Par Yves Rousseau
Sur scène, il n'y a qu'une porte, presque au milieu du plateau, là, seule dans son cadre, puis une chaise, côté jardin en avant-scène. Une jeune femme y prend place et fond en larme, avant de se précipiter vers la porte, car on cogne. Du fond de la la salle, dans les gradins, une voix tonitruante, ulcérée, obséquieuse et imbue fuse. Nous sommes au beau milieu de la répétition d'une pièce, et un metteur en scène autocontemplatif de son propre génie dirige des comédiens qu'il tourne en bourrique. Jamais correct, trop, pas assez, bref reprises ad nauseam avec chaque fois un ajout en forme de parodie des intentions de jeu et de mise en scène.
Le fallacieux concept théâtral de notre illuminé mégalomane s'étale: des entrevues complaisantes avec une journaliste qui est à quatre pattes devant le grand « créateur », puis le merveilleux monde du théâtre et de la création, qui au travers de ces « répétions », est tourné en ridicule dans une savoureuse et rythmé comédie à la française, une rareté dans le firmament théâtral québécois, hélas. Plus le travail de la troupe progresse, plus il s'enlise de prétentions ridicules. L'ultime présentation de la pièce terminée, touche au burlesque. On pense à toutes ces grandes épopées satiriques du cinéma français des belles années avec les de Funès, Galabru, Lefebvre et compagnie, ou plus récemment le Placard ou le dîner de con de Veber avec cette verve particulière, cette façon de mettre en lumière tous les torts et travers d'un milieu et de tout touner en ridicule, bref, cette joyeuse faculté de l'autodérision.
Certaines scènes sont assez délirantes, comme celle du comédien éconduit, qui après un long séjour en psychiatrie, revient et se voit offrir un rôle tout en rêvant d'étrangler le dictateur, une tordante prestation de Dave Jenniss appuyé par Nicolas Duxin.
Si certaines inégalités de la distribution sont évidentes, avec quelques longueurs dans la partie médiane, n'en demeure pas moins que la recette rigolarde marche : la pâte lève et le théâtre en prend pour son rhume, on s'amuse vraiment.
___________
Texte et mise en scène de Michel Gatignol
Avec Nicholas Duxin, Brigitte Hébert-Carle, Dave Jenniss, Jonathan Pronovost, Marie-Claude Therrien, Mickson Dubuisson et Michael Richard.
18 juin @ 22.45
19 juin @ 21.30
21 juin @ 17.00
22 juin @ 18.30
Théâtre Lachapelle