samedi 14 juin 2008

Scènes de litS - Les Sans papier - Fringe 2008


Par Yves Rousseau


Quelques évocations de lits, tout de rouges, des couches verticales dans le plus pur style « pôpa et môman », hé petite vie. Puis les voilà, les petits couples fragiles, tricotage plutôt élastique d'êtres aspirant à aimer, mais incapable de donner, et peut-être même de recevoir. Mesquins, calculateurs, vénaux, fourbes, profiteurs, le pathétique spectacle du narcissisme qui rêve de l'autre, mais qui se noie dans sa propre incapacité à rejoindre. Alors, on instrumentalise l'autre, qui devient non pas un être en soi, mais un objet de plaisir que l'on manipule, consomme et jette.

Oui, se consommer et se jeter, voilà en quelques mots ce qui résume cet assemblage de saynètes, feuilleton hyperactif en « jump cut » électrisant. Sur le ton d'un boulevard cynique, entre autres; scènes de drague d'une ronde en discothèque où élégie de la vacuité du culte de l'image; couples dont la supposée liberté réciproque masque une incapacité à s'investir qui s'éclate d'un éch_angisme à voile et à vap_eur sauce consumérisme relationnel; g_ay au maniérisme affecté qui se persuade d'être hétér_o dans une délirante scène de dragu_e, ou errance des identités de plus en plus floues. Un portrait paroxystique et satirique (vraiment?) des dérives du désengagement et de l'individualisme au niveau de ce qui reste du couple et de structure sociale.

Si bien sûr on rigole tout au long pour cause d'une série de gags grivois et de situations cocasses, mais parfois affectées, il me semble que l'ensemble cherche encore son ton : cohabitant avec la farce, une sous-dimension dramatique se pointe timidement, pour finalement éclater dans le tiers final, la plus belle portion de la pièce : une brillante utilisation de l'espace et de l'éclairage met en relation deux univers parallèles. Une splendide aria d'une adoles_cente découvrant l'amour halluciné d'espoir et d'illusion, comme baume de douleur sur une enfance au vide meublé de reprise de Passe-Partout, d'un évanescent père absent aux milles conquêtes successives, le vrai grand vide d'amour qui fait mal et qui ne guérit jamais, là sur ce déambulatoire surplombant la scène, en alternance découpée avec retour vers ce monde désillusionné, sur le plateau en contrebas, celui des parents et de leur héritage empoisonné.

Oui, bien sûr, les répétitions furent courtes, on en parle même dans le programme. Les enchaînements sont parfois un peu lourds, avec de brefs vides scéniques, on beurre parfois de facéties l'inévitable flou d'intention, on s'incarne d'archétypaux dépannages et il y a des procédés de répétitions qui m'ont semblé chargés. De plus la scène de n_udité du prologue est gratuite et puérile et ne s'alimente d'aucune intentions de mise en scène, autre que le "stunt" exutoire. Mais la pièce contient un humour grinçant, pose de valides questions, capitales, un processus en mûrissement parfaitement à sa place dans un festival qui permet justement d'exposer et de faire croître une œuvre qui jette un regard délirant d'ironie, mais lucide sur l'état des lieux.

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NDLR:

Dernier sprint de la saison : depuis vendredi déjà quatre ou cinq pièces au Festival Fringe, puis demain les douze heures de théâtre du rallye théâtral Midit Minuit et ensuite Fringe endiablé jusqu'au 22. Donc, les pièces seront couvertes, mais parfois sous forme de brèves.

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Texte et mise en scène de Stéphan Perreault, assisté de Christine Drouin

Avec Stéphanie Breton, Martin Desgagné, David-Alexandre Després, Camille Loiselle D' Aragon, Serge Mandeville, Martin-Davis Peters, Virginie Morin, Véronick Raymond, Véronique Trudeau.


Théâtre Ste-Catherine

06/16/2008 - 23:15
06/17/2008 - 18:00
06/20/2008 - 19:30
06/21/2008 - 14:00
06/22/2008 - 17:30