Par Yves Rousseau
L'événement : du 4 au 12 octobre 2008, la Ligue d'Improvisation de Montréal (LIM) accueille le 17e mondial, un tournoi de théâtre spontané opposant la France, la Suisse, l'Italie, la Belgique et le Québec!
La formule : Les joueurs n'évoluent pas sur une « patinoire », comme pour la LNI, mais sur une scène. Plus théâtral. Une improvisation typique est soit de durée courte, moyenne ou longue, comporte un thème et parfois une contrainte, un nombre de joueurs prédéfini, et peut être mixte ou comparée. Les accessoires, comme les praticables, sont tolérés. Un trio de musiciens, Acide Citrique, interagit en créant un contexte musical libre ou imposé pendant les improvisations. Également, un éclairagiste crée les climats luminescents appropriés. Tout cela en étroite synergie. Le vote servant à déterminer l'équipe gagnante se fait par bulletin, à la fin du match. Ce dernier comporte deux périodes d'environ 1 h 15 chacune. Il y a un arbitre (ou maître de cérémonie), même si la formule reste éminemment libre, et un animateur, irrévérencieux à souhait. La formule offre donc un large éventail de possibilités et de territoires de création.
Plein à craquer. Atmosphère survoltée, palpable frénésie. Un vent de finale souffle. Après la prestation musicale d'Acide Citrique, le groupe maison, les voilà. On s'agite, salue la foule, dissimulant nerveusement l'inévitable tension de la fin, du dénouement imminent. Un mélange électrisant de plaisir, de désir de vaincre, de camaraderie rigolarde et de... fatigue après une épuisante semaine.
Après les hymnes trafiqués, les même que tout à l'heure (voir match Belgique-Québec précédent), mais en moins pire pour le Québec, voilà l'impro d'intro avec comme directive, on l'apprendra plus tard, de simuler un portrait de groupe. Après une réjouissante obstination (les plus grands à l'arrière; tu pousses; je suis hors cadre) et une bousculade digne du village d'Astérix, le point de chute : tous se rendent compte n'être pas dans le bon groupe. Voilà, la glace est brisée. Puis entrent l'animateur, François Lachapelle, et le maître de cérémonie arbitre, Alexandre Cadieux.
— Puis une mixte de durée moyenne, thème : les avants-derniers. Une bambocharde prise de bec de cour d'école, version européenne des films d'ado américains avec la tronche (H. Cougnou), la reine des meneuses de claques (M.S. Dion il me semble) et le capitaine de l'équipe de foot (R. Alexandre) et une maman tricoteuse de pull (S. Corbo). Amusant, assez gros et chargé comme jeux (malgré la justification de l'approche), mais avec un rigolo sens absurde et une cynique valse cliché.
— Une comparée courte, avec comme thème « sur mes genoux ». Un genre de parade nuptiale en pantomime burlesque, un tango absurde et grotesque d'un couple dépareillé sur fond de séduction potache. René Rousseau dose le burlesque avec toujours autant de doigté pendant que Barbara Dauby semble surcharger son expression de simagrées faciles et entendues, même pour le contexte. La bonne volonté et l'effort semblent papables, mais la limite entre un bon burlesque et le cabotinage est fragile...
— Courte, comparée, libre avec comme thème « grosse face ». Pour le Québec, Mira Moisan en cliente particulièrement limitée, tout en grimace clownesques primaires devant l'imaginaire glace, et Mathieu Lepage en vendeur maniéré et véreux, lui vendant une chemise. Dans le rôle du mari recevant et essayant ladite chemise, René Rousseau à la rescousse offre un point de chute salvateur en adoptant la même expression dès qu'il se mire. Certes drôle, il faut bien l'admettre, mais enfin, quelque peu facile peut-être?
