dimanche 24 février 2008

Un jour ou l’autre - Transthéâtre

Par Yves Rousseau

Dès notre entrée, les personnages habitent déjà cet univers divisé en deux zones, comme un ying et un yang climatique. Du tiers plateau côté jardin, depuis le sommet mural arrière jusqu’à l’avant-scène se jette une large cascade de grande tuile, comme une surréelle viae romana du temps et des réminiscences. Sur cette surface, une boîte aux lettres, une table et le personnage (Monique Mercure) d’une vieille dame. Zone sereine, douce tristesse amusée, lumineuse. Puis un écran sur la portion murale restante avec en arrière-scène côté cour un énorme tas de chaises en bois. Sol sombre. Ostensiblement appuyée, redingote et pantalon, fumant avec force de grands gestes blasés, Betty Bonifassi incarne la travestie Amantine Aurore Lucile Dupin, alias George Sand. Puis Érica Boucher en robe 19e, Enjolras ou la vierge rouge, institutrice et militante socialiste et féministe avant l’heure. Finalement Brigite Poupart, en pantalon et corsage de cuir guerrier, en Jeanne D’Arc. Zone de clairs-obscurs, ocre, rouge, torturé.

Parfois lettre en main, Mme Mercure incarne le personnage ancre, une grand-maman tenant correspondance avec sa filiation. Autour de son témoignage s’articulent de nombreuses dérives; historiques avec et la prestation des personnages et certaines projections ou sonorisation (kidnappée, Ingrid Bétancourt échange avec sa maman); fantastiques lorsque défiant l’espace et le temps les personnages échangent entre eux, comparant et discutant leurs destins et contributions respectifs. Le procédé permet d’aborder toutes les contradictions du devenir des destins féminins : le tiraillement entre désir de maternité, d’amour en opposition avec un certain refoulement, travestissement de féminité, comme prix à payer pour l’atteinte d’une certaine réalisation de soi : voyages, réussite pour la descendance de la grand-mère, grand accomplissement historique pour les personnages. Une épistolaire mosaïques, une quête de racine, de modèle identificatoire valorisant, d’héritages perdus, puis retrouvés, réparation historique et mise en valeur de la contribution marginalisée et en partie humaniste de ces géantes.

Ying et yang également au niveau du jeu; d’un côté lumineuse mme Mercure, avec la sagesse résolue de celle qui sait, qui a vécu, qui a aimée et procrée, parfois coquine (les rares moments légers) comme lorsque parodiant les impensables recommandations de religieuses lues par le personnage de Enjolras (une femme peut devenir sainte où martyr, mais pas héroïne), qui du payer d’une déportation (elle eut préféré la mort) son audace; de l’autre les pasionarias, s'adressant au public souvent en aparté, stoïques, dramatiques, presque martiales, déclamatoires, torturées, avec quelques tableaux parfois assez saisissants, comme lorsque la pucelle, bravant le temps et le destin, juchée sur une chaise, se voit revêtue de sa cuirasse de cuir et s’abandonne au destin pressenti et conclu par l’éventuel bûché. L’ensemble étant appuyé des saisissants extraits du chef-d’œuvre de Dreyer et d’une portion chorégraphiée, style Dave St-Pierre prenant ici la forme d’un saisissant freak-out existentiel. De très beaux moments d’expression et des caractères habités, visuellement du moins, avec conviction, et une belle occupation de l'espace.

La portion la plus difficile de la pièce se situe peut-être, en dehors des extraits de correspondance, au niveau du texte original qui m’a semblé quelque peu inégal. Malgré l’aplomb des performances et les agréables chants en spleen (comme "Le temps des cerises", chant révolutionnaire des communards), les longues tirades historiques en poses statiques évoquent parfois les didactiques tableaux vivants thématiques, comme on en voit parfois dans les musés et les lieux historiques: trop affecté d'enseignement, de propos éditorial au premier niveau pour permettre une envolée théâtrale métaphorique. Il me semble y avoir une certaine lourdeur, dans cette enfilade laconique d’événements connus, un peu comme, lorsqu’une jeune personne ayant récemment découvert de nouveaux faits, de nouvelles connaissances, les expose comme une révélation à un auditoire plus âgé déjà, en gros, au courant. Si certains traits touchent pile (Jeanne d’Arc brulée à cause de ses voix, mais béatifiée pour la même raison, ou le puant pouvoir de récupération d’une institution), d’autres paraissent, à mon humble avis, lourds et galvaudés et parfois trop insistants. Lors certaines longues énumérations, la très nette impression d’un texte inscrit sur une portion corporelle (ou autre) et lu n’arrange rien.

