04 juillet 2008

Belle famille ! - Le Théâtre du 450


Par Yves Rousseau

Entrons dans la salle de spectacle Rona (adjacente à la maison de jeune Kekpart), un lieu polyvalent aménagé en format cabaret et pouvant sans doute accueillir, avec parterre et balcon, environ 100 spectateurs : plafond vertigineusement surélevés, architecture commerciale rectiligne, se prêtant de façon correcte au théâtre malgré l'absence de manteau d'arlequin et donc ce spatial supérieur dissolvant. Sur cette scène d'environ huit mètres par cinq, la voix des comédiens se propage bien, sans trop d'écho. Les équipements d'éclairages sont spartiates, mais adéquats, quoi qu’on aurait pu tirer la toile, ai-je bien vu, de cette large fenêtre au balcon, de façon a obtenir un contrôle total sur les contrastes d'éclairages, ici mitigés par cette blafarde luminescence naturelle donnant directement sur la scène.

Sur le plateau, la représentation typique de ce que je n'oserai pas nommer « chalet », mais ce qu'on désigne plutôt sous le vocable plus communément entendu de « shack » de campagne : ici du pré fini beige crème genre fausses briques, des planches rustiques, de vieilles portes, et l'habituel ameublement bigarré constitué des « vieilles affaires » qu'on rapporte de la ville, comme cette table à carte bancale, ou ce sofa couvert d'une affreuse courtepointe multicolore. De l'ensemble se dégage une ahurissante impression de pacotille d'un kétaine burlesque. Les costumes sont, légèrement, dans le même style. Le ton est déjà donné. Estival.

L'histoire? Un pauvre bougre, Toe, maladroit, pas méchant pour deux sous, perclus d'insécurité, constipé d'angoisse, un malchanceux chronique ayant le malheur d'être le neveu d'un mafioso notoire, se pointe dans le but d'assassiner la maîtresse enfuie avec le fric du caïd . Toe retrouve le magot, mais pas la fuyarde. Il tombe plutôt sur la mère de cette dernière, l'archétype parfait de la maman envahissante, une tornade de bonnes intentions, qui se pointe avec son kit de ménage et un déluge de petits plats mijotés : elle pense que Toe est son nouveau gendre. Survient la sœur jumelle, en détruisant les véhicules garés dans un fracassant accident, fuyant la chaleur de son trois et demie minable au centre-ville. Elle est à la brunette sage et rangée, à l'hystérie ridicule, la jalousie et à l'auto-apitoiement manipulateur ce que sa sœur est au glamour jet set blond, criminel et mégalomane. Et elle a un béguin pour Toe. Pour couronner le tout surgit le policier du village, qui est aussi le garagiste du coin, et qui prend racine dans le lieu. Faux-semblants, quiproquos, bref un univers tentaculaire, une fosse de sables mouvants : plus ce pauvre Toe se débat pour s'en échapper, plus il en devient captif et s'enfonce...

Le texte est léger et amusant, une comédie d'été sans prétention qui offre de multiples embrouilles de jeux de mots dont l'effet comique réside en bonne partie, comme pour un texte de Devos ou certaines répliques d'absurdes comédies de cancres italiennes ou françaises, sur le ton, la façon de jouer avec les syllabes, les intonations en conjugaison ou en contre effet de l'expression et de l'utilisation de l'espace: les comédiens parviennent à atteindre un certain effet amusé, mais tout le potentiel comique ne me semble pas encore cerné, normal en ce début : encore un peu de « carl-béchard-isation » du geste et du verbe, et voilà. Le jeu rapide, rythmé, vivant et coloré, avec les actes découpés par cette musique de cuivres comme on s'attendrait à entendre dans un Feydeau, atteint un stade avancé dans la recherche de cette façon de rendre une réplique selon la règle impardonnable de l'insaisissable fraction de seconde séparant en comédie le sourire amusé du rire tonitruant: presque. Il se dégage une fervente énergie festive de l'ensemble, ce qui sublime, heureusement, le côté prévisible, improbable , le convenu habituel, le potache inévitable et nécessairement surfait du genre.

J'ai peu eu l'occasion de voir Dominique Quesnel dans ce genre de rôle, une comédienne habituellement lancée puissamment, tête première, de points tournants en odyssée dans les turpitudes torturées de personnages se débattant dans l'univers des neiges noires de leur hippocampe existentiel. Comme d'habitude, là, solide, impeccable. Et semblant s'amuser. Puis de belles découvertes, déjà repérées au Conservatoire : d'abord Véronique Pascal, qui roule déjà sa bosse depuis 2005, et que j'apprécie particulièrement dans ce type de rôle de fille d'un comique névrosé, et qui semble s'être bien approprié son texte, en bonne voie d'être bien mis en bouche, non pas tant au niveau du contenu que celui de la diction, et nous serons sans doute, à mon humble avis, bientôt en mesure de saisir non pas la plupart, mais bien toutes ses répliques; Nicolas Chabot, avec cette bouille particulièrement expressive à la Eric Idle, parfait et craquant dans ce rôle de pauvre bougre. Finalement, le metteur en scène-comédien Jean Belzil-Gascon, méconnaissable avec cette moustache et ce régional accent, très bien en constabulaire pataud paroissial villageois.

Pour qui recherche un moment d'insouciant abandon, un amusant divertissement d'été assez archétypalement typique du genre et de la saison, voilà une gentille comédie grand public qui atteindra son plein rythme d'ici quelques représentations.

On passe un bon moment.


NDLR : À ne pas confondre, cette même pièce est également montée à Saint-Romuald par des finissants du CADQ, mais je n'ai pas assisté à cette autre version. Ceci ne couvre donc que la mouture du Théâtre du 450.

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Une production du Théâtre du 450

Texte d'Isabelle Hubert

Mise en scène, scénographie, costumes et accessoires par Jean Belzil-Gascon

Avec Véronique Pascal, Nicolas Chabot, Dominique Quesnel, Jean Belzil-Gascon

Éclairage, bande sonore et assistance à la mise en scène par Andrée-Anne Garneau


Dates: 3,4,5,10,11,12,17,18,19,31 juillet et 1,2,7,8,9,14,15,16 août à 20 h

Réservations: 450-646-6435, plus d'informations sur le site.
1100 boul. Roland-Therrien, Longueuil