Pour la Belgique, une situation de thérapie de groupe hilarante et d'un humour absurde comportant en sous texte un point de vue sur la chose, dans ce tableau aux accents de récurrences cycliques. Une Barbara Dauby narcoleptique, qui s'écroule à répétition, Sophie Falier en hyperactive à la logorrhée bafouillante, bavante et mâchée, Hugues Cougnou en débile bouffant son foulard, rouge comme une tomate avec une de ces bouilles pathétiquement tordante, François-Xavier Fievez errant l'air perdu en chantant pêle-mêle divers airs de folklore québécois, avec pour emballer le tout ce leitmotiv du thérapeute-preacher hystérique, surréel, scandé et repris par chacun "tous ensemble, tous ensemble". Quand “Vol au dessus d'un nid de coucou” rencontre les Monthy-Pyton... Excellente construction déconstructive, fantastique travail de groupe.
— Une mixte longue, sans thème, contrainte: inspiré d'un poème, un extrait de l'œuvre de Patrice Desbiens où il est question d'un être mangeant des bines dans un un et demie avec une tranche de jambon entre les cuisses pour colmater ses blessures. Suit une véritable obstination de peaumés de déchirures vivantes et de très belles tirades. François-Xavier Fievez en amoureux positivant, essayant de “sauver” sa copine suicidaire, portant des chaînes (véritable accessoire). Le dramatique pointe, mais ne s'assume pas complètement (dommage), la tentation du rire, du punch-line menace toujours. Quelques tirades :
FXF — Est-ce que quelqu'un t'a déjà pris dans ses bras
SC — Oui, mais pour vingt piastres...
FXF — Tu es mon rayon de soleil
SC — Non, je suis une pluie de novembre
La construction se poursuit sur le thème de l'incapacité d'aimer et de retenir qui que ce soit par cette malheureuse, avec chassé-croisé et surimposition de flash back avec la réalité, brillant et complexe assemblage avec Marie-Soleil Dion jouant la mère, et Mathieu Lepage le souteneur. Très belle construction, contenu métaphorique et lyrique appréciable.
— Comparée, moyenne, “à la manière d'une gloire nationale”: Belgique, Jean-Chose VanDam. Une amusante parodie de potache film de série B d'art martial boboche, avec les trois garçons en andouilles Ninja, Sophie Falier en sardonique Cruella mégalomane ayant enlevée la sœur (Barbara Dauby) de JCVD, cette dernière en proie à une détresse digne des meilleurs fils muets.
Québec, Émile Nelligan. Notez la consigne : à la manière d'untel de et non comme untel, nuance. Dans un superbe tableau résumant étroitement la vie de Nelligan, au “piano” (avec un superbe accompagnement pianistique de Benoît Rocheleau) Mira Moisan joue la mère tout de défenses pour fils, et René Rousseau, tout en pose stoïque, le père justifiant son cruel choix d'envoyer son fils à l'asile. Avec une très belle expression, Mathieu Lepage joue Nelligan, perdu, oublié, mais sûrement pas fou, et Salomé Corbo le spectre de ce qui aurait pu être, amour perdu, avec une très belle tirade, “comme il fait chaud chez toi, on est bien les soirs d'ivresse et de tempête”. En voix hors champ et invisible pour le public, Marie-Soleil Dion embellie la spleenétique aria de vers authentiques de Nelligan, directement lu, ai-je bien vu, sur un PDA (ce qui me fut confirmé par quelques joueurs à l'entracte)! J'ai deux réserves pour cette splendide “impro”. Premièrement, “à la manière de” suggère une évocation et non une reproduction. Finalement, certes la souplesse de la formule limesque permet de grandes libertés, mais jusqu'où? Pour un comédien, lire sur scène par le biais d'un personnage un extrait livre en main, alimente la proposition théâtrale d'un “énoncé” clair et perceptible pour tous, une méta communication : “je suis un personnage et en tenant ce livre et en le lisant, j'indique clairement que j'emprunte les mots d'un autre". Mais d'enrichir une impro de lecture de texte sans proposition où méta-langage théâtral permettant cette communication, ça me semble bien humblement pour le moins limite, même si fait de bonnes intentions. Puis les gadgets en impro...