À partir d’une adroite mise en scène et d’un sujet pertinent, de jeu inspiré et d’une facture visuelle recherchée, « Un jour où l’autre » nous rappelle le rôle essentiel et l’impact terrible du texte, tant au niveau du fond que de la forme, au théâtre…

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Texte de Brigitte Poupart
Mise en scène Michel Monty et Brigitte Poupart

Assistance à la mise en scène par Marie-Hélène Dufort
Maquillages et coiffures par Angelo Barsetti
Scénographie par Jasmine Catudal
Environnement sonore de Alexander MacSween
Costumes de Claire Geoffrion
Éclairages de Caroline Ross
Environnement vidéo par Denis Dulude

Comédiennes
Betty Bonifassi, Enrika Boucher, Monique Mercure et Brigitte Poupart

Du 19 février au 8 mars 2008 au théâtre Espace Go

mardi 12 février 2008

Une maison propre - Théâtre de l'Opsis

Par Yves Rousseau

Le spectacle a été repris en novembre 2009 : pour lire la critique mise à jour et voir les photos, cliquez ici.




Jouissive, délirante comédie complètement déjantée, et profondément touchante, humaine. Voilà en quelques mots comment on peut décrire l'univers de Sarah Ruhl, auteur de cette pièce. Dans une scénographie composée de quelques meubles blancs suggérant un intérieur cossu, avec ça et là des paniers de lessives et des accessoires d'entretien ménager.

Et ça parle de quoi? De la famille, ses dérives et éclatements, bien sûr, de l'humanité, de la vie, mais avec une façon tout en finesse d'explorer avec beaucoup d'auto-ironie certaines caractéristiques féminines. Par exemple, prenez telles amie ou connaissance ne pouvant s'empêcher d'accourir dès qu'un ou l'autre la demande en aide : elle sait parfaitement qu'elle se donne trop, que certains exagèrent, mais ne peux s'empêcher. Elle s'en veut. Mais culpabilité, besoins de reconnaissance, d'amour se heurte en permanence au désir de liberté et d'autonomie. Tous les paradoxes de la vie de femmes modernes qui doivent porter tous les chapeaux. Comme pour les personnages de la pièce.

Comme cette femme médecin, incarnée avec brio par Monique Spaziani, qui semble toujours tiraillée entre le désir d'être généreuse, humaine, et de l'autre de faire valoir son statut, sa place, mais sans y parvenir, s'esquivant plutôt toujours sur le bout des pieds, mais bien sûr, coupable, coupaaaaable ! De n'être pas assez, trop, coupable de ne pas atteindre les lubies de son trip de perfection. Une belle maison parfaite, propre, un mari chirurgien faisant l'envie de toutes! Une carrière et une vie de femme moderne, une super-women. Et n'osant pas réellement ordonner à sa bonne Brésilienne, qui déteste faire le ménage, de justement le faire. Cette coquine polichinelle, de qui par la bouche les vérités sortent, véritable cigale viveuse et colorée, insouciante et joyeuse, supposément en dépression nerveuse (hum), héritière d'une longue tradition d'humoriste, et à la recherche de la meilleure blague du monde, une fantastique interprétation de Émilie Bibeau.

Puis la soeur (hallucinante Hélène Mercier) de la doctoresse, une femme entretenue n'ayant que l'ennui et surtout le ménage, son obsession, comme passe-temps, ça en plus de fourrer son nez partout (comme les paniers de sous-vêtements, sous prétexte de les plier) mais on ne peut lui en vouloir, elle est tellement gentille et dégoulinant de bonnes intentions: elle fera un pacte secret avec la bonne afin de subrepticement venir faire le ménage, libération et soulagement, oui, toujours la culpaaabiliiiité !
Il faut voir cet acting out dantesque, ou le personnage d'Hélène Mercier, dépassé par ses obsessions, craque et décide de foutre le bordel...

Bonne et soeur s'en doutaient déjà, sous-vêtements affriolants trouvés à l'appui, l'époux se pointe avec une femme mûre et tente d'expliquer à sa femme, que sous un obscur principe judaïque, même si iln'est pas juif, lorsqu'un être rencontre son âme soeur, on se doit d'accepter ce choix. Courte révolte, oui encore coupable et étouffée, puis voilà la maîtresse, rencontrée par l'époux (truculent Denis Roy) alors qu'il lui retirait un sein cancéreux, en rechute. Bientôt la mort. Pendant que l'époux part en quête d'un arbre médicinal-miracle ne se trouvant qu'en Alsaka (ce qui donne lieu à de savoureuses scènes guignolesques), la voilà seule.

