Par Yves Rousseau
Le dimanche 15 juin 2008 au Théâtre Prospero avait lieu la quatrième édition du rallye théâtral Midi Minuit. Cinq blocs répartissant dix-huit courtes pièces, douze heures de théâtre.
Nouveauté cette année, seuls les textes originaux, les créations, étaient acceptés. En plus de la présence de quelques vétérans de la génération X tardive, on remarquait surtout la montée d’une nouvelle cohorte de jeune relève, génération Y tout début vingtaine et fraîchement graduée, créateurs montant aux barricades des communards de la résistance culturelle.
Nouvelles têtes, nouvelles visions et préoccupations, sans pourtant qu’il n’y eût aucune concertation, on remarquait deux thématiques dominantes : la mort et le deuil sous toutes leurs déclinaisons splénétiques et existentielles, et puis le couple au tout début de l’âge adulte, sauce cynique (ou lucide?) et ironique, avec la recherche de l’autre dans la peur de l’engagement et l’éclatement des repères et valeurs.
Un climat particulièrement convivial et animé, avec de nombreuses discussions sur, évidemment, le théâtre pendant les pauses séparant les blocs, et après au bistrot du coin jusqu’à assez tard…
Voici donc, classées selon l’ordre original de présentation, les œuvres analysées. Les titres en rouge identifient les pièces s'étant, à mon humble avis, démarquées.
BLOC 1
Le journal d'Adam et Eve
Une exploration exceptionnelle et inhabituelle du genre masculin et du genre féminin, mentionnait la synopsis. À quoi s’attendre? D’abord les costumes d’un kitsch forain vaguement disco, parfois des échasses et perruques psychédéliques, pha_llus de théâtre pour les personnages masculins. Atmosphère de farce (volontairement) kétaino-underground au jeu à mon humble avis, d’un clownesque typique et affecté. Voix à la pose flageolante, projection passable, diction approximative (ce n’était pas la langue maternelle des acteurs), ton un peu statique, d'un récité chantonnant.
Le contenu? Les collisions existentielles d’elle et lui; lui lapin, lui auteur, lui polichinelle astral, dans une non-écoute rocambolesque et absurde non dénuée de pertinence dans sa représentation du "être seul ensemble" contemporain. Une scène particulièrement intéressante dans sa satirique représentation de l’état des lieux télévisuels, celle de l’interview télé où un auteur intello inhibé et timide tente de présenter son œuvre en étant constamment interrompu par une annonceuse plus intéressée à se mettre en valeur, à passer ses pubs, et à obtenir des informations sur la vie privée de son invité plutôt que sur le contenu de l’œuvre.
Une pochade sans prétention, à prendre avec un grain de sel, dans un genre assez présent dans certains festivals de théâtre anglo-saxon alternatifs, mais auquel nous sommes sans doute moins habitués, je présume, du côté francophone.
De Csaba Raduly, Pavla Mano
Avec : Csaba Raduly, Pavla Mano
Conception de costumes et éclairage : Ivan Stavrev
Choix multiples
Surgissent les comédiens, sans maquillages ni costumes particuliers. Sous un éclairage générique, « l’intrigue » éclate : nous sommes en quelques sortes au beau milieu d’un « focus group » portant sur le couple. Un questionnaire est, laborieusement, distribué au public. Choix multiples, genre «que feriez-vous si» …
Les situations évoquées sont essentiellement anecdotiques et feraient, il me semble, sans doute les beaux jours de certaines tribunes téléphoniques et courrier du cœur : que faire pour capter l’attention de l’être convoité ; a) commettre un exploit où essayer de rendre jaloux; b) se jeter à son cou; c) l’ignorer ostensiblement. On poursuivait, sauce péril de la vie de couple et dépit amoureux.
L’impression, je dis bien l’impression, d’un texte non appris découlait de la vision de ces feuilles constamment consultées par les comédiens avec parfois hésitation apparente, m’a semblé alourdir, entre autres, les transitions. Sans tomber dans le normatif, la diction eu sans doute pu être mieux détachée, articulée et le ton moins laconique. Certains comédiens m’ont parfois semblé, était-ce les notes consultées, avoir tendance à plutôt fixer le sol que l’objet d’entretien.