Après l'entracte :
— Courte, mixte, musicale, thème : la contre-attaque. Marie-Soleil Dion et Barbara Dauby s'affrontent dans une aria alternée de style nunuche-rock-garage-agace-pseudolipstickimightbelesbienne avec praticable juchoir, microphone et écho, et un orchestre endiablé. Amusant, mais du côté belge on force peut-être un peu l'expression. Cabotin.
— Comparée, moyenne et libre, thème : pas si drôle. Québec : Salomé Corbo, cliente, en compagnie d'un mécano complètement surréel et absurde. Après plainte au gérant, l'olibrius de mécano admet tout fabuler, pour créer de la couleur dans l'ennui. Le surréel appelle le surréel, et l'absurde, l'absurde: après son congédiement, sa femme (M.S. Dion) : ‘pourquoi t'a peinturé la chambre du bébé en noir?’, et la réplique ‘j'ai eu cette idée en écoutant du Ferré toute la nuit et en buvant du cognac...’. Je vous laisse deviner la suite... Tordant.
Belgique : Un bar, François-Xavier Fievez, Ronald Alexandre, puis Barbara Dauby. Un couple chancelant, l'orientation de monsieur qui chambranle, puis ce barman et surtout, cette voix hors champ qui verbalise les pensées intimes de tous. Amusant imbroglio.
— Mixte, longue, à la manière de Woody Allen avec comme thème ‘question de principe’ : Salomé Corbo en agace nunuche, chandail bedaine, courtisant pour un rôle un auteur fauché (H. Cougnou). L'oncle mafieux (R. Alexandre) de la pétasse peut aider $$, mais chez l'auteur les principes s'opposent aux ambitions, surtout lorsque l'oncle, forcément acteur dans le film, se révèle tout à fait médiocre. L'arrivée en flash-back de personnages, comme la maman décédée (M.S Dion), est intéressante, mais peut-être un peu inopinée. Notons que contrairement à l'habitude, les éclairages, comme ce fut le cas à quelques reprises dans la soirée, ne semblaient pas toujours suivre les climats et surtout, les transitions.
— Courte comparée inspirée d'une image (une pochette de disque), et c'eut été une bonne idée pour Alexandre Cadieux de les montrer au public avant, et non après. Personne ne savait sur quoi les équipes devaient improviser!
Belgique : l'image est une poupée africaine, presque vaudou. Sophie Falier incarne une nouvellement quadragénaire devant l'anxieuse confrontation du miroir, parlant à ses défunts. Ultimement, de dantesque et communales voix se manifesterons, chantant un sardonique ‘joyeux anniversaire... ma vieille’. Bonne construction, bon point de chute.
Québec : image, élégie du kétaine avec toto et toutoune en pseudo gamins avec un air espiègle affecté. Absurde complètement déjanté, Mira Moisan en reine de dépanneur avec suçon et grimace, Mathieu Lepage en livreur de ridicule, René Rousseau en gros monsieur perdu dans l'errance de la farce, chacune de ses erratique visites importunes se soldant pas le leitmotiv ‘c'est un dépanneur’. Très typé, d'un cabotin débile, mais parfaitement dans le ton du thème, assez tordant.
Finalement:
— Mixte, moyenne, libre, avec comme thème ‘en dernier recours’. René Rousseau, dans l'espoir et le positivisme délirant désire adopter, au grand dépit de son conjoint, François-Xavier Fievez. Après un imbroglio se point le bébé agé de... dix-huit ans et africain, joué par Mathieu Lepage. Complètement déjanté...
Au premier match opposant ces équipes j'avais noté :
Je remarque les mêmes caractéristiques, mais moindrement, avec une évolution, une osmose marquée. Comme si après s'être étudiée, jaugée, chaque équipe avait absorbé par induction certaines caractéristiques de l'autre. Les Belges quittent plus volontiers certains territoires de prédilection, s'aventurent, avec de beaux tronçons dramatiques, toujours aussi soudés, mais avec peut-être plus de solos, alors que le Québec se serre les coudes, plus communaux, plus d'écoute, mais avec une prévalence certaine de la tentation du burlesque dans le dramatique, du punch-line tueur. Un match plus frénétique, étourdissant, peut-être aussi plus inégal et sûrement aussi beaucoup plus délirant.
