mercredi 27 août 2008

Abat-Jour Théâtre - Qu'est-ce qui reste de Marie-Stella?


Par Yves Rousseau

NDLR : Une mise à jour tenant compte de l'évolution de la pièce , reprise du 18 août au 5 sept 2009, a été publiée ici.

Presque nu_e, la scène. Quelques banderoles, des ballons, rouges, puis ces fenêtres opacifiées à la gouache, laissant deviner l'extérieur et sur lesquelles les comédiens hors focus iront griffonner à la craie des mailles de clôtures : celles de la cour d'école et de l'existence. Puis cette étape précise de la vie, un point tournant important : la fin de l'enfance ou le début de l'adolescence, on ne sait trop. Passage.

Trois personnages, trois vides à combler, un univers de carences : enfants de la télé, des dîners congelés, de la clé dans le cou, soumis au bombardement médiatique et ses pop-stars se trémoussant à demie-nu_es comme supplétifs modèles identificatoires, parce-que indolence, indifférence ou encore perversion des entités éducatives sociétales. Alors, se lancer, fuir, grandir, mal et trop vite. Comme Marie-Stella, surnommée MTS, la tronche, la rejet, dans ses affreux vêtements orange nanane, qui construit sa vie en autofiction, qui s'accroche à coup de manipulation et chantage à ceux qu'elle aime, comme ce Joseph. Comme Marie-Clown, une caricature de féminité, triste élégie des effets de la sursexualisation, où toute la dimension de sa propre valeur passe par le corps, le maquillage, les vêtements (pour le peu...), et où tout se « deale » à coup de faveurs sexu_elles. Tout ça sur fond de la petite cruauté ordinaire de l'enfance, de la cour d'école, de cette lutte sororale pour l'obtention des faveurs de Joseph.

Et quelle forme ça prend, tout ça? Rendu ici, vous imaginez sans doute un drame social, le quasi mélo. Que nenni. Pensez plutôt à une comédie musicale, danse à l'appui, parfois. Une plume très sensible, empreinte d'une délicatesse humoristique. Non pas qu'on cherche à s'amuser de cet état de fait, mais plutôt sublimer (la blessure?) dans un humour très lucide, une ironie décapante de vérité. Une belle humanité dans cette façon de présenter les personnages et de fabriquer un univers dramatique dans lequel on montre, mais on ne juge pas. On échappe même au manichéisme des personnages (et existentiel), puisqu'à la fin, on se rend compte que la frontière séparant victime et bourreau est fluide et mouvante, les rôles alternent : rien n'est jamais aussi simple dans la vie...

Édith Arvisais offre beaucoup de vérité à une MTS pot-de-colle en quête d'attention, quitte à en être parfois insupportable et nous donner le goût de l'étriper. Une très belle voix pour les portions chantées. Sophie Desmarais compose à merveille, avec ce visage particulièrement expressif, cette jeune fumeuse compulsive au maniérisme bitchy-bitchy affecté, habillée en guidoune et à la voix prématurément vieillie par la cigarette. Gabriel Lessard, en timide sportif tiré quasi de force et peut-être un peu trop rapidement à son goût de l'enfance, complète avec brio.

Bien sûr, tout n'est pas parfait. Parfois on se demande si quelques coupures n'eussent permis d'éviter certaines redondances et pertes de rythmes. Normal à cette étape précoce de la production. La fluidité de l'ensemble, déjà acceptable, s'amplifiera. Mais ce qui est surtout fascinant dans le cadre de théâtre émergeant, c'est de suivre la progression d'une plume particulièrement prometteuse, une vision aiguisée, paradoxalement grave et espiègle, une prise de parole pertinente sur la grande tragicomédie de la vie.

On passe un bon moment.

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Une production d’Abat-Jour Théâtre

Texte et mise en scène par Simon Boulerice

Comédiens: Édith Arvisais, Sophie Desmarais et Gabriel Lessard


Scénographie par Jacinthe Plamondon
Conception musicale de Chad Vincent-Malo
Éclairages par Simon Boulerice et Tania Viau
Costumes par Sophie Desmarais