dimanche 4 mai 2008

Festival du Jamais Lu - 3 mai - L’effet du temps sur Matevina


Par Yves Rousseau

En direct du Festival du Jamais Lu, qui se tient du 2 au 11 mai, quelques brèves quotidiennes.
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Après l'effervescente soirée d’hier, un climat quelque plus intimiste, hockey oblige. Quand même assez de braves, de vrais, pour (presque) remplir la salle...

Le climat était plutôt convivial, une bonne occasion de discuter théâtre avec les artisans, ce soir là affables et disponibles.

En première partie, thématique « indignation » avec un texte de Virginia Woolf qui n'avait jamais été traduit et qui avait été écrit sous le bombardement allemand, à la toute fin de son existence (elle se suicide en 1941). Le non-sens de l'humanité, la bêtise et l'hommerie avec ces mots sans compromis, issus de la lucidité de la fin. Intéressant, malgré une lecture laconique.


L’effet du temps sur Matevina — texte Annie Ranger

"J'ai peur qu'on s'endorme le jour où il ne faudrait pas », dixit l'auteur dans ce programme, comme prémisse de l'oeuvre. Interrogée à ce sujet, Annie Ranger expose sa réflexion sur l'inévitable passage: de la vingtaine avec la conscience au vif, le monde qu'on veut changer, la vie en cri, en coup de poing, vers la trentaine avec cette peur du glissement, du confort de l'indifférence, de l'embourgeoisement, du cocooning idéologique, de la lobotomie existentielle, bref rentrer dans les rangs. Comment prendre sa place, s'accomplir comme adulte en évitant l'aliénation, en entretenant la flamme face au « système »?

Dans un monde onirique, poétique de déchirements, le destin des caractères de la pièce reflète cette préoccupation de l'auteur envers le « devenir ». Dans un ailleurs métaphorique, un univers légèrement fantastique, par tranche de vie, nous suivons l'évolution des Hyppocampes Noirs, un groupe d'activistes social, de manifestants sauce altermondialistes. Des stratégies explosives de l'un, en passant par celles axées sur l'utilisation du système par l'autre, chacun tente d'arriver à ses fins. Mais les capacités de récupération du « système » sont inépuisables, et puis avec le temps, on change...

La technique du récit, en jump cut temporel, brise la continuité existentielle, les bribes du passé idéaliste étant mises en oppositions avec le futur intemporel des personnages, une approche intéressante dans ce qu'elle permet comme mise en perspective contrastée des ces destins. On y retrouve, par éclat, tout le style particulièrement sensible de l'auteur dans "La Cadette", mais plus en cri, en dire viscéral, en urgence d'être, comme si on ne parlait plus d'avant, mais de maintenant.

On a visiblement voulu jouer au "casse-tête " avec l'agencement des sections de vie et l'ensemble s'incarnera nécessairement plus facilement pour le spectateur avec le support visuel, spatial et scénographique avec des zones théâtrales de temps perceptibles de facto, car le théâtre de la compagnie INK est de plus généralement très « agi », très corporel.

La pièce ne sera pas montée, au dire de l'auteur, avant deux années, quelques autres pièces étant déjà prévues et dans un état plus avancé de chantier. Oeuvre en évolution, très intéressante, à surveiller donc.

Mise en lecture : Luce Pelletier
Distribution : Julie Beauchemin, Simon Boudreault, Mathieu Handfield, Marilyn Perreault et Annie Ranger