Le Québec gagne le championnat de justesse avec 51 % des voix.
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Johanne Lapierre, coordonnatrice
Alexandre Cadieux, directeur artistique
Comité : Frédéric Barbusci, Mathieu Bouillon, Alexandre Cadieux, Salomé Corbo, Johanne Lapierre et Mira Moisan
Animateur François Lachapelle
Arbitre Alexandre Cadieux
Éclairage par Amélie Bourbonnais, Ève Champagne et Sylvain Ratelle
Régie par Raphaëlle Corneau
Comédiens pour la joute du 12 octobre :
Québec : René Rousseau, Salomé Corbo, Mathieu Lepage, Marie-Soleil Dion, Mira Moisan. Entraîneur : Didier Lambert
Belgique : Sophie Falier, Ronald Alexandre, Barbara Dauby, Fançois-Xavier Fievez, Hugues Cougnou. Entraîneur Hugues Angot.
4 au 12 octobre 2008
Lion d'Or
La formule : Les joueurs n'évoluent pas sur une « patinoire », comme pour la LNI, mais sur une scène. Plus théâtral. Une improvisation typique est soit de durée courte, moyenne ou longue, comporte un thème et parfois une contrainte, un nombre de joueurs prédéfini, et peut être mixte ou comparée. Les accessoires, comme les praticables, sont tolérés. Un trio de musiciens, Acide Citrique, interagit en créant un contexte musical libre ou imposé pendant les improvisations. Également, un éclairagiste crée les climats luminescents appropriés. Tout cela en étroite synergie. Le vote servant à déterminer l'équipe gagnante se fait par bulletin, à la fin du match. Ce dernier comporte deux périodes d'environ 1 h 15 chacune. Il y a un arbitre (ou maître de cérémonie), même si la formule reste éminemment libre, et un animateur, irrévérencieux à souhait. La formule offre donc un large éventail de possibilités et de territoires de création.
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Le Match : Grande finale Belgique Vs. Québec.Plein à craquer. Atmosphère survoltée, palpable frénésie. Un vent de finale souffle. Après la prestation musicale d'Acide Citrique, le groupe maison, les voilà. On s'agite, salue la foule, dissimulant nerveusement l'inévitable tension de la fin, du dénouement imminent. Un mélange électrisant de plaisir, de désir de vaincre, de camaraderie rigolarde et de... fatigue après une épuisante semaine.
Après les hymnes trafiqués, les même que tout à l'heure (voir match Belgique-Québec précédent), mais en moins pire pour le Québec, voilà l'impro d'intro avec comme directive, on l'apprendra plus tard, de simuler un portrait de groupe. Après une réjouissante obstination (les plus grands à l'arrière; tu pousses; je suis hors cadre) et une bousculade digne du village d'Astérix, le point de chute : tous se rendent compte n'être pas dans le bon groupe. Voilà, la glace est brisée. Puis entrent l'animateur, François Lachapelle, et le maître de cérémonie arbitre, Alexandre Cadieux.
— Puis une mixte de durée moyenne, thème : les avants-derniers. Une bambocharde prise de bec de cour d'école, version européenne des films d'ado américains avec la tronche (H. Cougnou), la reine des meneuses de claques (M.S. Dion il me semble) et le capitaine de l'équipe de foot (R. Alexandre) et une maman tricoteuse de pull (S. Corbo). Amusant, assez gros et chargé comme jeux (malgré la justification de l'approche), mais avec un rigolo sens absurde et une cynique valse cliché.
— Une comparée courte, avec comme thème « sur mes genoux ». Un genre de parade nuptiale en pantomime burlesque, un tango absurde et grotesque d'un couple dépareillé sur fond de séduction potache. René Rousseau dose le burlesque avec toujours autant de doigté pendant que Barbara Dauby semble surcharger son expression de simagrées faciles et entendues, même pour le contexte. La bonne volonté et l'effort semblent papables, mais la limite entre un bon burlesque et le cabotinage est fragile...
