samedi 6 septembre 2008

Marie Stuart, de Dacia Maraini - Espace Fabrique

Par Yves Rousseau



Petite boîte noire, plus ou moins quarante places. Espace d'intimité, de proximité. Déjà habité par une scénographie minimaliste, mais évocatrice : deux cadres, rigides, suspendus dans leurs solitudes en coin supérieurs, opposés, puis au centre une petite table tout en chandelles, le feu de guerre, de destins torturés, mais aussi celui d'une impossible amitié, avortée, étouffée par la fatalité du destin. Pendrions. Noir.

Puis les personnages. Rapidement on comprend. Un espace contemporain et dans le langage et dans les costumes pour une épopée historique. Trois voix.

Dans une robe rouge (on dit qu'elle portât une robe de cette couleur lors de son exécution), cheveux longs, le caractère éminemment moderne, libre, fougueux de Marie Stuart, catholique fervente, amoureuse passionnée, reine d'Écosse directement opposée à sa protestante de cousine dont elle convoite le trône, Élisabeth d'Angleterre, la reine v_ierge, ascétique, cynique, affranchie, repoussant tout prétendant, féministe avant l'heure, et paradoxalement prisonnière lucide de son rôle et carcan de pouvoir, valsant tristement mais avec superbe sur l'air inévitable du « Hom_o homini lupus » dans un pays ravagé par les conflits religieux. Dans une robe de soirée bleutée à col de vison, une magnifique évocation vamp de la ligne ligne "garçonne" (vers 1930) d'un bleuté rappelant une version prude de l'esthétisme de Klimt, avec pour l'interprète une coiffure dans le même ton que l'ensemble. Agissant comme révélateur, permettant d'extérioriser les voix intérieures des personnages, jouant alternativement les dames de compagnie et confidentes des souveraines, Sharon Ibgui, dans une robe grise plus humble et sobre.


Crédit photo: Yanique Carmen Fillion Simard
Audrey Talbot joue Marie Stuart


À la cour, dans le pays, parmi la noblesse, fourberie, perfidie, intrigue intéressée, convoitise, trahison, bref les habituels comportements humains. Dans la cour du palais, les têtes qui roulent, l'échafaud, le peuple impitoyable qui demande son dû, le « Panem et circenses » au prix du sang.


Crédit photo: Yanique Carmen Fillion Simard
Dominique Leclerc dans le rôle d'Élisabeth d'Angleterre


Un texte magnifique, inspiré de Friedrich von Schiller. Pas de manichéisme, pas de jugement, seulement la vie. Avec une ironie cynique suscitant parfois un libérateur ricanement sardonique, un rire jaune. Certes la trame historique est présente. Mais le récit ici ne s'empêtre pas dans les simagrées de la cour ou les robes à carcans. Dépouillé de tout artifice, l'humanité torturée d'êtres pris dans tous les paradoxes du pouvoir, des désirs et contradictions de l'âme humaine. Une vision sensible, particulièrement féminine, les moments d'intimité, mais dans une langue « punchée », avec des mots percutants. Deux femmes qui auraient pu être amies, dans une autre vie. Deux cousines. Une lutte. À mort.


Crédit photo: Yanique Carmen Fillion Simard
Une lutte mortelle


La mise en scène table sur un univers de suggestion (pas d'accessoires), une retenue mettant paradoxalement en exergue la verve cinglante du texte et sa profonde humanité, une exploitation de l'espace feutrée, une lente et dantesque chute vers l'avant des destins grandioses et maudits, dans une violente douceur tamisée par l'ombre du doute et de la vulnérabilité.

Espace d'intimité, d'intériorité, vous dis-je. Marc-André Bourgault se signale, dans ce que je pense être sa première mise en scène, par une direction d'acteur très sensible dans cette façon de pénétrer l'intimité des personnages et de révéler le texte. Les jeux des comédiennes est déjà, à ce stade précoce des représentations, dans une progression bien incarnée, de l'Elizabeth martiale, cynique et blessée dans sa royale solitude composée par Dominique Leclerc; résolue, viscéralement spleenétiquement volontaire avec la fougue usée, pour la Marie jouée par Audray-Talbot; d'une sensibilité troublante pour les caractères de Madame Ibgui. Certaines meurent cependant, il me semble, fort mal, dans une pantomimique maladroitement rigide, enfin c'est un détail.

Certainement un excellent départ pour cette jeune compagnie dont je cherche encore le nom, une partition demandant précision, humilité et générosité: la face triste de la régnance et du pouvoir, dans toutes les couleurs, belles et laides, de l'animal humain.

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Texte de Dacia Maraini dans une traduction de Marie-José Thériault
Mise en scène de Marc-André Bourgault

Avec Sharon Ibgui, Audrey Talbot et Dominique Leclerc

Conception visuelle : Jonathan Girard
Costumes : Imane Boustiket


Du jeudi au samedi
4-5-6, 11-12-13, 18-19-20 Septembre, 20 h

Espace Fabrique, 2025A Masson suite 303.

Réservation: 5142861917