Par Yves Rousseau
Première exposition à un texte de ce jeune auteur déjà titulaire d'une maîtrise en littérature et qui vraisemblablement vient d'être admis en écriture dramatique à l'ENT. Le genre de propos qui vous décroche un ricanement intérieur jouissif, sardonique, presque sadique, dans cette façon qu'il a de vous déconstruire un univers, un microcosme précis, dans un exutoire «freak-out» organisé révélateur de l'aliénation humaine. Méthodiquement, cyniquement.
Une table, la machine à café, oui, fumante, pour vrai, avec les petites crèmes et tout le tralala. Puis en rafale, fiévreuse, dans une valse-relais qui tournoie autour de cette table, trois égéries de bungalow, trois fées de sous-sol en pré fini : la petite vie plate, d'une ville plate, dans un bureau plat, avec une job plate, entourée de faces plates. Beige et brun. Puis on devient un peu tout cela. La petite vie de trois bonnes petites madames de bureau dans toute sa splendeur. Le petit badge avec le nom écrit dessus : le marquage du bétail. Un petit univers obsessionnel où chacun, sans recul critique et sans ambition particulière, s'applique à construire la vacuité avec application et bonne volonté.
Puis une collègue qui craque, progressivement, inconsciemment. Bien sûr, elle tente de continuer, mais l'acting-out funeste et ubuesque survient, comme une explosion issue d'une accumulation d'abrutissement. Voilà où la pièce débute, on est après la crise, un bilan relaté en build up halluciné par nos trois pasionarias de la photocopieuse: leur détresse anxieuse post-traumatique, leur urgence de dire, ne font qu'ajouter au plaisir, à la truculence du récit, puisque leur propos participe, parce qu'il révèle d'elle-même du fait de leur point de vue, à ajouter une couche supplémentaire d'absurde et de dérision et à les enfoncer dans une appartenance profonde à cet univers. Certaines tirades sont assez hallucinantes. Un crescendo dramatique bien dosé et dirigé à quelques petits piétinements et légers enchevêtrements près.
Bien sûr les trois jeunes comédiennes s'en donnent à coeur joie, en particulier Véronique Pascal qui nous compose une mémère constipée d'anxiété, avec un mélange d'ahurissement légèrement outré, de l'incrédulité ascendant hystérie contenue, et de la (fausse?) compassion affectée teintée du jugementalisme des bien-pensants sauce ragots et commérages de bureau. Avec tout le non verbal de rigueur, tendance oh mon dieu, mon doux de pauvre elle.
Si parfois certaines en mettent un peu, comme c'est le cas lorsqu'on doit jouer un caractère beaucoup plus âgé, ça reste dans l'ensemble tout à fait agréable, correctement plausible, avec une forme d'humour qu'il me tarde de retrouver d'ici peu lorsque les œuvres créées pendant la formation, un mûrissement de trois années, seront montées.
À suivre.
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Une production « Les blondes de Johnny »
Texte de Guillaume Corbeil
Mise en scène de Jean-Belzil Gascon
Avec Francesca Bàrcenas, Évelyne Fournier et Véronique Pascal