L’objet théâtral performatif se conclue sur une phrase d’une grande sagesse : à savoir « si l’appréhension de la douleur de la fin vous prive de vous engager et savourer le début », où enfin quelque chose comme cela, puisqu’interrogée à la fin, une comédienne ne m’a pas semblé en mesure de me répéter le texte…
De Eve Leclair, Maude B. Lafrance, Vincent Boucher
Mise en scène : Maude B. Lafrance
Avec : Eve Leclair, Maude B. Lafrance, Vincent Boucher
Le purgatoire de l’enfer
Un excès de vitesse dans une zone résidentielle, lui conduit, elle passagère, puis une petite vieille dont on entend les os craquer sous la force de l’impact, et puis…, et puis on ne sait plus. Ou plutôt se plaît-on à ne pas vouloir admettre le fait d'être mort. St-Pierre refuse l’entrée, alors les limbes, lumière glauque avec, là côté jardin, ce carré rouge (simple, mais efficace éclairage) : la porte de l’enfer. C’est là que notre prétentieux et fat nombriliste et sa rombière épouse se prennent aux cheveux, dans une rocambolesque valse d’orgueil, de prétention, un jamais avec mais jamais sans toi pour cet archétypal petit couple plate et fragile.
Certainement amusant, dans une langue québécoise rythmée, percutante, avec une occupation de l’espace en dent de scie intéressante, genre je te rejette et je te reprends, un dialogue absurde de couple toqué, même dans la mort. Osera-t-on plonger ensemble dans l’inconnu rougeoyant? Hum…
Malgré une belle vision ironique d’une certaine catégorie de couples, à partir d’une belle expression, le texte lui déboulait parfois, ici et là, de façon plus où moins mâché, surtout lors de ce solo en accroupi avant scène. La vision anecdotique du couple, ironique, ne semble pas nous mener plus loin. Forme assez télévisuelle.
A place between heaven and hell de Olivier Savoie, en coll. avec Mylène Savoie
Traduction de Mylène Savoie
Avec : Mylène Savoie et Stéphan Vigeant
L’Ironie du tort
J’ai cueilli des souffrances et je les recrache en boule. De chutes en rebonds, je cherche et roule survivant au vide... (extrait)
Alors là, vraiment une très belle occupation de l’espace, un propos soutenu et alimenté par une métaphore du geste valsée, en patin à roues alignées. D’abord en presque obscurité, glissante, flottante dans une viscérale douleur coupable, une jeune femme expie de déchirements, de survie coupable au suicide de sa sœur. En équilibre sur le fragile fil la vie, la tentation du néant. L’âme sombre, à peine éclairée par deux blafardes diodes, visage déchiré d’espoir interdit, le sémaphore des tortueux chemins du deuil. Alors, n’importe quoi, n’importe quoi, on s’accroche à n’importe quoi, d'où cette vision cynique des thérapies et autres étourdissements-béquilles. Recroquevillée sur soi et ses blessures comme peut l’être un animal blessé, comme on peut l'être à vingt ans, sous l’effervescent flot d’interrogations existentielles postadolescence.
Puis un jour, la rédemption, le pardon et le droit qu’on finit par se donner de…vivre. Puis un jour, la lumière…
Le texte, beau et sensible, aborde avec beaucoup de retenue le deuil et la douleur de ceux qui « survivent » au suicide de l’être cher.
L’ensemble est bien servi par Caroline Bernier-Dionne, belle présence, belle fluidité dans cette représentation chorégraphique du propos, diction et projection impeccable, belle expression, bien incarné.
Petite anecdote, lors d’une aria désespérée et poignante du personnage, où le caractère exalté exultait de tout pouvoir faire, « je peux voler, je peux aller au cinéma, je peux… », un cellulaire sonne au premier rang, fortement, avec un de ces petits airs ridicules. La comédienne ne perd rien de la ligne de son personnage et de l’expression de circonstance, mais rajoute la réplique « je peux tout faire, comme faire sonner mon cellulaire dans un théâtre » avec une superbe diction normative et claquante. Je m’en tape encore sur les cuisses...
