Par Yves Rousseau
L’intrigue? Captif des idéaux et du narcissisme maternel de sa génitrice, un jeune homme, plutôt que de devenir pianiste, rêve à la carrière de pilote de formule un. Pourtant musicien accompli, ses récitals sont ponctués de dérives oniriques peuplées de bolides, et c’est avec un ennui (du plus grand comique) qu’il pianote. Ah! la quête de liberté et d’accomplissement, puis échapper à sa marâtre et devenir pilote de course comme papa…
Les personnages? Une maman pocharde, acariâtre, contrôlante et envahissante, un beau père mollasson, la copine sensible et raffinée du garçon, le spectre de son père décédé en plus de quelques caractères secondaires, tous personnifiés par de délicieusement affreuses « marionnettes », des bas et des godasses à peine pourvus de quelques attributs : la mère, par exemple, une vieille chaussette de laine à l’extrémité pendouillant comme affreuse truffe, deux chaînettes comme boucle d’oreille, et quelques poils de vadrouille comme chevelure.
Et alors, la mise en scène? Électrisante, où chaque situation s’enchaîne et est récupéré par la suivante, une valse sans fin, étourdissante de péripéties rocambolesques. Très physique comme jeu, dans un délirant univers riche en références, superbe texte complètement éclaté et une trame sonore particulièrement travaillée. Le « drame » œdipien repose sur une décapante parodie de Hamlet (Shakespeare), avec le personnage spectral du père déclamant quelques vers, parfois généreusement trafiqués et détournés pour les besoins de la cause (le « personnage » « décroche ») avec la plus joyeuse mauvaise foi : ce dernier motive, encourage et guide son fils dans la réalisation de ce désir d’occire la mégère. Il ya de larges portions en pantomime, comme le récital de piano ou la direction de l’orchestre (on utilise ici surtout Beethoven) : on pense à la verve satirique de Chaplin (Limelight, entre autres) et à la folie de certains caractères de dessins animés de Ben Hardaway, comme Bugs Bunny. Outre ce burlesque, le côté irrévérencieux et légèrement grivois de la farce sauce commedia dell'arte, dans le ton général et dans le geste. En prime, du théâtre d’ombre en « puppets-o-vision » pour certaines scènes olé olé.
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Production originale 2008 :
Théâtre du Goudron
Texte et interprétation : David-Alexandre Després
Mise en scène de Robert Drouin
Conception sonore par Alexis Rioux
Décors et accessoires par Robert Drouin et David-Alexandre Després
Du 25 mai au 10 juin 2008, Théâtre La Licorne


