dimanche 19 octobre 2008

Eddy F. De Pute — Créations UNThéâtre

Par Yves Rousseau

N.B: La compagnie m'a réinvité à revoir la pièce, une semaine plus tard, suite à plusieurs changements. Vous trouverez suite à la critique originale, un rajout à cet effet.

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Pour sa première production, Création UnThéâtre reprend Eddy F. de Pute, qui avait été originellement montée en mars 2007 à l'UQÀM par le même groupe.

Exit les perchoirs anguleux d’un baroque surréel mâtiné d’expressionnisme, les forêts urbaines en étoiles de conserves et en reflets d’enjoliveurs; exit, bis, le jeu en sautillement de chèvres de montagne, de plaines en perchoirs, en jump cut existentiel, avec costumes trash et destroy d’un contemporain évoquant l’antique et mystique tragédie. D'abord première mouture de mars 2007 (je vous suggère de lire avant de poursuivre) qui nous faisait même oublier l’inconvenance d’âge des distributions, du fait de sa charge épormyable et sauvage, sa déconstruction et sa déréalisation totale. Puis on passe maintenant à quelque chose, vraiment, de totalement différent. Certes, la trame reste axée, en plus où moins calque, sur le mythe d’Œdipe, de Jocaste et compagnie, mais dans une osmose le rendant moins perceptible, du fait, outre la scéno et le climat, des costumes, plus réalistes et induisant donc moins une suggestion antique. Moins de symbolisme.

Dans ce village, plus où moins une banlieue, voilà Eddy-Œdipe et sa fratrie, puis ce père supposément veuf. Vraiment? Et qui est donc cette mystérieuse p_ute dans son exil de souffrance, avec qui Eddy commettra l’impensable? Qui est donc ce mystérieux vieillard pleurant cette même disparue? Voilà la transposition...

Oubliez le cri, ou encore l'Île des morts de Arnold Böcklin auxquels j’avais fait référence jadis, en terme de climat. Oubliez l’onirisme. Ici, une scénographie empruntant à l’esthétisme du… mini-putt. Le Kitsch peut procéder d’une ironie, d’un contre-effet, certes. Mais est-ce bien le cas ici? Permettez-moi d’en douter.

Une horrible maisonnette blanche chambranlante sur tapis de gazon synthétique. En arrière-scène, mur blanc avec fenêtre à l’étage. Puis ces balises câblées, comme pour les files d’attente. Plus tard on réalisera que l’ensemble est hautement transformable. La maison se démonte en panneaux transportables avec trépieds rétractables, chacune des composantes, incluant la structure, étant appelée à devenir autre chose. Le tapis est également découpé en de multiples portions roulables.

Je n’avais franchement jamais vu ça au théâtre, autant de manipulations : tout au long de la pièce, de multiples (j’insiste) changements de décor fait par les caractères, au vu et au su de tous, viendront suggérer les divers contextes. Avec parfois une scène-prétexte de couverture (s’étirant outrageusement), la plupart du temps, une pose cyclique de b_aise suggérée. Et que je te roule le tapis ici, et que je te déplace les balises là ,et , encore, que je grimpe dans l'escabeau pour défaire chevrons et toiture . Et que je te retourne une ou deux sections, de ce qui fut un court moment la maison, pour évoquer un intérieur (affreux préfini brun-beige), puis un abribus, et tutti quanti! Même dans les changements les plus courts, cela est déjà lourd: alors imaginez pour certains, majeurs, comme lorsque qu’on déconstruit complètement la structure de l’habitation pour recréer un praticable incliné. Cela sans compter les inévitables « risques » de petits incidents inévitablement surmultipliés par la formule, comme ce montant ayant foutu le camp sur un spot de sol le soir en question.

Dommage, car la pièce dans cette formule nouvelle n’est pas dénuée d’intérêt. Plus réaliste, plus dépouillée, plus près du texte et peut-être plus accessible. Oh! oui, on le sent ce grand souci d’accessibilité, de fluidité. Les jeux de tag, par lesquels les comédiens se « passaient » par un accessoire symbolique les personnages (première version), sont évacués, on se contente de cette multiplication des incarnations du moi pour chacun des caractères, fréquemment joués en triplicata, avec cet intéressant enrichissement, une addition de facettes d’expressions et d’émotions. L’histoire s’en trouve en principe simplifiée, et cette odyssée d’Eddy, sa révolte et fuite en quête vers la grande ville serait beaucoup plus appréhendable sans le brouillamini issu de l’envahissement scénographique lié à la mise en scène.

De l’ensemble se dégage un formidable bouillonnement d’idées, de pistes explorées avec plus où moins d’à propos, mais donnant parfois à de belles scènes, de beaux moments d’expressions, comme cela est habituellement le cas lors d’un laboratoire théâtral avancé: certaines de ces pistes aboutissent, surtout pour les scènes en dyades qui sont souvent belles et profondes, alors que d’autres s’égarent dans de multiples inégalités. Un work-in-progress qui pourrait être prometteur...


Crédit: Jean-Sébastien Dénommé
Un monde sans pitié


Les comédiens se débattent, font leur boulot au mieux, mais honnêtement, rendu à cette étape il me semble inutile de poursuivre l'analyse en ce sens qu’aucune production théâtrale, peut importe sa qualité, ne me semble pouvoir survivre dans son rythme, son essence et son construit dramatique à une telle avalanche d’interminables interruptions et de bricolages scénographiques in vivo. N'eut-ce été de cette limite, et déjà nous serions devant une situation sans doute totalement différente.

À tout prendre, j’eus sans doute préféré assister à la première version légèrement remaniée et épurée, ou autrement à celle-ci, mais sans accessoires ni interruptions, jouée sur fond noir…

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Deuxième invitation du vendredi 24 octobre

D'abord au niveau scénographie, on remarque que les balises à cordes, le tapis de fausse pelouse, ainsi que la toiture de l'habitation ont été retirés. Le praticable incliné qui était littéralement construit à partir de la structure de toiture pour la première version est prémonté à l'intérieur même de la cabane, tout prêt. Rien que cela, déjà, affecte positivement la pièce. Les manipulations se limitent aux cloisons suggérant les contextes. Environ un quart d'heure de moins (mais ça paraît beaucoup plus de temps en moins) à jouer au clan Panneton pour les comédiens, avec de moindres coupures de rythme, vraiment. La pièce dans cette formule dure 1 h 30. Cela fluidifie le récit. Libérés des brisures et du fardeau scénographique, les comédiens se trouvent plus « sur » le texte, plus dans leurs personnages, moins d'étourdissements. L'aspect « laboratoire », bien que présent, est moins palpable. Dans l'ensemble, on arrive à quelque chose de plus correct. Certes la prix à payer est un plateau plus n_u, mais à tout prendre cela est, il me semble, préférable.


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Une production Créations UNThéâtre

Texte de Jérôme Robart

Mise en scène : Fabien Fauteux
Assistance à la mise en scène et son : Émelie Bélair
Comédiens : Jean-sébastien Courchesne, Sarah Gravel, Étienne Jacques,
Catherine Lavoie, Mathieu Lepage, Catherine Moncelet
Scénographie : Geneviève Boivin
Costumes : Marie-Ève Parent
Éclairages : Martine Lampron
Direction de production : Maude Lemire-Desranleau

14 octobre au 1er novembre

Théâtre Prospero
Billeterie: 514-526-6582