Collaboratrice d'ancrage et de mots : Sarah Deschênes
Scénographe : Anne-Marie Rondeau
Avec : Caroline Bernier-Dionne
BLOC 2
Quand je serai petite
Trois femmes ou sœurs, où un concert de voix intérieures obsessionnelles, autocritiques, la dans ce cercle, les séants posés sur ces petits bancs. Le propos obscur, expressionniste passe les schizoïdes dédales d’une certaine pensée féminine, automutilatoire, étranglée sororale, tribale et chamanique. Intéressant, mais obscur, tout en zigzag.
De/avec : Anne-Marie Ouellet, Anne-Juliette Larcher, Vanessa Seiler
Dulcinée
Un café chic. La méchante bourgeoisie affairée se pavane. Dehors le froid. Sur le trottoir une prostituée des bas quartiers, piailleuse et gouailleuse, mais avec, bien sûr le grand cœur des petites gens. Beaucoup d'apartés. Après une mauvaise nuit, elle étire ses heures, question de faire quelques sous. Toisée par une vilaine femme d’affaire, ignorée par la serveuse veule à qui elle demande un café, voilà qu’un client, le prince charmant, le prend sous sa protection, offrant cent dollars à la tenancière afin que cette dernière offre un café à notre pauvre hère frigorifiée, et lui donne la balance. Subjuguée, notre vilaine donne l’argent à la serveuse qui éprouvait de la difficulté à payer la garderie (fait exposé lors d'une scène téléphonique), car transportée par le fait d’avoir enfin été vue, d’avoir existé aux yeux de quelqu’un.
Comme un mélodrame Mexicain, un télénovelas misérabiliste pour lequel on pourrait imaginer un orchestre de mariachis larmoyant pour compléter le ton, un propos gros, manichéen à souhait, une intrigue cousue de fil blanc, peu plausible et au dénouement télégraphié, un jeu allant du désincarné hésitant et laconique au surchargé tonitruant. Semble découler d'un schéma télévisuel proche du téléroman.
De Esther Hardy
Mise en scène : Patrick Olafson
Avec : Esther Hardy, Sonia Quirion, Janique Kearns, Pierre Olivier Fortier
Le Poisson
Décor de bureau.
Un français récemment marié se ramasse dans l’entreprise de grossiste en poisson de son beau-père comme responsable principal des ventes. Le fils du proprio, contremaître dans l’usine, qui sent sa place menacée, surgit régulièrement, bottes de caoutchouc, tablier et gants, pour dénoncer les décisions apparemment saugrenues prises par son beau-frère. Il faut dire qu’effectivement, les commandes placées sont assez bizarres. Tout risque d’éclater…
Dans le rôle du français typique, accent marseillais à l’appui, Raphaël Roussel se tire bien d’affaire, jouant la pauvre poire de service, le franchouillard inadapté, mais oh que oui, bien intentionné, qui mélange tout et sème le désastre. Mais que de stéréotypes, que d’archétypal. Le théâtre d’été d’une certaine époque se rappelle à nous, costumes, perruques, scéno et accessoires à l’appui. Puis des seconds rôles interprétés tantôt de façon correcte, mais parfois assez rigide, désincarnée. Très anecdotique. Semble découler d'un schéma télévisuel proche du téléroman.
Et puis, va-t-on faire jouer les propriétaires de dépanneur à tous les finissants de théâtre asiatiques, les chauffeurs de taxi à ceux de race noire? N’avons-nous pas dépassé ce stade en théâtre? J’ose l’espérer.
De Antoine Portelance, Raphaël Roussel
Mise en scène : Jean-François Poirier
Avec : Antoine Portelance, Raphaël Roussel, Michel Vallières.
