Par Yves Rousseau
En direct du Festival du Jamais Lu, qui se tient du 2 au 11 mai, quelques brèves quotidiennes.
___________________
Pour en finir une bonne fois pour toutes avec Woody Allen -
texte de Emmanuel Reichenbach
texte de Emmanuel Reichenbach
Deux frères, chacun croyant cocufier l'autre avec la même copine et compagne de péripétie, donc trois jeunes comédiens frais émoulus, où plutôt fraichement jetés d'une école de théâtre.
Veulent mettre en scène une adaptation québécoise d'une œuvre de Woody Allen, mais voila une lettre cinglante des représentants de l'artiste jugeant complètement affligeante cette adaptation en dialecte québécois. Qu'à cela ne tienne, on emprunte un machin à voyager dans le temps afin de se rendre dans le passé assassiner Woody Allen à son école secondaire, ceci afin de pouvoir s'emparer de son oeuvre, le tout avec un... arc! Mais attention, d'autres voyageurs temporels ont eu la même idée, en particulier un jeune comédien français dont s'entichera la belle, ce qui ne fera qu'alimenter les chassés-croisés déjà compliqués, pauvres cloches...
Le récit est complètement rocambolesque, d'une (volontaire) haute improbabilité avec une mauvaise foi en forme de clin d'œil d'auto-dérision: d'abord au niveau de cette enfilade de faits grotesquement improbables et pourtant proposés comme éminemment naturels, une élégie de l'absurdité quasi burlesque; ensuite auto-dérision dans cette façon de parodier de jeunes finissants de théâtre, avec toute une série de jeux d'esprits et de commentaires, de multiples blagues d'initiés sur le milieu théâtral (ce soir là, artisans du milieu: devant un public extérieur au métier par contre, hum...); finalement dérision tout court dans cette construction « dramatique » joyeusement bancale, comme un autre méta clin d'œil voulant dire « hey on est ici pour s'amuser, on ne se prend pas au sérieux ». Comme si on ne pouvait pas que se contenter de « détruire » ces personnages en forme de caricatures de jeunes artistes émergents, et qu'on cherchait à atteindre un second niveau en caricaturant la prétention de la réalisation d'une pièce, et le théâtre lui-même dans toutes ses prétentions.
Et pour rigoler, on rigole! Bien sûr, le procédé a ses limites et, parfois, question dosage, on force la note, bien sûr des bouts (il me semble) à retravailler, normal à cette étape, mais l'humour iconoclaste de monsieur Reichenbach s'avère intelligent, touche la cible, une farce joyeuse et une verve festive et rafraîchissante.
_________________________
Mise en lecture par Claude Poissant
Avec Marc Beaupré, Émilie Bibeau et Alexandre Fortin