Sur mes genoux...
— Courte, comparée, libre avec comme thème « grosse face ». Pour le Québec, Mira Moisan en cliente particulièrement limitée, tout en grimace clownesques primaires devant l'imaginaire glace, et Mathieu Lepage en vendeur maniéré et véreux, lui vendant une chemise. Dans le rôle du mari recevant et essayant ladite chemise, René Rousseau à la rescousse offre un point de chute salvateur en adoptant la même expression dès qu'il se mire. Certes drôle, il faut bien l'admettre, mais enfin, quelque peu facile peut-être?
Pour la Belgique, une situation de thérapie de groupe hilarante et d'un humour absurde comportant en sous texte un point de vue sur la chose, dans ce tableau aux accents de récurrences cycliques. Une Barbara Dauby narcoleptique, qui s'écroule à répétition, Sophie Falier en hyperactive à la logorrhée bafouillante, bavante et mâchée, Hugues Cougnou en débile bouffant son foulard, rouge comme une tomate avec une de ces bouilles pathétiquement tordante, François-Xavier Fievez errant l'air perdu en chantant pêle-mêle divers airs de folklore québécois, avec pour emballer le tout ce leitmotiv du thérapeute-preacher hystérique, surréel, scandé et repris par chacun "tous ensemble, tous ensemble". Quand “Vol au dessus d'un nid de coucou” rencontre les Monthy-Pyton... Excellente construction déconstructive, fantastique travail de groupe.
La thérapie de groupe
— Une mixte longue, sans thème, contrainte: inspiré d'un poème, un extrait de l'œuvre de Patrice Desbiens où il est question d'un être mangeant des bines dans un un et demie avec une tranche de jambon entre les cuisses pour colmater ses blessures. Suit une véritable obstination de peaumés de déchirures vivantes et de très belles tirades. François-Xavier Fievez en amoureux positivant, essayant de “sauver” sa copine suicidaire, portant des chaînes (véritable accessoire). Le dramatique pointe, mais ne s'assume pas complètement (dommage), la tentation du rire, du punch-line menace toujours. Quelques tirades :
FXF — Est-ce que quelqu'un t'a déjà pris dans ses bras
SC — Oui, mais pour vingt piastres...
FXF — Tu es mon rayon de soleil
SC — Non, je suis une pluie de novembre
Je suis une pluie de novembre...
La construction se poursuit sur le thème de l'incapacité d'aimer et de retenir qui que ce soit par cette malheureuse, avec chassé-croisé et surimposition de flash back avec la réalité, brillant et complexe assemblage avec Marie-Soleil Dion jouant la mère, et Mathieu Lepage le souteneur. Très belle construction, contenu métaphorique et lyrique appréciable.
— Comparée, moyenne, “à la manière d'une gloire nationale”: Belgique, Jean-Chose VanDam. Une amusante parodie de potache film de série B d'art martial boboche, avec les trois garçons en andouilles Ninja, Sophie Falier en sardonique Cruella mégalomane ayant enlevée la sœur (Barbara Dauby) de JCVD, cette dernière en proie à une détresse digne des meilleurs fils muets.