Vertiges
Deux sœurs, plus ou moins fin adolescence. Plus ou moins fugue, dans une chambre d'hôtel. Une s'empiffre, c'est une diva de bungalow exalté , hystérique et pseudo suicidaire. L'autre, la punquette plus sage, tente de recoller les morceaux, de mettre fin à cette escapade. Ça ne marche pas. La situation se dégrade, les couteaux volent bas. Nul ne sait où elles se trouvent, sauf une amie, une simplette pot de colle de qui par la bouche sortent vérités. À partir de ce moment, dans une savoureuse série d'absurdes répliques du tac au tac aux sous-entendus révélateurs, tout se précipite...
Voilà une savoureuse comédie de situation, avec cette finesse particulière dans le rythme, ce sens particulier de la répartie en équilibre sur le fil : chaque élément de tempo dans l'expression, le ton, le rendu d'une réplique est étroitement lié à la réussite du gag. On y trouve un humour aigre-doux, où chaque situation « dramatique » trouve un point de chute iconoclaste et légèrement cynique, comme du Jean-Michel Ribes, mais avec des préoccupations plus féminines et en plus trash, plus cru. Tout cela dans un univers suggéré, presque sans scéno.
C'est un plaisir de découvrir cette écriture émergente particulièrement prometteuse, ainsi que ces excellentes jeunes comédiennes.
De Marie-Claude Garneau
Avec : Marie-Claude Garneau, Kim Gourdeau, Christelle Juteau
BLOC 3
Faire ses Devos
Voilà une très rafraîchissante et très originale approche des textes de Raymond Devos. Pantomimique, iconoclaste, aussi absurde que les textes soutenus, bellement chorégraphié, trois pantins à remontoir se livrent une lutte territoriale gentille avec une poupée à la dégaine coquine, espiègle et réjouie. Un univers de geste et d'expression genre « Le magicien d'Oz ». Particulièrement soigné, bellement joué, un vrai bonbon. Étonnamment les textes du maître s'incarnent avec beaucoup de naturel et d'à propos à cet univers fabulé.
Montage performatif de courts textes de Raymond Devos / Compagnie Artemage.
Avec : Anne-Maude Fleury, Vincent Boucher, Mathieu Cléroux, Olivier Ethier, Sophie Desmarais
Malaise matinal
La formation d'un couple en motion inversée :
Un appartement, à elle. Lit, cuisine, loft. Le réveil, lendemain de veille, on ne se souvient de rien, surtout pas du nom de l'autre. Lui, hésitant, sur le point de partir. Elle, tente de le retenir, enfin plus ou moins. Le téléphone sonne, l'ex actuel copain réclame l'envoie de ses choses, là-bas en France. Rupture, puis début?
N'eut-ce été du sous-texte, du suggéré, ce récit aurait pu tomber dans l'anecdotique. Mais non. Quand même. Une vision cynique de cette époque de fou, tout à l'envers de celle de grand-maman. Jadis, amour engagement pour la vie, puis tabou, après le cu_l. Là, dans ce lieu, c_ul à tout vent, olé olé sans se connaître, mais réactions anxieuses, presque panique à la moindre évocation d'engagement, à la moindre naissance d'un sentiment amoureux. Tous ou presque ont connu les foyers éclatés, puis les petits couples fragiles qui éclatent constamment, là, autour , chez les parents et amis. Alors pas de lien, pas de rupture, donc pas de souffrance.
L'aspect le plus intéressant de la pièce se situe au niveau de la démarche non verbale, du ton: les regards qui ne se croisent qu'avec hésitation, l'avance d’un dans la bulle (physique, psychologique, relationnelle) de l'autre immédiatement équilibrée d'une forme de fuite ou de retrait de l'autre, puis ces négociations relativement à une collocation éventuelle, un lien fragile et négocié, mainte fois relativisé et dilué, peur de la perte oblige. Tout découle de cette blessure. Il y a un côté tragique, et très présent dans tout cela, la belle soupe matrimoniale du siècle présent dans laquelle aura à se débattre la génération Y, on sent la préoccupation et le besoin de représenter, de nommer. Guillaume Tellier s'y démarque au niveau de l'interprétation.
