mercredi 12 mars 2008

Le silence de la Mer - Terre des hommes

Par Yves Rousseau

Deuxième guerre mondiale. La France presque complètement occupée. L’hégémonie allemande culmine. Les forces alliées se replient, l’espoir de libération est encore hypothétique et improbable. Les nazis semblent gagner. Puis voilà une famille française, oncle et nièce. Fiers et brisés. Mais résistants. Doivent héberger un officier du Reich. Ne peuvent qu’opposer le silence, terrible silence, l’indifférence la plus totale comme arme. Mais voilà, l’officier est un homme du monde, musicien jouant sur ce piano avec sensibilité, érudit, sensible et raffiné, franc admirateur des grands auteurs et penseurs, Hugo, Baudelaire, Proust entre autres: les lumières que son régime cherche à éteindre alors qu’il rêve plutôt d’une grandiose fusion.

Rien n’est plus noir ou blanc, plutôt des zones de variations de gris. Devant la cour en règle de l’officier, émotions, humanité, patriotisme se mêlent à une empathie trouble, coupable et contenue. Le silence, l’opposition passive se paient cher d’élans et de sensibilité refoulée noyés dans la rage impuisante.

Dans une brillante scénographie minimaliste et métaphorique, l’habitation est suggérée par un périmètre de bouquins, où le temps de cette guerre d’usure est scandé par des marques à la craie tracées in vivo sur les murs; les appartements sont simplement évoqués par quelques dessins et quelques principes d’occupation territoriale récurrents. Un espace de jeu terriblement efficace.

Pour les hôtes forcés, presque toujours silencieux, un brillant mode de langage spatial constitué de non-dits, d’actes manqués, d’hésitations étranglées, de rage prostrée, de rapprochements évités, et surtout de silences évocateurs. Superbement dosé et porté par René-Daniel Dubois et Sylvie de Morais-Nogueira. Parfait et très crédible en officier nazi dans la démarche, le ton et l'expression, une superbe et vibrante composition de Renaud Paradis dans ce build up, ce véhément plaidoyer en faveur des lettres et du bel esprit par ce soldat qui, déchiré entre l'amour de sa patrie et celui des arts, découvre trop tard les véritables intentions d’annihilation culturelle des zones occupées par son régime…

Un propos qui n’a rien perdu de sa pertinence en cette période d’impérialisme culturel sauce nivellement vers le bas, de corporatisme triomphant et convergeant, de montée de la droite et d’effritement démocratique…

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Une production de la compagnie « Terre des hommes »

Texte par Vercors
Mise en scène de Marc Beaupré
Scénographie par Patricia Ruel
Éclairages par Étienne Boucher


Avec Renaud Paradis, René-Daniel Dubois et Sylvie de Morais-Nogueira


Théâtre La Chapelle