Québec, Émile Nelligan. Notez la consigne : à la manière d'untel de et non comme untel, nuance. Dans un superbe tableau résumant étroitement la vie de Nelligan, au “piano” (avec un superbe accompagnement pianistique de Benoît Rocheleau) Mira Moisan joue la mère tout de défenses pour fils, et René Rousseau, tout en pose stoïque, le père justifiant son cruel choix d'envoyer son fils à l'asile. Avec une très belle expression, Mathieu Lepage joue Nelligan, perdu, oublié, mais sûrement pas fou, et Salomé Corbo le spectre de ce qui aurait pu être, amour perdu, avec une très belle tirade, “comme il fait chaud chez toi, on est bien les soirs d'ivresse et de tempête”. En voix hors champ et invisible pour le public, Marie-Soleil Dion embellie la spleenétique aria de vers authentiques de Nelligan, directement lu, ai-je bien vu, sur un PDA (ce qui me fut confirmé par quelques joueurs à l'entracte)! J'ai deux réserves pour cette splendide “impro”. Premièrement, “à la manière de” suggère une évocation et non une reproduction. Finalement, certes la souplesse de la formule limesque permet de grandes libertés, mais jusqu'où? Pour un comédien, lire sur scène par le biais d'un personnage un extrait livre en main, alimente la proposition théâtrale d'un “énoncé” clair et perceptible pour tous, une méta communication : “je suis un personnage et en tenant ce livre et en le lisant, j'indique clairement que j'emprunte les mots d'un autre". Mais d'enrichir une impro de lecture de texte sans proposition où méta-langage théâtral permettant cette communication, ça me semble bien humblement pour le moins limite, même si fait de bonnes intentions. Puis les gadgets en impro...
Mathieu Lepage et Salomé Corbo dans Nelligan, un beau moment.
Après l'entracte :
— Courte, mixte, musicale, thème : la contre-attaque. Marie-Soleil Dion et Barbara Dauby s'affrontent dans une aria alternée de style nunuche-rock-garage-agace-pseudolipstickimightbelesbienne avec praticable juchoir, microphone et écho, et un orchestre endiablé. Amusant, mais du côté belge on force peut-être un peu l'expression. Cabotin.
— Comparée, moyenne et libre, thème : pas si drôle. Québec : Salomé Corbo, cliente, en compagnie d'un mécano complètement surréel et absurde. Après plainte au gérant, l'olibrius de mécano admet tout fabuler, pour créer de la couleur dans l'ennui. Le surréel appelle le surréel, et l'absurde, l'absurde: après son congédiement, sa femme (M.S. Dion) : ‘pourquoi t'a peinturé la chambre du bébé en noir?’, et la réplique ‘j'ai eu cette idée en écoutant du Ferré toute la nuit et en buvant du cognac...’. Je vous laisse deviner la suite... Tordant.
Belgique : Un bar, François-Xavier Fievez, Ronald Alexandre, puis Barbara Dauby. Un couple chancelant, l'orientation de monsieur qui chambranle, puis ce barman et surtout, cette voix hors champ qui verbalise les pensées intimes de tous. Amusant imbroglio.
— Mixte, longue, à la manière de Woody Allen avec comme thème ‘question de principe’ : Salomé Corbo en agace nunuche, chandail bedaine, courtisant pour un rôle un auteur fauché (H. Cougnou). L'oncle mafieux (R. Alexandre) de la pétasse peut aider $$, mais chez l'auteur les principes s'opposent aux ambitions, surtout lorsque l'oncle, forcément acteur dans le film, se révèle tout à fait médiocre. L'arrivée en flash-back de personnages, comme la maman décédée (M.S Dion), est intéressante, mais peut-être un peu inopinée. Notons que contrairement à l'habitude, les éclairages, comme ce fut le cas à quelques reprises dans la soirée, ne semblaient pas toujours suivre les climats et surtout, les transitions.
Le parrain
— Courte comparée inspirée d'une image (une pochette de disque), et c'eut été une bonne idée pour Alexandre Cadieux de les montrer au public avant, et non après. Personne ne savait sur quoi les équipes devaient improviser!
Belgique : l'image est une poupée africaine, presque vaudou. Sophie Falier incarne une nouvellement quadragénaire devant l'anxieuse confrontation du miroir, parlant à ses défunts. Ultimement, de dantesque et communales voix se manifesterons, chantant un sardonique ‘joyeux anniversaire... ma vieille’. Bonne construction, bon point de chute.
Québec : image, élégie du kétaine avec toto et toutoune en pseudo gamins avec un air espiègle affecté. Absurde complètement déjanté, Mira Moisan en reine de dépanneur avec suçon et grimace, Mathieu Lepage en livreur de ridicule, René Rousseau en gros monsieur perdu dans l'errance de la farce, chacune de ses erratique visites importunes se soldant pas le leitmotiv ‘c'est un dépanneur’. Très typé, d'un cabotin débile, mais parfaitement dans le ton du thème, assez tordant.