De Sébastien Filiatrault
Mise en scène : Christian Leblanc
Avec : Gitane Larouche, Guillaume Tellier
In situ
Deux copines dans un salon de quille. La plus grande, avec ses couettes, une zen freak qui n'en finit plus par lancer sa (maudite) boule à force de s'extasier sur l'extraordinaire de l'instant, la joie de ce moment ensemble et sur la nécessité d'en savourer chaque parcelle. Son amie, la petite, niaise et clownesque, a beau tenter d'amener l'amorce d'un lancer, rien à faire, chaque fois interrompue par les simagrées existentielles sauce carpe diem. Puis noir. Boum. Nos Laurel et Hardy féminines sont victimes d'une mystérieuse explosion les projetant dans le royaume du néant...
Très amusante, intéressante comédie de cancres prenant, par surprise, une dimension fantastique avec cette dérive impromptue au royaume des morts. L'utilisation de ce noir, avec quelques éclats lumineux épars rend bien ce climat mystico-potache.
De Élisabeth Locas, Brigitte Hébert
Avec : Élisabeth Locas, Brigitte Hébert
BLOC 4
En attendant Gaudreault
Alors là, un des clous de la soirée, trois destins parallèles, chœur alterné pour junkie, vieille fille inhibée vivante recluse dans son appartement et jeune homme vengeur dont le frère est décédé d'une surdose. Le lien? Gaudreault, l'écœurant de pusher à trouver...
Fiévreux, tout d'un trait, rythmé comme un poème de Ginsberg genre Moloch, avec un petit twist « spoken word », un beat urbain, un « here and now » existentialiste fébrile, là, présent, palpitant, buzzant: un rendu transique, en osmose possédée par le fiévreux récit de cette soirée, avec déconstruction en jump cut de ces trois trajectoires tordues qui se croisent aux détours des bas fonds. Mais t'es où, Gaudreault!
Fascinant, incarné, là, ici, maintenant, superbe interprétation pour ce superbe texte.
De Sébastien David, Frédéric Côté, Marie-Hélène Gosselin
Mise en scène : Sébastien David
Avec : Sébastien David, Frédéric Côté, Marie-Hélène Gosselin
Composition musicale:Thierry Gauthier
Scénographie : Anne-Marie Bérubé
Morceaux 1-100 de la femme kamikaze (croquis théâtral)
Que fallait-il comprendre de cette mosaïque de l'air du temps? Deux femmes s'étant rencontrées en voyage discutant d'un être semblant convoité, un homme halluciné de poésie, la déclinant, là dans les gradins; puis ce père, lisant le message laissé par sa descendance? Et puis cette fin bizarre où j’avais presque l'impression qu'un comédien avait raté une entrée attendue.
De Anne-Marie Grondin
Mise en scène : Anne-Marie Grondin
Avec : Robert Loisel, Élisabeth Locas, Anne-Marie Grondin
Demain, peut-être
Performatif, complètement iconoclaste, par bribes expressionnistes, un patchwork existentiel kaléidoscopique, défendu avec une très belle verve, tout en retenue et subtilité, en ironie spleenétique, par dérives parallèles, parcelle de vie agrégée douce et blessée. On laisse deviner plus qu'on ne dit, par la force de l'émotion induite, par ce qui émane du tableau. On parle du rêve d'écriture, on susurre d'onirisme dans un ampli, on accompagne un mourant, on se libère, on se promet, par petits pas. Le grand récit de l'errance de l'ordinaire, des lumières de la vie sur le quotidien, des petites victoires sur la vacuité du destin dans la simplicité tout n_ue et vulnérable, comme le fil de la vie.
Particulièrement bien habité, incarné, d'une belle tendresse, fine, délicate, touchante. Que dire de plus!
Une création de Jean-Pascal Fournier, Maia Loinaz
Une présentation de K-O/Chaos
Avec : Jean-Pascal Fournier, Maia Loïnaz
Lily
À partir d'un texte exclusivement anglais, une nunuche, meneuse de claques vient « cheerer » avec nous. Cabrioles, simagrées, « steppettes », bref toute la dynamique de l'habituelle danse de Saint-Guy athlétique du genre, avec en plus une dimension de fausse ingénue légèrement agace, promettant un dîner en tête à tête à qui attrapera son bandana. Voilà pour la dimension psychologique du personnage.
