jeudi 2 octobre 2008

Transhumain — Compagnie Doc.Théâtre

Par Yves Rousseau

Quest-ce que transhumanisme : mouvement prônant l'apport de diverses technologies corporellement intégrées ou assimilées comme amélioration, transformation de l'être humain : génétique, bionique, médicale et pharmaceutique. Le but ? Un homme nouveau, le post homo-sapiens. Une pièce inspirée de l'essai Le Nouvel Homme nouveau du journaliste Antoine Robitaille, qui mena une enquête sur ce mouvement et ses opposants.



Montée de la médication en milieu scolaire (entre autres), exemple, l'explosion des troubles de l'attention et la propagation des prescriptions de Ritalin; profilage et manipulation génétique comme nouvelle forme de dopage au niveau des athlètes; implant cochléaire, qui directement relié au système nerveux permet à une personne sourde de percevoir certains sons, et bientôt plein d'autres trucs du genre; maîtrise du phénomène du vieillissement; manipulation et correction génétique, choix du genre et des caractéristiques d'un enfant; chirurgie plastique, améliorations, certes pas curatif. Voilà, nous y sommes, ou on y arrive bientôt. Avec toutes les questions morales, éthiques, existentielles que cela implique : conscience sociétale (ex. les limites, principes d'intervention sur le vivant) et principe de réalité (ex. si on cesse de mourir, et les ressources ? et la surpopulation?). Puis certaines velléités que certains pourraient considérer sectaires et découlant peut-être d'un certain utopisme qui finalement, d'une façon tout à fait surréelle, ne l'est sans doute finalement pas totalement, utopique: l'homme qui « devient » ses machines, sa technologie, ça vous dit quelque chose?

Prémisses intéressantes, sûrement très actuelles et pertinentes, susceptibles d'inévitablement alimenter les débats prévus après chacune des représentations et animés par divers spécialistes du sujet.

Et sur scène, ça donne quoi, tout cela?

Sur le plateau, pénombre. Décor naturel du théâtre, tout en murs briquetés, plancher noir. Quelques cubes qui éclairés de l'intérieur laissent deviner formes de fragments humains : ici une main, là, un tronc, puis un bras. Une culture de membres et d'organes de rechange! En jeux d'ombres, en clair obscurs, l'illusion est intéressante. En plein éclairage, lorsque déplacés et utilisés pour suggérer les éléments de mobilier de diverses scènes, contre illusion : des modules de contreplaqué d'aspect assez grossier avec ces ces beiges morceaux de mannequins pendouillant. Bon, nous sommes en théâtre émergeant, détails : la suggestion, l'imaginaire peuvent compléter, jusque-là je veux bien.

Ensuite ? Pensez à ces pubs où de façon affectée la ligne éditoriale est coûte que coûte plaquée à une situation avec un faux naturel consommé. Pensez à ces tableaux vivants pédagogiques , musée, CLSC, vignettes corporatives, où la forme est au service du message intriqué avec plus ou moins de plausibilité dans la trame, disons « dramatique ». C'est en tout cas la forte impression qui me reste de cette suite de tableaux réalistes, où à partir de situations prétexte comme ces interviews menées par un vidéaste, on nous expose diverses situations et témoignages: de l'hyperactivité médicamentée, en passant par la reproduction assistée chez deux les_biennes sourdes désirant s'assurer avoir un enfant du même état, jusqu'aux discours délirants d'oligarques du transumanisme. L'ensemble m'a semblé totalement dépouillé d'une quelconque essence ou prise dramatique, comme si une prédominante ligne journalistique avait écarté toutes émotions, limitant le tout à une suite de tableaux essentiellement anecdotiques. Certes les comédiens parfois donnent l'impression de chercher substance, mais à partir d'un texte qui à cet effet parait offrir bien peu de prise. Le jeu semble désincarné, l'expression à quelques efforts près, éteinte, la dimension psychologique des personnages, absente, et ces derniers paraissent d'ailleurs évidemment très peu construits.

D'abord plausible de contenu, le tout semble, d'un point de vue théâtral, atteindre un certain grotesque en tiers final avec, entre autres, cette scolaire scène de clinique du futur, avec un potache de pacotille mis en exergues par les prétentions et le sérieux affecté, puis cette mutante agonisante pour cause d'implant rejeté, la tête ceinte de tube d'aquarium, et cette oreille de plastique sur le bras : l'ensemble d'une inégalité de jeu ahurissante et d'un faux détonant.

La pièce procède d'un bilinguisme raboteux au naturel affecté, deux langues qui semblent ici plus où moins maîtrisées, avec une diction souvent mâchée, molle, informe et des voix non posées: passable (?) dans l'ensemble sauf pour un cas touchant vraisemblablement, à mon humble avis, au pathétique. Si les intentions de mise en scène eussent procédé principalement d'un désir de mettre en relief les éléments d'actualité susceptibles d'alimenter la discussion ultérieure, on eût alors certainement atteint, d'un point de vue strictement didactique et journalistique, une belle réussite. Mais outre l'orientation du jeu, des transitions lourdes, certains temps morts et un global flou d'intention n'ajoutent rien à cet ensemble particulier.


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Une production Doc Théâtre

Mise en scène par Stéphanie Lambert
Assistante à la mise en scène associée et conceptrice des éclairages: Audrey-Anne Bouchard

Comédiens: Vance de Waele , Samuel Chan, Geneviève Fontaine, Marina Eva

Scénographie et costumes par Mylène Choquette
Conception sonore par Yann Godbout et Élise Lacasse


Théâtre St-Catherine, du 1er au 5 octobre 2008
www.transhumain.net

Billetterie (514) 790-1245