Re-culpabilisation, due aux bons offices de la bonne et surtout de la soeur, qui ne jure que par le mari comme idéal masculin, et voilà notre doctoresse en train de s'occuper de la maîtresse, devoir de médecin oblige et il faut dire qu'il a été bien mis en relief par la soeur, sinon, horreur et conséquence: être sans doute encore coupable, ignoble et méchante de ne pas vouloir s'occuper de cette pauvre femme(!). On atteint ici un sommet de dérision et d'effet comique par cumul paroxisitique de couches de culpabilités.


Ce qui fait la recherche particulière de cette comédie, outre une brillante mise en scène permettant dérives et expositions des caractères, c'est là profonde sensibilité avec laquelle l'intériorité des personnages est investie, juxtaposée à l'humour et tout en évitant le manichéisme : la maitresse, par exemple, n'est pas la méchante, mais une femme profondément humaine, zen, lumineuse, brillante, existentialiste (hihihi, on ne peut donc que se sentir coupable de l'haïr...), qui décide d'affronter la mort chez elle et disant à propos de son refus de traitement "je ne veux pas être en relation avec la maladie, je veux être en relation avec la mort". L'intensité du moment, de la vie jusqu'à la fin. Mais quelle splendide façon d'habiter ce personnage par Patricia Nolin!

Le portrait de ces femmes, réunies au-delà de leurs différends dans la mort, fragiles esquifs de vie dans les ressacs de l'existence, est unique et tragique. La quête de sens des chacun des protagonistes se heurte à leur propre absurdité, à leur propre fuite de la solitude, et fatalement à l'absurdité de la vie elle-même.


Il arrive parfois au théâtre certains moments uniques de magie, d'émotion, ou nous sommes littéralement emportés, transportés. Les mots ne suffisent pas pour décrire. Le tout forme un ensemble plus grand que les parties. C'est précisément la cas ici. Après avoir passé par toute la gamme des émotions, on sort littéralement subjugué, habité par la pièce, grandi.

Il reste à souhaiter que l'oeuvre puisse être reprise et dépasser le cadre des quelques représentations prévu afin que tous aient une chance d'y assister.

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Une production du Théâtre de l'Opsis

Mise en scène par Martin Faucher
Texte de Sarah Ruhl
Traduction : Fanny Britt
Éclairages : Jocelyn Proulx
Régie : Marie-Andrée Lemire

avec Émilie Bibeau, Hélène Mercier, Patricia Nolin, Denis Roy et Monique Spaziani


6 au 23 Février 2008, théâtre Espace Libre

lundi 11 février 2008

Théâtre Tout Court II - Absolu Théâtre

Par Yves Rousseau

Suite au succès de la première mouture du Théâtre tout court, qui avait fait les belles heures du Cabaret La Risée l'an passé, Absolu Théâtre remet ça. Même endroit, même formule, soit de courtes pièces traduites de l'américain. Formule avec peu de scénographie, éclairages maison bidouillés par un comédien, bref acteur et jeu en avant-plan.


Du Pulitzer américain Donald Margulies, extrait du recueil "Pitching to the star and other short plays", "Space", superbe texte dans une adroite traduction en joual par Serge Mandeville rebaptisée " Espace ". Deux "adulescents", fin vingtaine, un sofa, un sac de croustilles. Le récit halluciné d'un moment de vie privilégié, où isolé, coupé de l'étourdissement moderne, en compagnie de sa copine sous les étoiles et dans le silence d'un désert, le jeune homme touche à un de ces moments quasi absolus et intenses de sentiment d'être, de plénitude, de puissance du moment, d'unité avec la nature, sa douce et l'univers, bref un de ces épisodes charnière qui à l'échelle d'une vie se comptent sur les doigts d'une main. On vit ça parfois en montagne, en expédition. Le récit halluciné de l'odyssée existentialiste, à partir d'une très belle présence et expression de monsieur Mandeville, acquiert un côté iconoclaste, truculent, exalté quand opposé à cette attention placide et bonasse de l'interlocuteur déphasé, interloqué et grignotant ses croustilles, chaussé de ces immenses ridicules pantoufles pattes d'ours, un effet comique très réussi par David-Alexandre Després.