J'en suis encore à me demander ce que cela venait faire dans un marathon de création théâtral, francophone de surcroît. Le propos ou le texte en jupette, sur le papier rose bonbon de la vacuité poudrée et pomponnée.
Chorégraphie de meneuse de claques par Marianne Desjardins
Avec : Meneuse de claques Teoma Naccarato
Aide-entraîneur : Marie-Lyse Laberge Forest
Signaleur de son : Guillaume Landry
BLOC 5
Pour deux personnes
Le babillage érotico-mocheton ultra prévisible de couples, dans un restaurant, avec les habituelles négociations, donnant-donnant, en vue de la réalisation de prévisibles fantasmes à cinq cennes. Oui, ces petits couples plates et insignifiants, en panne et cherchant la charrette à trois où quatre roues. Cousu de fil blanc, une interprétation inégale, rebondissements prévisibles, et anecdotique à souhait. Semble découler d'un schéma télévisuel proche du téléroman.
De Brigitte Hébert-Carle
Mise en scène : Benoît Finley
Avec : Patrick Renaud, Martin Vachon, Maude Payette, Brigitte Hébert-Carle
Photo-Marathon
Motivé par l'appât d'un rendez-vous galant comportant un défi saugrenu, un jeune homme se ramasse en petite tenue à l'intérieur d'un photomaton de métro. Après s'être départi de son pantalon il réalise s'être fait poser un lapin. Une jeune femme passant par là accepte, bien entendu, de lui passer son froc. Mais une mystérieuse vieille femme, mainte fois brusquée et éconduite par nos chenapans, s'avère être un genre d'ange de la mort. Enfin, c'est à peu près ça. Hou!
Complètement échevelé, confus comme écriture, peu plausible, même dans le cadre d'une comédie se voulant délirante, avec une fin en forme de cafouillage et une mise en scène globalement très approximative. L'ensemble m'a semblé plutôt simpliste, maladroit.
Avec : Marie-France Fournier, Marianne Paquette, Marc-Antoine Larche, Joseph Martin
Dodue et Dindon, le Duo dynamique II
Vous désirez devenir comédien, mais ne souhaitez pas passer quelques années dans une école de théâtre? Qu'à cela ne tienne. Dodue et Dindon, nos sympathiques professeurs de théâtre possèdent la méthode miracle pour vous former en quelques leçons. Le port altier, la démarche incarnée, l'air précieux, la voix projetée, tonnante, théâtrale et grandiloquente : c'est avec le plus grand sérieux exalté et avec cérémonial obséquieux que nos amis et leurs comparses se proposent de nous aider.
Sur le ton de la parodie du culte de l'instantané, du vedettariat pop-corn, avec une verve pince-sans-rire remplie d'ironie, là, en collants, pour libérer le corps, le coooorrrrp de l'acteeeuuuur, les principes s'étalent. Un invité slave, le grand comédien Krissovski le regard halluciné avec force de grands gestes affectés, est là pour participer de la démonstration.
Une série de tableaux tout à fait délirants, délicieuse satire du théâtre dans toutes ses prétentions techniques et artistiques. Par exemple, après avoir expliqué le principe d'équilibre du plateau, chaque fois qu'un personnage tient la place centrale pour entretenir le public, les compagnons se répartissent symétriquement, équilibre de l’occupation de l'espace oblige, mais avec de ces poses d'un recherché tellement affecté et grotesque!
Des comédiens posant en spectateursdans les gradins s'opposent, mettent en doute la technique, et deviennent immédiatement les cobayes de l'expérience.
Une belle farce totalement délirante, impeccablement interprétée, aux multiples blagues d'initiés (mais accessibles, appréhendables), une belle finale dans la franche rigolade pour le rallye.
De Stéphanie Lachance, Pierre-Olivier Champagne
Avec : Stéphanie Lachance, Pierre-Olivier Champagne, Pierre-Antoine Lasnier, Sharon Ibgui, Éric D'Alo, Gilles Poulin-Denis
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Le Midi-Minuit - Une production
la S.H.O.P.
Organisateurs: Luc Bouffard, Phylippe Cyr et Stéphanie Julien