Par Yves Rousseau
Company town, la mine. Creuse où crève la gueule ouverte, Y'a rien d'autre ici. Mineurs: il y a ceux qui en reviennent, ceux qui y restent, mais surtout, entre les deux, l'attente. La terrible attente. On vit avec ça, toujours.
Pour s'en sortir un peu mieux, le bonus, mais produire, comme des fous. Alors, on rogne sur la sécurité, puis des pressions sur les petits nouveaux zélés, on en a vu d'autre. Mais voilà, un jour-grisou tout s'écroule. Au sens propre comme au figuré. Alors, les remords du trop tard. Alors l'alcool, les ruminations.
Voilà le sort de Pierre DeLorimier, un vieux mineur qui a étiré l'élastique une fois de trop. Un des rares rescapés du désastre. Pas son fils. Toutes les portes se ferment. La mine et la company lui ont tout pris. Maintenant seul, seul, seul, dans son fauteuil roulant, à attendre le chèque. Dans un monde laid.
Gutturale, anguleuse, brisée, éthylique, ouvrière, comme un direct en pleine face, la voix de Pierre dit. Les fuites, hésitations, silences, eux, induisent. On comprend, on sent. Un partage sans concession. Du fond de sa noirceur, son âme cherche. Le rachat. La rédemption. Viendra-t-elle?
Pour toutes ces âmes lumineuses jetées contre les murs sombres de sweatshop, d'usine de la crève-vie, de tous les casse-pipes du monde, pour tous ceux qui paient le prix de la sueur et du sang, une voix s'élève. Avec le poids de mots qui ne trompent pas. Car le texte ne dérive pas de sa sobre vérité. Superbe Mansel Robinson traduit sans perte de saveur, avec tout ce rythme, cette substance, par Jean-Marc Dalpé. Pas de dysnesyland, de happy end, mais la vie, pas celle du télérama, la vraie.
Sur scène, presque rien. Les accompagnemnts musicaux, folk planant de Aymar, on se prend à rêverà Woodie Guthrie, du che, oui vraiment, The Revolution Will Not Be Televised. Puis une table, car tout finit par se dire autour d'une table de cuisine; un antique appareil polaroid argentique, scandant de son flash certains instants, comme les stations hallucinées, le delirium tremens d'une descente aux enfers.
Quelques effets d'éclairages et sonores pour quelques dérives, personnages évoqués. Sur le minuscule plateau, les déplacements du fauteuil roulant sont limités, donc un certain statisme. C'est bel et bien un face à face, le ton est susurrant, confidentiel. Deux yeux qui nous fixent, et nous parlent de leur éclat sombre, pas de flafla. Pas d'échappatoire. Le théâtre dans ce qu'il a de plus humain, et de plus pur.
Du solide, comme mise en scène et techniquement. Sur scène, monsieur Dalpé, avec une moustache Lech Walesa, affiche une bouille pouvant passer du jovial rabelaisien, jusqu'à l'absence atterrée et désespérée, éteinte, bref une palette émotionnelle généreusement prêtée au personnage, habité avec le plus grand abandon. La langue, dans son rendu, trouve son rythme, sa verve, mais les cherche parfois, un work in progress très prometteur. Brièvement présentée au TNO en mars, cette pièce en maturation constitue un vrai petit bijou en devenir , surtout, éventuellement, sur une scène légèrement plus grande permettant plus de langage proxémique. Très certainement trop à l'étroit dans un écrin de deux semaines de représentations : immanquablement, ça va se promener partout, c'est certain et c'est tant mieux!
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Une production du Théâtre du Nouvel-Ontario
Texte : Mansel Robinson
Mise en scène de Geneviève Pineault
Traduction et interprétation par Jean Marc Dalpé
Éclairage par Brian Côté
Costume de Miriam Cusson
Scénographie par Ivan Pitre
Environnement sonore et accompagnement musical par Marcel Aymar
Du 15 au 30 avril 2008, diffusé au Théâtre La Licorne