Le Théâtre Fracas propose une adaptation québécoise (François Tassé) de la pièce off-Broadway « Steel Magnolias » de Robert Harling. L’action qui se déroule originalement dans un salon de beauté d’une petite ville de Louisiane est ici transposée à Coaticook en Estrie. Un univers féminin, où on se croise partageant placotages, cancans, joies, colères et peines…
Sur la scène, une scénographie réaliste d’un prolétaire salon de beauté de province, flirtant avec le kitsch du prélart étoilé, des meubles en aggloméré/mélanine: intemporelle fin de vingtième siècle aux accents d’années 90. Les tons sont clairs, vivants. Côté jardin, la table à café, le séchoir à permanentes, puis côté cour, l’entrée et la fenêtre suggérée, quelques comptoirs de produits et le chariot à manucure. En avant-scène, centrale, les pupitres de coiffure et maquillage : judicieusement, le quatrième mur deviendra le miroir imaginaire dans lequel toutes se mirent, comme si le public les observait par une glace sans tain. Certainement un travail soigné et très plausible par la jeune Angèle Rassenti avec pourtant des budgets limités. Avant même l’entrée des actrices, on sait ou on est, à peu près quand, et avec à peu près qui…
Crédit: Caroline LabergeLe quatrième mur devient le miroir imaginaire
À gauche, Annelle (A. Vermette)
Les costumes, coiffures, crêpages et perruques participent, eux, étroitement et de façon savoureuse à la description des personnages typés, avec d'iconoclastes décalages esthétiques, l’atroce des années 90 dans tout son truculent grotesque se rappelle à nous: couche d’ironie supplémentaire, les caractères, dans leur réalité se trouvent parfois profondément satisfait de leur look. Le styliste Michel Robidas me confiait avoir fait de petits miracles avec de modestes subsides, multipliant échanges et trocs dans un frénétique ballet d’allées et venues dans les friperies. Sur scène, l’illusion est riche et parfaite.
Crédit: Caroline LabergeQuelques costumes...
Claire (M. Cantin), Thérèse, Louisette, Jacqueline et Claude (L.Thibeault)
L’espace de quelques saisons, d’un mariage, d’une naissance et de quelques épreuves, voilà a vie de quelques femmes dans cet espace d’abandon et de retrouvailles. Des personnalités diverses, contrastées et colorées, semblant ne pouvoir ni vivre ensemble, ni vivre sans chacune : une solidarité anguleuse, mais vraie. Piaillant, de confidences en prises de bec, en passant par les potins frénétiquement attendus et partagés, le salon devient un espace de défoulement, on y casse du sucre sur le dos d’un voisin détestable, de connaissances, et surtout sur, élus d'entre tous, les époux, qu’on sent paradoxalement profondément aimés: la présence de ces derniers, véritable lot de polichinelles dont on étale les tares, n'étant que suggérée. Le cœur aussi grand que leurs défauts, des harpies de tendresses et de solidarité. Puis un texte avec des répliques du tact au tac décapantes, on rit beaucoup.
Crédit: Caroline LabergeThérèse (S. Boucher), Jaqueline (G. Rioux): une oreille attentive au bon moment.
D'abord sur fond de jappements de chiens et de coup de fusils issus de chicanes de voisins (lire époux) , tout cela étant considéré comme la routine normale qu'on ne remarque même plus, les voilà, sororales: il y a Thérèse la patronne, flamboyante, au verbe sec et franc, grand cœur veillant sur toutes et soucieuse de maintenir harmonie en son lieu (Sylvie Boucher); Annelle sa protégée, une nouvelle petite coiffeuse, tronche timide et complexée ayant redécouvert dieu suite à un mariage désastreux dont elle s'échappa (Anik Vermette); Claire, la veuve désœuvrée d'un notable, qui vient chercher compagnie et réconfort (Marie Cantin); Louisette, irascible rombière, le Thomas, la pessimiste, l'enquiquineuse (France Pilotte); Jacqueline (Geneviève Rioux), la mère BCBG surprotectrice de sa fille Claude (Lily Thibeault), elle pimpant petit rayon de soleil voyant tout en rose et qui s'entête à avoir un enfant malgré une santé vacillante...
Décrire plus à l’avant ce rocambolesque ensemble de personnages n’ajouterait rien et dévoilerait même trop de choses. On peut simplement souligner la qualité de la distribution, de belles performances, des caractères certes très typés, mais bien habités et hauts en couleurs. Les comédiennes se sont déjà assez bien appropriées le rythme particulier de la langue, atteignant bien cette étincelle lié au tempo des répliques si particulier aux comédies, avec peut-être de légers creux occasionnels, les habituels petits ajustements du début.
Une mise en scène classique, sans flafla, précise et essentiellement axée sur le rythme et l’élaboration des personnages. Si on remarque la facture essentiellement télévisuelle, l’ensemble a l’avantage de constituer une œuvre au langage franc, avec des conventions claires et accessibles, très grand public et qui saura donc être apprécié par tous.
Certainement un moment agréable de théâtre, un divertissement doté d'un humour efficace et d'un propos touchant.
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Texte de Robert Harling
Adaptation et traduction par François Tassé
Mise en scène par Sébastien Corbeil, assisté de Véronique Charest
Comédiennes: Sylvie Boucher, Geneviève Rioux, Lily Thibeault, Marie Cantin, Anik Vermette, France Pilotte
Scénographie par Angèle Rassenti
Costumes par Michel Robidas, assisté de Lisette Leroux
Éclairages par David-Alexandre Chabot
Conception sonore de Lorraine Auger
Coiffures, maquillages et perruques par Pierre Lafontaine
Au Studio Hydro-Québec du Monument National
Du 12 au 22 novembre 2008
Notez que cette pièce est reprise à l'été 2009 à Châteauguay : 450.698.3357
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