Par Yves Rousseau
Pas de scéno, quelques accessoires sommaires. Puis une liste, trente-trois courtes pièces, deux ou trois minutes chacune, presque des clins d'œil. Écrites. Pas improvisées. Chronomètre visible de tous. Tables numérotées, format cabaret. Votre numéro est choisi? Vous avec deux secondes pour choisir, là sur un tableau, la pièce à jouer. Sans arrêt, à la suite, une tornade théâtrale de courts.
Et l'école de pensée? Le Néo-Futurisme de Greg Allen, un mouvement né vers la fin du 20e siècle à Chicago : précisons que les membres de la distribution y ont suivi des stages.
D'abord, un survol des principes du mouvement : des pièces de coût abordable, aux contenus audacieux, mais accessibles au plus grand nombre; pas de contexte permanent, mais un procédé de redéfinition constante et interactif du contextuel, l'obsolescence planifiée; l'opposée du théâtre de l'illusion, pas compositions fictives, le propos est issu d'événements vécus, la scène comme continuation de la vie réelle; établir des liens étroits entre l'acteur et le public. À ces principes s'ajoutent quelques règles d'or comme, entre autres : créer son propre matériel plutôt qu'être esclave des intentions d'un auteur; le spectacle intrinsèquement en fusions avec l'endroit choisi en terme d'utilisation des caractéristiques et de l'espace; contenu intéressant pour l'audience, mais sans complaisance ou confort installé; éviter les comédiens prima donna; créer un théâtre de la vérité et ce dans la vérité du moment, jamais deux fois identique et jamais catégorisable; offrir au public des éléments identitaires. Voilà.
Le résultat? Forcément inégal, instantanéité relative oblige, avec certains numéros plus habités que d'autres, mais d'une formidable intensité, complètement allumé, avec cette vérité qui découle justement d'une certaine spontanéité. Je pense, entre autres au numéro de la biographie, où vrais, à la fois offerts et vulnérables les comédiens en canon non synchronique, déclinaient, en circulant entre les tables, quelques flashs existentiels profondément sentis, inductifs d'une certaine essence du moi, révélateurs et assez troublants; et que dire de ce numéro où, à grands contre-effets cyniques de roulement de caisse claire et cymbale, comme au burlesque, un comédien trace la schismogenèse douloureuse d'un lourd héritage de violence familiale? Déchirant.
Bien qu'intéressants, certains principes de maximisation de l'utilisation de l'espace, par exemple la capacité de mettre l'arrière-scène en avant-scène, trouvent ici leurs limites, bêtement, du fait de la réalité physique, et ainsi plusieurs scènes en arrière-plan latéral n'étaient tout simplement pas visibles pour les spectateurs de l'extrême cour et jardin. La formule de courts ne favorise pas, évidemment, l'approfondissement. Finalement, lorsqu'un numéro n'est pas disponible du fait de ce système de rotation de comédiens, il devrait être barré d'avance sur le tableau pour éviter les tergiversations qui brisent le rythme.
Une démarche qu'on souhaite, même si écrite et construite, la plus véridique possible et sans doute aussi troublante pour le spectateur qu'elle doit être exigeante pour le comédien, car il y a une personnalisation de l'acte théâtral: pas de bouclier-personnage, pas quatrième mur, un carpe diem existentialiste sous l'égide du ici et maintenant, le moment théâtral unique dans son essence, dans sa quintessentielle irréproductibilité, dans toute son humanité. Aucun clonage possible.
Très intéressant et stimulant comme approche.
À suivre.
___________________________________
Une production « Les Néos »
Écriture, conception, interprétation :
Sylvestre Caron, Julie Dionne, Josée Lacombe, Sophie Lepage, Mathieu Leroux, Gabrielle Néron, Martin Plouffe et Antoine Touchette
22 juin @ 16.15
2111 St-Laurent
Pas de scéno, quelques accessoires sommaires. Puis une liste, trente-trois courtes pièces, deux ou trois minutes chacune, presque des clins d'œil. Écrites. Pas improvisées. Chronomètre visible de tous. Tables numérotées, format cabaret. Votre numéro est choisi? Vous avec deux secondes pour choisir, là sur un tableau, la pièce à jouer. Sans arrêt, à la suite, une tornade théâtrale de courts.
Et l'école de pensée? Le Néo-Futurisme de Greg Allen, un mouvement né vers la fin du 20e siècle à Chicago : précisons que les membres de la distribution y ont suivi des stages.
D'abord, un survol des principes du mouvement : des pièces de coût abordable, aux contenus audacieux, mais accessibles au plus grand nombre; pas de contexte permanent, mais un procédé de redéfinition constante et interactif du contextuel, l'obsolescence planifiée; l'opposée du théâtre de l'illusion, pas compositions fictives, le propos est issu d'événements vécus, la scène comme continuation de la vie réelle; établir des liens étroits entre l'acteur et le public. À ces principes s'ajoutent quelques règles d'or comme, entre autres : créer son propre matériel plutôt qu'être esclave des intentions d'un auteur; le spectacle intrinsèquement en fusions avec l'endroit choisi en terme d'utilisation des caractéristiques et de l'espace; contenu intéressant pour l'audience, mais sans complaisance ou confort installé; éviter les comédiens prima donna; créer un théâtre de la vérité et ce dans la vérité du moment, jamais deux fois identique et jamais catégorisable; offrir au public des éléments identitaires. Voilà.
Le résultat? Forcément inégal, instantanéité relative oblige, avec certains numéros plus habités que d'autres, mais d'une formidable intensité, complètement allumé, avec cette vérité qui découle justement d'une certaine spontanéité. Je pense, entre autres au numéro de la biographie, où vrais, à la fois offerts et vulnérables les comédiens en canon non synchronique, déclinaient, en circulant entre les tables, quelques flashs existentiels profondément sentis, inductifs d'une certaine essence du moi, révélateurs et assez troublants; et que dire de ce numéro où, à grands contre-effets cyniques de roulement de caisse claire et cymbale, comme au burlesque, un comédien trace la schismogenèse douloureuse d'un lourd héritage de violence familiale? Déchirant.
Bien qu'intéressants, certains principes de maximisation de l'utilisation de l'espace, par exemple la capacité de mettre l'arrière-scène en avant-scène, trouvent ici leurs limites, bêtement, du fait de la réalité physique, et ainsi plusieurs scènes en arrière-plan latéral n'étaient tout simplement pas visibles pour les spectateurs de l'extrême cour et jardin. La formule de courts ne favorise pas, évidemment, l'approfondissement. Finalement, lorsqu'un numéro n'est pas disponible du fait de ce système de rotation de comédiens, il devrait être barré d'avance sur le tableau pour éviter les tergiversations qui brisent le rythme.
Une démarche qu'on souhaite, même si écrite et construite, la plus véridique possible et sans doute aussi troublante pour le spectateur qu'elle doit être exigeante pour le comédien, car il y a une personnalisation de l'acte théâtral: pas de bouclier-personnage, pas quatrième mur, un carpe diem existentialiste sous l'égide du ici et maintenant, le moment théâtral unique dans son essence, dans sa quintessentielle irréproductibilité, dans toute son humanité. Aucun clonage possible.
Très intéressant et stimulant comme approche.
À suivre.
___________________________________
Une production « Les Néos »
Écriture, conception, interprétation :
Sylvestre Caron, Julie Dionne, Josée Lacombe, Sophie Lepage, Mathieu Leroux, Gabrielle Néron, Martin Plouffe et Antoine Touchette
22 juin @ 16.15
2111 St-Laurent