De l'auteur Éric Lane” A bowl of soup". Ici la construction dramatique, le buid-up prend source au niveau d'un long soliloque d'un frère ainé qui tente, maladresse et bol de soupe à l'appui, de consoler son jeune frère gai pour la perte de son copain. Prostré dans la douleur, complètement atterré (belle expression de MB), le cadet immobile, sans réaction fixe le vide pendant que l'ainé meuble son malaise de paroles : l'aspect maladroit de celui qui veut, mais ne sais pas comment aider, qui ne trouve pas les mots et fait donc déferler un ouragan de banalité. Jusqu'à ce que les quelques répliques finales du cadet fassent complètement basculer la situation. Intéressant, mais pourrait être légèrement mieux sentis, habité. Était-ce le niveau de joual trop poussé, la projection ou la diction, où par malchance un bruit inopiné, toujours est-il que la réplique finale, sur laquelle repose toute l'intrigue et le punch, m'a relativement échappé et n'est parvenu à mes oreilles qu'un bredouillage verbal inintelligible d'où émergeait ça et là des portions de mots. Prochaine fois, donc.

De l'auteur assez politique et à l'humour ironique Stephen Dietz, un jeu de la chaise musicale de la vérité pour couples, un peu surréel et amusant, d'un rendu correct, mais à l'humour parfois affecté.

Puis, le clou du spectacle avec l'hallucinant Éric Robidoux, dans une superbe traduction et mise en scène de David Laurin, “Le prof d'éduc” de Christopher Durang, complètement déjanté, d'une ironie cynique, pissant, juteux et finalement pas si loin de certaine réalité. On s'est bien habitué avec fatalisme résolu à s'attendre à divers type d'olibrius et phénomènes en tout genre comme enseignants dans notre magnifique système éducatif : tous de ceux ayant l'âge d'avoir fréquenté les polyvalentes et CEGEP possèdent quelques histoires cocasses à cet effet. Ici on pousse la caricature, l'absurde juste une petite coche plus loin. Démarche de Gino, lunette fumée, barbe et dégaine à la Jim Morisson, diction et sonorité de rocker, langage non verbal, occupation de l'espace qu'on s'attendrait à trouver chez un motard, voici le nouveau professeur d'éducation physique...

Après l'entracte, en conclusion, "On va prendre l'addition" de Jonathan Rand, une pièce de burlesque portant sur les péripéties modernes de jeunes célibataires, un gars et une fille à la recherche de l'âme sœur, voilà un prétexte au défilement, à cette table de restaurant, d'une suite de caricatures archétypales représentant sarcastiquement les divers types d'illuminés que la loi de Murphy précipite inévitablement sur le chemin de quiconque cherche l'âme sœur: le phobique carabiné, la contrôle freak, le gino dégoulinant, une mime ainsi qu'un nuvi_te vêtu d'un unique bas judicieusement enfilé. Voir, entre autres, Renaud Lacelle-Bourdon vêtu d'un veston en prélart, d'une perruque style permanente Camaro et d'une moustache Da Tony et mourir. Les jeunes comédiens, tous étaient impliqués dans cette farce, s'en sont donnés à coeur joie, avec une mécanique implacable des comédies burlesques et de boulevard en bonne voie d'être au point, avec ce vent de folie et de frénésie électrisant venant palier aux très courtes périodes de répétition...

Une formule très intéressante à plusieurs égards: facile à loger dans l'horaire des artistes, des travailleurs autonomes jonglant avec diverses occupations; assez rapide à monter et pouvant se jouer avec un matériel simple; et finalement, pouvant favoriser le travail de jeunes auteurs.

Et pour favoriser la relève, pourquoi pas des premières parties courtes avant le programme principal dans les théâtres?

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Théâtre Tout Court, une production Absolu Théâtre

Espace de Donald Margulies
Traduction de Serge Mandeville
Mise en scène par Olivier Morin
avec Serge Mandeville et David-Alexandre Després

Un bol de soupe de Eric Lane
Traduction et mise en scène de Renaud Paradis
avec Emmanuel Bédard et Marc Beaupré

De gauche à droite de Stephen Dietz
Traduction et mise en scène de Serge Mandeville
avec David Alexandre Després, Mathieu Quesnel, Marie-Ève Bertrand et Brigitte Lafleur

Le prof d'éduc de Christopher Durang
Traduction et mise en scène de David Laurin
avec Éric Robidoux.

