'animal humain.

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Texte de Dacia Maraini dans une traduction de Marie-José Thériault
Mise en scène de Marc-André Bourgault

Avec Sharon Ibgui, Audrey Talbot et Dominique Leclerc

Conception visuelle : Jonathan Girard
Costumes : Imane Boustiket


Du jeudi au samedi
4-5-6, 11-12-13, 18-19-20 Septembre, 20 h

Espace Fabrique, 2025A Masson suite 303.

Réservation: 5142861917