Finalement:
— Mixte, moyenne, libre, avec comme thème ‘en dernier recours’. René Rousseau, dans l'espoir et le positivisme délirant désire adopter, au grand dépit de son conjoint, François-Xavier Fievez. Après un imbroglio se point le bébé agé de... dix-huit ans et africain, joué par Mathieu Lepage. Complètement déjanté...
Au premier match opposant ces équipes j'avais noté :
Deux nations, deux écoles de pensées, deux styles. Les belges, tout en unité, effervescents, joviaux, avec une prévalence très nette pour la comédie de verbe, les prises de bec absurdes particulièrement élaborées, rappelant parfois par exemple du Jean-Michel Ribes. Les constructions sont souvent impeccables, solides. Les territoires dramatiques, que certains prétendent moins ‘payant’ en impro, sont moins explorés, l'expression paraît nuancée à l'intérieur du genre comédie, mais parfois chargée en d'autres styles, voire cabotine. Les personnages restent peut-être un peu plus en surface, celle du rire.
Le Québec : une intériorité, une introversion sentie, une théâtralité baroque allant parfois du désorganisé impressionniste, en passant par le potache apparent avec sous-couche dramatique, le tragique déguisé en burlesque. Un jeu parfois plus (trop?) individuel, joyeusement bordélique, avec un élément de quête, de définition du personnage particulièrement pertinent. La belle quête ne se perd pas au prix du point, tourne parfois en rond, s'enfarge et se relève d'éclatants moments, avec comme tribu à payer, parfois la consistance et l'assiduité.
Le Québec : une intériorité, une introversion sentie, une théâtralité baroque allant parfois du désorganisé impressionniste, en passant par le potache apparent avec sous-couche dramatique, le tragique déguisé en burlesque. Un jeu parfois plus (trop?) individuel, joyeusement bordélique, avec un élément de quête, de définition du personnage particulièrement pertinent. La belle quête ne se perd pas au prix du point, tourne parfois en rond, s'enfarge et se relève d'éclatants moments, avec comme tribu à payer, parfois la consistance et l'assiduité.
Je remarque les mêmes caractéristiques, mais moindrement, avec une évolution, une osmose marquée. Comme si après s'être étudiée, jaugée, chaque équipe avait absorbé par induction certaines caractéristiques de l'autre. Les Belges quittent plus volontiers certains territoires de prédilection, s'aventurent, avec de beaux tronçons dramatiques, toujours aussi soudés, mais avec peut-être plus de solos, alors que le Québec se serre les coudes, plus communaux, plus d'écoute, mais avec une prévalence certaine de la tentation du burlesque dans le dramatique, du punch-line tueur. Un match plus frénétique, étourdissant, peut-être aussi plus inégal et sûrement aussi beaucoup plus délirant.
Le Québec gagne le championnat de justesse avec 51 % des voix.
L'ensemble des équipes participantes
____________________________________
Johanne Lapierre, coordonnatrice
Alexandre Cadieux, directeur artistique
Comité : Frédéric Barbusci, Mathieu Bouillon, Alexandre Cadieux, Salomé Corbo, Johanne Lapierre et Mira Moisan
Animateur François Lachapelle
Arbitre Alexandre Cadieux
Éclairage par Amélie Bourbonnais, Ève Champagne et Sylvain Ratelle
Régie par Raphaëlle Corneau
Comédiens pour la joute du 12 octobre :
Québec : René Rousseau, Salomé Corbo, Mathieu Lepage, Marie-Soleil Dion, Mira Moisan. Entraîneur : Didier Lambert
Belgique : Sophie Falier, Ronald Alexandre, Barbara Dauby, Fançois-Xavier Fievez, Hugues Cougnou. Entraîneur Hugues Angot.
4 au 12 octobre 2008
Lion d'Or