On va prendre l'addition de Jonathan Rand
Traduction de David Laurin
Mise en scène de David Laurin et Serge Mandeville
avec François-Simon T. Poirier, Sylvie de Morais-Noguiera, Émilie Gilbert, Catherine-Amélie Côté, Brigitte Lafleur, Léa Simard, Mathieu Quesnel, Édith Arvisais, Alexandre Daneau, Éric Robidoux, Renaud Lacelle-Bourdon, Ian Murchison et Martin Prévost.

7-8-9 février 2008, Espace La Risée

Prochain rendez-vous:
15 au 24 mai : théâtre tout court III

jeudi 7 février 2008

Je vous souhaite de passer une agréable soirée - Théâtre Urbi et Orbi

Par Yves Rousseau

Une chaise, une table, quelques costumes accrochés sur un parterre, côté cour. Quelques rares accessoires, le minimum pour suggérer. Des éclairages intimistes, de la musique de circonstance, comme ces airs westerns. C'est tout. Seule sur scène, c'est avec beaucoup d'à propos, de sensibilité, de tendresse et d'humanité que madame Arbour nous entraîne successivement dans l'univers de cinq femmes d'âge mûr. Quatre auteurs, et cinq univers, cinq cris du coeur. Styles différents, mais (presque) tous surfant autour d'un univers n'étant pas sans rappeler les personnages féminins entiers, vrais et truculents, de Michel Tremblay.

Habitant avec générosité ses personnages, un pur moment de bonheur théâtral, madame Arbour contourne avec adresse certaines inégalités de fond ou de forme occasionnels au niveau des textes, néanmoins truffés de richesses.

Le texte de « Dolly » ne brise rien (France Arbour, Yvan Bienvenue), mais cette façon de rendre avec une incroyable saveur l'univers de cette chanteuse western d'origine modeste aux rêves bafoués, avec cette son incroyable quête d'amour et de reconnaissance, en sublime les limites.

Dans son propre texte intitulé « Maria Teresa », voici une percutante interprétation, le destin d'une modeste immigrante italienne. Outre la tolérance, on aborde le sujet de l'exploitation et de l'oubli des personnes âgées.

Avec Nicole, de Gilles Latulipe, des souvenirs partagés issus d'une boîte contenant la correspondance familiale, donnent prétexte à une série de gags burlesques en bonnes parties assez rigolos, mais parfois trop entendus, usés: à quelque révisions près, c'eût été le délire. Le comique de monsieur Latulipe, toujours bon enfant, jamais vulgaire, outrancier ou fait aux dépend d'autrui, un exemple à une époque ou l'humour souvent racoleur stupide et abrutissant tend à emprunter aux plus bas dénominateurs communs. Comme quoi on a le droit, au théâtre, de rigoler, sans nécessairement devoir apposer, comme caution et justification typiquement judéo-chrétienne, des dimensions psychologisantes, de l'autoflagellation existentielle expiatoire et tutti quanti. Se trouve-t-il encore des critiques curés pour reprocher au burlesque de ne pas assez creuser la dimension psychologique des personnages ? Qu'aurait été du Feydeau perclus de névroses et angoisses d'auteur et autres bibittes insufflées aux personnages et restituées gratuitement, et vlan en pleine gueule, aux spectateurs?

Dans Yvette, de Jean-Marc Dalpé, une dame bourgeoise, cellulaire, business, échangerait bien tout, oui tout, afin de retrouver cet enfant issu d'un amour d'adolescence : années cinquante, carcan social, honte, cancans du village, accouchement secret chez les religieuse et enfant donné en adoption. Destin trahi, amour dérobé. Alors la carrière, le travail. Et ce rêve de le retrouver, lui, son fils. On donne ici vie avec force aux douleurs et espoirs, à cette existence blessée, et ce malgré ces alourdissantes annonces par l'interprète des séquences scéniques (texte) , et ces alternances entre la narration et réplique aux personnages imaginaires (mise en scène) qui brisent le rythme, le momentum de la suggestion.

Finalement, Cocaline de Yvan Bienvenue, où au travers du destin d'un gigolo toxicomane et d'une vieille dame en maison de retraite, délicieusement grivois et totalement tordant et délirant, on aborde la sexua_lité des personnes âgées, pourtant, sans mauvais jeu de mots, avec beaucoup de doigté. Un must.

Un intense moment de chaleur humaine et de complicité avec madame Arbour, du théâtre qui fait du bien.

