24 novembre 2008

La Fausse Malade de Carlo Goldoni - Théâtre Advienne que pourra

Par Yves Rousseau


Pour son troisième rendez-vous, le Théâtre Advienne que pourra nous propose une œuvre festive et colorée issue d'un des maîtres de la comédie italienne, Carlo Goldoni, soulignant ainsi son 300e anniversaire de naissance.


Goldoni, vous connaissez? Sa vie traverse le dix-huitième siècle. Ses comédies conservent le potache ludique de la commedia dell'arte, mais en y intégrant un certain réalisme social et une intrigue : prémisse de la comédie italienne moderne. Goldoni jette un oeil amusé, voir moqueur sur la vie, les classes sociales et les prétentions humaines, avec des personnages féminins particulièrement volontaires pour l'époque, mais la verve verbeuse et presque parfois cynique ou légèrement misanthropique de Molière, à qui on le compare souvent, fait place ici à une ironie colorée et festive, d'une finesse simple, dépouillée de fioritures textuelles, optimiste, festive et philanthropique.

Oh que oui, festif et coloré, ici le propos en témoigne, quasi carnavalesque. Et pour cause! Nous sommes à Venise, et figurez-vous que le Signor Pantalone, un fortuné père certes aimant, mais radin et entêté, a décidé de donner la main de sa fille Rosaura au beau Lélio, et ce, subito presto. Mais voilà, Rosaura aime secrètement le jeune et bon docteur Onesti, et c'est son amie Béatrice qui convoite le fougueux Lélio. Desepérée, Rosaura simule la alors la maladie afin de gagner du temps, avec la complicité de son amie Colombina, gouvernante et femme volontaire. Tiraillé entre son avarice et son désir de marier sa fille, Pantalone, bonasse et naïf en dehors des choses de l'argent, devient la proie rêvée pour tous les prétendus médecins, charlatans, apothicaires et guérisseurs. Béatrice et Colombina, de mèche avec Rosaura, unissent leurs efforts afin de renverser le cours des choses. Plus le mal sera mystérieux, plus cela risquera de coûter cher en toubib, et plus enclin sera peut-être le gratteux papa à écouter Onesti, qui au milieu des fats et prétentieux praticiens est le seul coeur pur et honnête à ne pas être dupe. Et ensuite, ça intrigue, ça manœuvre: ce que femme veut...

Crédit: Kim Payant/lavergnephotographe.com
Le fat Buenatesta (B. Piccolo) dans une lutte de diagnostic contre le bon Onesti
(M. Soleymanlou)
avec la belle Rosaura (J.-A. Walker).


Une scénographie à deux niveaux. D'abord, en arrière-scène, un mur percé de deux grandes arches laisse entrevoir jarres, vases, fioles : c'est l'antre de l'apothicaire chinois. On peut y circuler devant, jusqu'aux escaliers latéraux donnant trois marches plus bas sur la principale aire semi-circulaire de jeu, où se trouve une seule chaise. Simple, mais efficace. Cette surface en contreplaqué disjoint pourrait être cependant plus soignée et jure d'apparence pour l'époque. Les tons, ocres-roux, sont étroitement en accord avec ceux des costumes, tout simplement magnifiques, un travail époustouflant de Sarah Balleux.

Crédit: Kim Payant/lavergnephotographe.com
Quelques costumes conçus par Sarah Balleux : Béatrice, Colombina et Rosaura.


Le propos, tout simplement charmant. Des vilains plus grotesques de prétentions que vraiment méchants, des personnages espiègles, coquins, mus par toute la force clownesque et presque candide de la comédia, avec des rebondissements aux quarts de tour. Rythmé, plein de reflets ensoleillés comme ces passages en italien, très vivants et comprenant de belles chansons, bref un véritable cocktail de vitamine et d'éclatante lumière pour nous faire oublier la grisaille de novembre.

Crédit: Kim Payant/lavergnephotographe.com
Amour, amour, l'éternelle flamme...


Le jeu est tout simplement impeccable. À l'intérieur de style et des règles de jeu du genre, les personnages sont tout simplement allumés, savoureux, et rappellerons à certains les premières et juvéniles passions devant les élans de marionnettes de Polichinelle, Guignol et compagnie, s'enquiquinant à coup de trompe, de houlala et de bastonnade. Comme des enfants devant un savoureux sucre d'orge théâtral, on se laisse porter par un bonheur simple et radieux. On oublie 2008, l'intellectualisation névrotique, les ruminations d'actualités, avec un propos qui n'a pourtant rien perdu de sa pertinence : on a seulement à regarder la croissance phénoménale des apothicaires, guérisseurs et médecine miracle en tout genre, là, plein les tablettes, plein les médias, pour se rendre compte que rien n'a changé : à cet effet, certains traits rajoutés au texte original font le pont, et sont particulièrement tordants.

Si on remarque immanquablement la savoureuse composition de l'incroyable Claude Tremblay en Pantalone, une prestation de haute voltige toute en cabrioles et en simagrées verbales qui dénote une grande maîtrise du jeu masqué et du verbe, aucune des autres interprétations n'est en reste, entre autres : Jenny-Anne Walker, tout simplement à croquer dans son rôle d'ingénue, véritable poupée de porcelaine vivante; Fanny Rainville et Maude Campeau sont parfaites, mais jamais autant que lorsque leurs personnages se déguisent en faux médecins, avec ces tronches terribles, impayables; que dire de Bruno Piccolo en ventripotent vaniteux fat et imbu Buenatesta, un médecin de pacotille très intéressé : qui veut votre bien, et qui va l'avoir!

Crédit: Kim Payant/lavergnephotographe.com
L'incroyable Claude Tremblay dans le rôle de Pantalone


Certainement un agréable moment de théâtre, on peut y aller seul, avec toute la famille, en groupe scolaire, bref, une œuvre accessible qui plaira à tous.


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Texte original La Finta Ammalata par Carlo Goldoni
Adaptation de Fréderic Bélanger & Claude Tremblay
Mise en scène de Frédéric Bélanger, assisté par Audrey Lamontagne
Comédiens : Guillaume Baillargeon, Maude Campeau, Bruno Piccolo, Fanny Rainville, Mani Soleymanlou, François-Simon T. Poirier, Claude Tremblay et Jennie-Anne Walker

Costumes par Sarah Balleux
Masques par Louise Lapointe
Scénographie par Julie Measroch
Musique par Audrey Thériault
Maquillages par Suzanne Trépanier


Du 18 novembre au 06 décembre 2008

Saison itinérante de la salle Fred-Barry
Lieu: Caserne Letourneux, 411, avenue Letourneux (angle Notre-Dame Est)
Métro Pie-IX, autobus 139 sud jusqu’à Notre-Dame.
Billetterie : (514) 253-8974