mercredi 16 avril 2008

Dulcinée du Toboso - École supérieure de théâtre


Par Yves Rousseau

Tous connaissent bien sûr le fantasque personnage de « Don Quichotte de la Manche » de Cervantes et de sa quête hallucinée. L'auteur Russe Alexandre Volodine, décédé en 2001, en a imaginé en 1969 la suite. Sur un ton joyeux et festif, avec le romanesque d'une épopée de Dumas, avec un petit côté tchékhovien dans cette façon de peindre la grande fresque humaine, de poser un regard sans nécessairement juger, avec en plus une ironie et un petit côté potache jouant parois avec les anachronismes, et un léger aspect commédia et jarryesque au niveau des personnages archétypaux, mais avec l'esprit d'un conte classique.

C'est sur fond de grande envolée musicale à la Brel, avec extraits de « L'Homme de la Mancha » (1968) et projection vidéo d'extraits (Francisco Reiguera dans le Don Quijote de Orson Welles il me semble) que tout commence. Nous sommes après la mort de Don Quichotte et la terre continue à tourner. Sancho Panza, en joyeux polichinelle coquin et débrouillard, se ramasse dans une auberge, et ô surprise, que voilà la belle Dulcinée de Toboso, la métaphysique élue de Don Quichotte, qu'elle n'a jamais pourtant rencontré et dont elle ignorait la fixation. Refusant les arrangements matrimoniaux concoctés par sa gouailleuse famille, ou enfin ce qui lui en tiens lieu, elle doit quitter le nid et se débrouiller seule. Après maintes péripéties, dont un séjour de maison de courtisanes d'amour courtois pour hidalgo, qui (suggérés) peuplent en quelque sorte la cour, ayant toujours préservée sa vertu, elle fera la rencontre d'un jeune homme, venu au secours, car ayant entendu des cris de détresse de la rue. Ressemblant étrangement à Don Quichotte , il se destine (hélas!) à la prêtrise. Mais les chemins de la passion sont impénétrables...

La scénographie, relativement minimaliste, mais adéquate, se compose de modules escamotables, ce qui permet de rapides transitions : des panneaux qui semblent faits de lin pour l'auberge, des paravents avec quelques ébauches de nus au fusain avec lit tout de rouge couvert pour la maison de rencontre. Les scènes sont liées par des dérives musicales chorégraphiées, hors du temps « réel », utilisant parfois de nombreuses figures géantes représentant, entre autres, Don Quichotte et des thèmes musicaux et airs (interprétés) extraits principalement de l'opéra « Carmen », de Bizet : l'aria « L'amour est un oiseau rebelle » (inspirée d'une musique empruntée au compositeur espagnol Sebastián Iradier) dans la scène du lupanar, avec tenue sulfureuse de circonstance.

Avec des costumes d'époque fort réussis, bien descriptifs des personnages tels que les costumes de paysannes, de courtisanes, ou la tunique christique du soupirant chevelu et barbu, des éclairages classiques, mais efficaces, une interprétation énergique, rythmée, bien enlevée, des atmosphères sonores effervescentes; avec tout cela donc, la mise en scène impeccable d'Igor Ovadis rend particulièrement bien le climat particulier de Volodine, une suite de rebondissements à l'humour bon enfant et toute une série d'aventures rocambolesques. Très agréable, on passe certainement un bon moment et on fait la découverte d'un auteur traduit et joué pour la première fois au Québec.

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La pièce est une production dirigée, dans le cadre de la formation des étudiants de deuxième année en théâtre de l'École Supérieure de Théâtre.


Texte par Alexandre Volodine, traduit par Larissa Ovadis
Mise en scène par Igor Ovadis, assisté par Guylaine Carrier

Avec Nadia Gosselin-Kessiby, Luc Chandonnet, Kena Molina, Alexis Bérubé, Marc-André Goulet, Maria Pirrera, Sarah Dagenais-Hakim

Scénographie de Véronique Calvé, assistée par Anne-Juliette Larcher
Costumes de Amélie Séguin-Rossi, assistée de Sabrina Paquette
Accessoires de Véronique Poirier
Éclairages et projections par Anaïe Dufresne, assistée de Andréanne Drolet
Dramaturge: Roxanne Robillard
Direction de production: Émelie Bélair

9 au 12 avril 2008