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Une production Urbi et Orbi

Texte : France Arbour, Yvan Bienvenue, Jean Marc Dalpé, Gilles Latulippe
Direction d'actrice : Stéphane Jacques
Avec : France Arbour
Musique originale : Anthony Rosankovic
Costumes : Claudette Bilodeau
Éclairages : Évelyne Nadeau

Du 27 janvier au 19 février 2008 au théâtre La Licorne

lundi 4 février 2008

D'Artagnan et les trois Mousquetaires - Théâtre Advienne que pourra

Par Yves Rousseau

Vous êtes fatigués de votre journée au boulot, vous n'avez pas le goût de voir un drame existentiel tortueux, de vous prendre la tête, mais vous iriez bien au théâtre, histoire de passer une belle soirée et de vous changer les idées ?

Eh bien voilà! D'Artagnan et les trois mousquetaires c'est pour vous, et c'est pour tous, vous pouvez amener famille et amis sans crainte. L'histoire n'a évidemment pas changé : dans une suite rocambolesque, le jeune et téméraire D'Artagnan, fraichement arrivé de la campagne les yeux remplis de rêves et d'espoir, provoque en duel chacun des trois Mousquetaires, pour finir par se lier d'amitié et se liguer à eux dans une lutte sans merci contre les manigances du perfide et ignoble Cardinal de Richelieu, et tout cela, pour, bien sûr, la Reine!

De magnifiques chants, des combattants fiers, romantiques et fantasques et des combats sans merci, des méchants bêtes et risibles ou encore cruels et machiavéliques, des belles intrigantes, des nigauds marrants, tout ça dans une romanesque suite d'aventures, de combats et de quête du bien et de l'honneur!

Dans une atmosphère de farce volontairement cabotine ou on emprunte à certaines techniques du burlesque, comme la désignation d'une tête de Turc parmi le public (une dame aux cheveux rouges ce soir-là) et ou on prend toute liberté avec le quatrième mur, interpellant et haranguant par moments le foule, les comédiens littéralement déchaînés s'en donnent à coeur joie, en remettent et se relancent mutuellement, habitant parfois dans les limites de l'absurde les personnages archétypaux et parfois potaches, avec pour résultats un climat de franches rigolades, lumineux, électrisant et délirant. Certainement une très belle performance.

Plusieurs moments sont presque surréels, comme lorsque Planchet, le domestique coquin et récalcitrant de d'Artagnan, s'étant fait surprendre à dissimuler un pain à son maître affamé et fauché, s'empresse de remettre la miche à ce dernier en l'enfilant sur la lame de l'épée tendue et menaçante. Pris de cour, dans un monumental lazzi, le personnage se débarrasse de l'objet dans un grand geste rageur en faisant ainsi planer l'objet jusqu'aux pieds de la pauvre dame, oui la même que tout à l'heure. « Mangez, madame, mangez, c'est pour vous »...

L'ensemble est néanmoins très bien construit, cohérent, très accessible, et d'une facture très soignée et certains excès qui seraient impardonnables en d'autres circonstances, sont ici très à propos et s'inscrivent avec naturel dans l'ensemble, dans la continuité de la proposition : la verve d'un Molière (et la même fenêtre temporelle), le verbe de Dumas et les rebondissements dignes d'un bon film de cape et d'épée, mais en évitant le piège des singeries hollywoodiennes théâtralisées. Car l'ensemble n'est pas sans évoquer la commedia dell’arte, évidemment, et les farces médiévales : le scénographie, à cet égard laisse rêveur avec ce praticable en bois rustique avec cet arrière-plan évoquant un bourg d'époque, et les mansions ou les tréteaux forains. Bien sûr qu'il y a moult trappes par lesquelles il est possible de s'esquiver et de réapparaitre de façon impromptue, farce exige! De judicieuses surfaces semi-transparentes permettent de plus le théâtre d'ombres lors de certaines scènes de cavalcades et pérégrinations.

Il ne faudrait pas passer sous silences les superbes costumes de Sarah Balleux, riches, colorés et variés, et les masques très expressifs de Louise Lapointe, un plaisir pour les yeux.

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Une production du Théâtre Advienne que pourra

Texte d’Alexandre Dumas, père
Adaptation et mise en scène de Frédéric Bélanger

Scénographie, marionnettes par Julie Measroch
Costumes par Sarah Balleux
Masques par Louise Lapointe
Conception sonore par Audrey Thériault

Avec Guillaume Baillargeon, François Bernier, Maude Campeau, Guillaume Champoux,Valérie Descheneaux, Maryse Drainville, Bruno Piccolo, Audrey Thériault, Claude Tremblay

du 29 janvier au 22 février, Salle Fred-Barry