Par Yves Rousseau
Dans Plate-forme, Marc Marans explore un troublant espace de détresse et d'intimité, un existentiel huit-clos entre un suicidaire et un laveur de vitres...
Sur le plateau, assez rapproché, presque en avant-scène, une plate forme de laveur de vitres qu'on suggère, bien entendu, suspendue à un édifice. Assez de distanciation, assez d'intimités, parfait climat confidentiel face aux gradins de cette petite salle d'un peu plus de cent places. En arrière-plan, de grandes structures d'un rectangulaire monolithique recouverte de plexiglas d'un triste gris translucide (sur lesquels, dans les transitions, il y aura quelques projections en flash de solitude), une spleenétique et aérienne évocation de l'impersonnelle forêt urbaine. Comme d'habitude, une parfaite mise en contexte pile dans le ton avec cette formidable humilité dans cette façon de prendre sa place tout en étant paradoxalement parfaitement effacée et au service du propos, bref le travail de la scénographe Julie Deslauriers.
Sur la plate-forme stationnée à hauteur de toiture, un malheureux (Vincent Leclerc) s'apprête à sauter. Enfin, il hésite. Prend sa course, s'interrompt, recule, se recroqueville, se prostre en convulsions. Mi-trentaine, habit cravaté, air distingué, un peu intellectuel. Employé de bureau, petit cadre. Une gestuelle timide et torturée, expression raffinée et contenue. Puis le voilà, lui, le laveur de vitres, le manuel (Stéphane Franche) : aux antipodes, véritable polichinelle physique, bourru, viveur et d'une apparente insouciance, se situant dans le ici et maintenant.
Crédit: Maxime Côté
Les deux solitudes...
Crédit: Maxime Côté
Le début d'une révélatrice journée...
Le texte, direct, simple, dépouillé, une virile rencontre, punchée, là où les vérités parfois, enfin, se disent, ou plutôt se laissent deviner. Pudeur masculine. Un état des lieux existentiels, de ces espaces de vie parfois cruellement modernes d'isolement, de déchirements et de solitude. Mais sur le ton d'une comédie cynique et grinçante. Car sachez qu'on rit beaucoup. Un rire paradoxal : sensibilité et délicatesse face aux affres du désespoir, dans le gant de boxe frappant à dantesques coups la grande et cabochonne absurdité de vie contemporaine, là dans ce ring-plate-forme, par valse d'empoigne. Un jeu très physique, parfois acrobatique.
Bellement habité les personnages, le geste définit parfaitement les caractères avant même la première réplique et la suite en creuse la dimension psychologique, défiant ainsi le cliché; inhibé, retournement contre soi pour le cadre, pris dans le non-sens carriériste, le stress de performance, l'étouffement du moi par moule corporatif, avec perte de sentiment d'être, isolement urbain dans le fonctionnement à vide; pour l'ouvrier viscéral, instinctif, manuel et douloureux refoulement, les lendemains qui déchantent de l'abandon amoureux. Et puis un revirement tout à fait inattendu...
Un soutien sonore et des éclairages appropriés appuient l'ensemble. Belle construction dramatique. On ne voit pas le temps passer, la rencontre est captivante, touchante, excitante, vibrante, vraiment un profond et beau moment de théâtre : fantastique plaidoyer de vie paradoxalement fataliste.
La vie et la mort qui se côtoient, avec l'espoir marchant en équilibre sur le ténu et fragile fil les séparant.
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Texte et mise en scène par Marc Marans
Comédiens : Stéphane Franche et Vincent Leclerc
Scénographie de Julie Deslauriers
Costumes par Marilyne Garceau
Éclairages et projections par Eddie Rodgers
Conception sonore de Daniel Boivin
Assistance à la mise en scène et régie par Ariane Vigneault
17 octobre au 8 novembre 2008 à 20 h
Salle Calixa-Lavallée, au cœur du Parc Lafontaine.
3819, avenue Calixa-Lavallée, coin Rachel et De Lanaudière
Billetterie : 514-509-9954
www.octoproductions.com
Sur la plate-forme stationnée à hauteur de toiture, un malheureux (Vincent Leclerc) s'apprête à sauter. Enfin, il hésite. Prend sa course, s'interrompt, recule, se recroqueville, se prostre en convulsions. Mi-trentaine, habit cravaté, air distingué, un peu intellectuel. Employé de bureau, petit cadre. Une gestuelle timide et torturée, expression raffinée et contenue. Puis le voilà, lui, le laveur de vitres, le manuel (Stéphane Franche) : aux antipodes, véritable polichinelle physique, bourru, viveur et d'une apparente insouciance, se situant dans le ici et maintenant.
Les deux solitudes...
Une apparente indifférence face au drame par l'ouvrier, qui finira quand même se laisser convaincre « d'embarquer » l'autre pour une longue journée de travail. La peur du vide comme peur de vivre, la tentation du néant comme abyssal espace d'oubli. D'un étage à l'autre, les fenêtres nettoyées laissent apparaître un choc d'opposés en explosion de révélations, en éclat de vie...
Le début d'une révélatrice journée...
Le texte, direct, simple, dépouillé, une virile rencontre, punchée, là où les vérités parfois, enfin, se disent, ou plutôt se laissent deviner. Pudeur masculine. Un état des lieux existentiels, de ces espaces de vie parfois cruellement modernes d'isolement, de déchirements et de solitude. Mais sur le ton d'une comédie cynique et grinçante. Car sachez qu'on rit beaucoup. Un rire paradoxal : sensibilité et délicatesse face aux affres du désespoir, dans le gant de boxe frappant à dantesques coups la grande et cabochonne absurdité de vie contemporaine, là dans ce ring-plate-forme, par valse d'empoigne. Un jeu très physique, parfois acrobatique.
Existentielles acrobaties sur douleur d'être
Bellement habité les personnages, le geste définit parfaitement les caractères avant même la première réplique et la suite en creuse la dimension psychologique, défiant ainsi le cliché; inhibé, retournement contre soi pour le cadre, pris dans le non-sens carriériste, le stress de performance, l'étouffement du moi par moule corporatif, avec perte de sentiment d'être, isolement urbain dans le fonctionnement à vide; pour l'ouvrier viscéral, instinctif, manuel et douloureux refoulement, les lendemains qui déchantent de l'abandon amoureux. Et puis un revirement tout à fait inattendu...
Les vérités éclatent, les âmes s'évadent...
Un soutien sonore et des éclairages appropriés appuient l'ensemble. Belle construction dramatique. On ne voit pas le temps passer, la rencontre est captivante, touchante, excitante, vibrante, vraiment un profond et beau moment de théâtre : fantastique plaidoyer de vie paradoxalement fataliste.
La vie et la mort qui se côtoient, avec l'espoir marchant en équilibre sur le ténu et fragile fil les séparant.
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Texte et mise en scène par Marc Marans
Comédiens : Stéphane Franche et Vincent Leclerc
Scénographie de Julie Deslauriers
Costumes par Marilyne Garceau
Éclairages et projections par Eddie Rodgers
Conception sonore de Daniel Boivin
Assistance à la mise en scène et régie par Ariane Vigneault
17 octobre au 8 novembre 2008 à 20 h
Salle Calixa-Lavallée, au cœur du Parc Lafontaine.
3819, avenue Calixa-Lavallée, coin Rachel et De Lanaudière
Billetterie : 514-509-9954
www.octoproductions.com