lundi 19 mai 2008

Le Feuilleton IV — Les Productions À suivre


Par Yves Rousseau

De l'impro-théâtre tendance burlesque. Pourquoi ces mots, impro et théâtre? Parce qu'il y a un canevas, un tempo prédéfini, des personnages construits, des intentions structurées : mais les dialogues, eux, sont spontanés. Pourquoi burlesque? Parce que comme à l'époque du burlesque, dans le même type de climat délirant, des virtuoses du punch line décapant improvisent à partir dudit canevas. Remplacez la techno et les projections scénographiques par les décors de cartons-pâtes, et voilà, pareil. Autre époque, autres moeurs, les thématiques ont changé, mais le procédé, lui, reste le même.

De hier à aujourd'hui, de Grimaldi et Guimond à Corbo et Rouleau, la même joie, le même plaisir, le même délire. Entre nous, plantés avec désespoir devant nos ordinateurs dans ces bureaux-galères déshumanisants, et nos grands parents après l'esclavage de la manufacture, le même rire exutoire, la même communion rigolarde, le même petit moment de chaleur humaine, de liberté et d'humanité.

Et le même mépris du genre de la part d'une certaine classe dirigeante. Car cette année le Feuilleton n'a pas reçu un sou de subvention. Pas un rond. Comme si comédie ne pouvait pas se conjuguer avec « créativité », comme si « art » ne pouvait s'accorder avec « improvisation ». Very shocking.

Cette année, toujours les mêmes principes : des projections, comme arrière-plans contextuels, deviennent les extensions naturelles de la scène. Les acteurs in vivo peuvent interagir entre eux, ou avec des personnages filmés. Par tour de passe-passe, certains caractères sur scène peuvent se ramasser sur l'écran, et vice versa.

L'histoire, elle, est toujours aussi rocambolesque. Cette année, un clin d'œil potache à l'univers cinématographique du polar, film noir splénétique et jazzy (fantastiques musiciens in vivo), avec d'audacieuses utilisations de noir et blanc. Une pauvre cloche, (Antoine Vézina, incroyable) véritable clown triste pathétiquement malchanceux, se fait larguer par sa femme, très pressée de lui faire signer les papiers du divorce. Mais voilà que la mère alcoolique et névrosée de ce dernier lui révèle l'existence d'un frère jumeau, donné en adoption à cette époque éthylique, fumante et soixante-huitarde de sa vie, alors en France. Notre pauvre hère s'y précipite pour le trouver, et après avoir bu beaucoup d'absinthe dans une auberge normande, il se transforme en quelque sorte en détective privé, imper et chapeau. Son ex dont le mariage avec son psy est imminent et qui doit coûte que coûte faire signer lesdits papiers, et ses deux soeurs jumelles envoyés par la mère inquiète, se lancent à sa poursuite, dans une hallucinante épopée complètement débridée, peuplée de personnages archétypaux et satyriques tournant en ridicule toutes les prétentions, tous les torts et travers de notre belle vie moderne. Certainement de l'humour intelligent, et surtout pas gratuit. Plutôt coulant, bien rodé comme spectacle. Impeccable.

Une salle pleine à craquer, le rire au rendez-vous avec un public ayant salué triomphalement la performance exceptionnelle d'une distribution particulièrement riche et solide: le savoureux bonbon printanier, le cocktail rafraîchissant qui annonce les beaux jours. Pour ceux ayant manqué un épisode, sachez qu'un résumé cumulatif permet d'embarquer dans le train à n'importe qu'elle des quatre stations.

À ne pas manquer !

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Le Feuilleton IV — Les Productions À suivre — 18 et 25 mai, 1er et 8 juin 2008 —
Info: http://www.lefeuilleton.com/

Réalisateur, scénariste : Vincent Rouleau
Metteur en scène et coscénariste : Salomé Corbo
Musique par Dominique Hamel et Benoît Rocheleau
Éclairage par Marie-Ève Pageau

Sur scène: Jean-François Aubé, Frédéric Barbusci, François Bernier, Delphine Bienvenu, Émilie Bibeau, Isabelle Brouillette, Sophie Cadieux, Salomé Corbo, Alphé Gagné, Guillaume Lemée, François Papineau, Frédéric Paquet, Sylvie Potvin, Charles-Alexandre Quesnel, René Rousseau, Simon Rousseau et Antoine Vézina.

Sur vidéo: Sylvie Moreau, Stéphane Crête, Réal Bossé et des surprises...