samedi 22 novembre 2008

Warning — MANDALA SITÙ / Dave St-Pierre

Par Yves Rousseau


Avec Warning, Dave St-Pierre se propose d'explorer de façon provocante, ludique et éclatée les aléas de la condition féminine.


Entrée en salle. Sur les trois murs sombres en périphérie du plateau se trouvent répartis les stations de la vie féminine (enfin, une vision de cela), soit quelques lettrages et accessoires à même les parois : enfants, avec quelques symboliques poupées poupons; mariage et fusil (l’arme y est bien visible); époux ou mari, représenté par un énorme lapin de peluche; puis la station transport, avec le fameux lapino-mobile, nous y reviendrons.

L’antihéroïne potache somnole, étendue en avant-scène, côté jardin, vêtue d’un simple bas-culotte et d’une coiffe de Bunny. Le sol libre est entièrement couvert de balles de tennis vertes, on ne peut y marcher qu’en traînant les pieds de façon à les écarter. Centre scène, au sol un cadre de bois recouvert d’un polythène : chrysalide d’une captive qui y git, fenêtre aquatique utérine sur vague d’ondulation corporelle coïtale. Dantesques, suave, animales, des louves humaines en tenue originelle rôdent en équilibre sur le cadre, par cercles antihoraires lents et prédateurs, de regards lascifs, vampiriques, en baisers _saphiques. Sourde musique en point d’orgue, modal mantra industriel.

Circé nous prévint-elle de ces corporels chants des sirènes, Ulysse lapine sur les glabres îles en Mont-de_vénus, exhibées en pulsionnelles vérités de l’origine du monde, Odyssée océane en milliers de sphères vie? L’Élégie de Gustave Courbet noyée de quelques décennies d’errances, dans un sacré féminin mille fois vendu, outragé, spolié, écrasé, pornographié…

Contre effet, jamais autant qu’ici. Beau sur laid. Blanc sur noir. Porteuse de vie, donneuse d’âmes livrées en étal de boucher. De la viande. Sans compromis, « in your face ». Oh, que oui! À St-Pierre, on n’échappe pas: portes d’un Éden de conscience passant par une expiation burlesque, d’une beauté obscène, par exhibé _gynécologique d’une poétique éjarrée de pathétiques exactions médiatiques sublimées, les grandes _lèvres ouvertes de la vie dans le _smegma de l’imaginaire métaphorique schizoïdo-nudo-impressionniste trashy-iconoclaste, paroxystique de dénonciation par volontaire et absolue surcharge, voyage dans l'Enfer de Dante de la mercantilisation du féminin décriée par pamphlet d’exergue d'un vulgaire raffiné, le bon goût par le mauvais.

Quelques flashes: en pantomime et jeux clownesques, une cartoonesque lapine plane en lapino-mobile, swinguée sur planche à bout de cordes et roulées sur balles, en grands youppiiiii, valsant sur océan utérin, par stations existentielles. Nudo burlesque sur gravité, beau sur trash, vie sur mort, avec clavecin sixties yéyés; trois égéries, désirs asphyxiés et cagoulé, offertes en « prend – moi » imprécatoires, la « poupéegonflabilisation » commanditée d’âmes féminines dans le red-light du consumérisme; lumières de vie en néons brandit sur _érection corporelle fière et défiant l’Obscurité en triade vestale; walkyrie lapine chevauchante lapino en tonitruant rodéo orgasmique sur chant choral fifties; puis lapine pleine de germes de vies comme égéries sont pleines de balles-œufs, caviar de sirène symboliquement smashé sur lapine, elle expiant d’une trâlée de marmots, accouchement en direct tout en décibels libres, le cri; danses fessières, danses de pantomimes guerrières sur fond de jalousie et rivalité. Entre autres délires iconoclastes…

Crédit:Dave St-Pierre
Symboliques robes

L’ensemble, étonnamment, reste éminemment ludique! Paradoxal terrain de jeux, et interactif s'il vous plaît : trois hommes soit choisis dans la salle pour une courte assistance…

St-Pierre complètement déchaîné, avec des interprètes complètement investies, on aime ou on n’aime pas, mais impossible de ne pas être interpellé. Une version pré-première, quelques numéros à resserrer légèrement, et cette fin...

En pleine gueule.



NDLR: Notez que cette pièce est destinée à un public adulte.

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Une production de la compagnie MANDALA SITÙ Danse

Direction artistique: Mélanie Haché
Chorégraphie, mise en scène, musique originale, scénographie et costumes par Dave St-Pierre
Danseuses: Geneviève Bolla, Émilie Gratton-Beaulieu, Mélanie Haché et Marie-Gabrielle Ménard
Éclairages par Anne-Marie Rodrigue-Lecours
Bandes originales par Henry Mancini


Du 2 5au 29 novembre - mardi au samedi 20 h.

Billetterie: www.lachapelle.org ou (514) 843-7738
Théâtre La Chapelle, 3700 rue Saint-Dominique, Montréal

SUPPLÉMENTAIRES 7 - 8 ET 9 JANVIER À 20 H